Terrorisme : les opérateurs appelés au chevet de l'Internet civilisé

Chevet tout cassé 40
Marc Rees

En sortie de Conseil des ministres, l’Élysée a apporté de nouveaux détails sur les mesures qui seront activées pour mener la guerre aux apprentis djihadistes et au terrorisme sous toutes ses formes.

djihad

Selon le communiqué officiel, « les possibilités de détection des filières sur internet seront accrues par la généralisation de l’enquête sous pseudonyme à l’ensemble des activités à caractère terroriste et à toutes les infractions de communication associées ». La mesure permettra donc de lancer des cyberpatrouilles qui, sous le masque de l’anonymat, permettront de constater les faits et gestes dans cette gamme d’infraction.

Des impulsions

En outre, la Présidence signale que « les outils et la stratégie de lutte contre le cyberterrorisme seront étoffés ». Les détails sont minces, mais il est évoqué « des impulsions » qui seront données, en France comme au niveau européen, « en direction des grands opérateurs de l’Internet, afin que les contenus illicites et les sites de recrutement fassent l’objet de procédures de suppression effective et rapide. »

Sans détail, difficile d'en dire plus (nous attendons les précisions du ministère de l’Intérieur). Cependant, posée ainsi, la mesure suppose une collaboration étroite des intermédiaires, FAI et hébergeurs en tête. L’Élysée ne dit d'ailleurs mot d’une éventuelle intervention de l’autorité judiciaire.

Ce message est en tout cas à replacer avec les propos du ministre de l’Intérieur ce matin sur France Info : Bernard Cazeneuve a annoncé chez nos confrères qu’il verrait ses « homologues britanniques, italiens, espagnols, pour que nous enclenchions une action très forte à destination des grands opérateurs pour qu’il n’y ait plus de diffusion de vidéos, de photos, de messages qui incitent au Djihad qui sont des véritables messages de propagande et d’embrigadement. Et puis par ailleurs nous interviendrons sur Internet pour déceler tous les comportements, toutes ces filières. »

L'internet civilisé version Hollande, avec l'aide des opérateurs

Quid du côté des opérateurs ? « Pour nous, le message est plutôt à destination des plateformes d’hébergement » nous commente l’un des principaux FAI français contacté dans l’après-midi. « Sur du flux, on ne voit pas comment on peut faire. Il faut au contraire agir au plus proche de la source d’émission. Et le plus proche de l’émetteur, c’est la plateforme d’hébergement. » Des remarques qui furent déjà émises lorsque Nicolas Sarkozy conjuguait son Internet civilisé à toutes les sauces.

De l'affichage ou des vraies mesures ? Il est en tout cas délicat de modifier d’un trait de plume le statut des intermédiaires vis-à-vis des contenus stockés, puisque leur rôle est strictement encadré par le droit européen. Voilà pourquoi notre interlocuteur relativise la portée de cette communication élyséenne : « que les acteurs aient un rôle pro actif à jouer alors qu’on n’a pas de rôle de surveillance, on leur souhaite bien du courage… »

Alors ? De nombreux hébergeurs, tels YouTube, disposent déjà de dispositifs de signalements qui pourraient être aiguisés. Sauf que du coup, tout dépendra de la bonne volonté des uns et des autres, sachant que la sensibilité des autorités n’est pas forcément partagée par celle des acteurs américains. Si le prude Facebook exècre le poil et le téton, rappelons-nous de cette scène de décapitation, que le réseau si social a refusé un temps de supprimer.


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