Netflix accuse Comcast de vouloir le beurre et l'argent du beurre

Ou simple problème de distorsion de la réalité ? 37
Vincent Hermann

Dans un billet publié hier, Netflix accuse le fournisseur d’accès américain Comcast de vouloir le beurre et l’argent du beurre en lui faisant payer l’accès à son réseau pour obtenir des performances suffisantes. Comcast répond de son côté que Netflix sabotait elle-même ses flux pour qu’ils soient ralentis.

Netflix

Un lien tendu entre Netflix et Comcast

Résumons la situation. En février dernier, Netflix et Comcast ont annoncé « un accord d'interconnexion mutuellement bénéfique qui offrira aux clients haut débit de Comcast aux États-Unis une expérience vidéo de haute qualité pour les années à venir ». Les clients de Comcast se retrouvaient donc avantagés puisque le fournisseur d’accès garantissait une expérience plus rapide et une meilleure disponibilité de la HD.

L’accord avait généré de nombreuses interrogations autour de la neutralité du net. Comment ne pas penser alors que Netflix s’offrait une visibilité supplémentaire en mettant directement la main au portefeuille ? Il régnait cependant une réelle opacité sur l’accord et sur les véritables raisons qui se cachaient derrière le contrat négocié avec Comcast. Une partie de l’explication a peut-être été dévoilée hier.

Netflix paye pour accéder à la tuyauterie de Comcast 

Dans un billet sur son blog officiel, Netflix explique en effet qu’elle a toujours utilisé les réseaux de transits pour que ses flux vidéo parviennent jusqu’à l’ensemble des internautes. Les fournisseurs d’accès prodiguent, justement, un accès, autrement dit la tuyauterie. Une société comme Cogent assure par la suite le transport lui-même des données. Mais Netflix indique que passer par ces entreprises dans les tuyaux de Comcast causait des soucis de ralentissements. Les liaisons entre le fournisseur et Level3, XO, Cogent ou encore Tata « s’encrassaient », provoquant des délais pour les utilisateurs de Netflix.

netflix

Toujours selon l’entreprise, c’est la raison pour laquelle un accord a été directement négocié auprès de Comcast : un accès rapide aux abonnés du FAI, le plus important des États-Unis. Mais sans réseau de transit, Netflix doit assurer elle-même le transport des informations, ce qui a un coût, tout en payant Comcast pour ce droit particulier. Et alors même que les deux entreprises ont officialisé leur accord il y a deux mois, voilà que Netflix peste maintenant contre Comcast.

Le beurre et l'argent du beurre 

Elle accuse en effet le fournisseur d’accès de vouloir le beurre et l’argent du beurre. Car si d’un côté Comcast fait payer ses abonnés pour accéder à internet, il fait également payer Netflix pour que son service fonctionne dans des conditions optimales : « Pour résumer, Comcast ne fait pas payer Netflix pour du service de transit. Il fait payer Netflix pour l’accès à ses abonnés. […] De cette manière, Comcast joue sur deux tableaux en faisant payer ses abonnés et les fournisseurs de contenus pour qu’ils accèdent les uns aux autres ».

Pour Netflix, Comcast peut faire la pluie et le beau temps car il dispose d’une présence écrasante sur la boucle locale, autrement dit la dernière partie de la ligne avant l’abonné. Le fournisseur peut donc décider en théorie qui peut accéder à ses abonnés, en modifiant les conditions et les performances à sa guise. Comcast aurait d’ailleurs détérioré volontairement la vitesse des flux Netflix, cette dernière ayant été restaurée comme par magie après la signature de l’accord de février. C’est la raison pour laquelle l’entreprise s’oppose fermement à la fusion entre Comcast et Time Warner : le conflit d’intérêt entre transport et contenus serait trop évident.

Pour Comcast, Netflix déforme la réalité à son avantage 

Du côté de Comcast évidemment, on se défend de vouloir porter deux casquettes. Pour le fournisseur d’accès, Netflix tord littéralement la réalité pour des questions d’image et de marketing : « La décision de Netflix de rerouter son trafic internet ne portait que sur l’amélioration de son modèle commercial ».

Comcast rappelle comment, le mois dernier, Jim Cicconi de chez AT&T avait démêlé les assertions de Netflix au sujet de la neutralité du net. Car le fournisseur de contenus avait visiblement une idée bien précise en tête : les FAI devaient mettre en place des installations qui permettraient d’accepter l’intégralité de ses flux de streaming sans entraîner de coûts. Pour Cicconi, de telles installations coutent évidemment de l’argent, ce qui revenait finalement à faire payer la totalité des abonnés internet, y compris ceux qui ne sont pas inscrits chez Netflix. En d’autres termes, Netflix applique simplement une stratégie de glissement des coûts.

Ce n'est la faute de personne 

La vice-présidente de Comcast, Jennifer Khoury, précise que l’entreprise dispose de nombreux autres accords de ce type, « tout comme chaque fournisseur d’accès depuis deux décennies ». Elle insiste sur l’impact financier : « ces accords n’ont pas affecté les consommateurs ou fait grimper les coûts pour les fournisseurs de contenus – au contraire, ils ont réduit les coûts que ces fournisseurs auraient payé aux autres » FAI.

Jennifer Khoury en profite pour rappeler que Comcast est un fervent défenseur de la neutralité du net, même si elle précise que le FAI soutient toutes les règles « appropriées » de la FCC en la matière. Conséquence : Comcast n’a rien à se reprocher et accuse même Netflix d’avoir lui-même ralenti ses propres flux afin de négocier le contrat de février.

On rappellera enfin que les nouvelles règles proposées par la FCC risquent dans tous les cas de légaliser définitivement ce type d’accord. Comme nous l’indiquions hier, la commission se propose en effet d’autoriser les fournisseurs d’accès à négocier directement avec les entreprises concernées des « voies rapides » permettant d’acheminer plus rapidement le contenu auprès des internautes. Au risque évidemment de faire voler en éclat la neutralité du net, puisque les grandes firmes auront les moyens de se payer ces accès rapides, là où les jeunes pousses auront plus de mal. 


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