La victime d’un site de « revenge porn » obtient 385 000 $ d’indemnités

La vengeance est un plat qui se mange froid 66

Suite à la diffusion de deux photos sur lesquelles une mineure apparaissait nue, les deux administrateurs d’un site américain de « revenge porn » ont été condamnés mardi à verser 385 000 dollars d’indemnités à la victime, qui n'avait pas consenti à cette publication - soit l’équivalent de 280 000 euros. Une première depuis l’émergence de ce type de sites Internet. 

revenge porn

IsAnyoneUp, un autre exemple de site de revenge porn ayant lui aussi fermé ses portes.

« Revenge porn ». Si l’expression n’est encore pas très connue en France, elle s’avère en revanche très concrète pour de nombreux Américains. Depuis quelques années, différents sites ont en effet fleuri dans le seul et unique but de diffuser des photos sexuellement explicites d’un ou d’une ex-petit(e) ami(e). L’objectif est clair : se venger en jetant sur la place publique des images plus qu’embarrassantes pour les victimes - même si celles-ci ont bien souvent consenti à être photographiées ou à transmettre ces photos à celui qui s’est ensuite avéré être le « vengeur »...

Outre-Atlantique, le phénomène inquiète beaucoup, notamment parce qu’il peut constituer une première porte vers du cyber-harcèlement. Quelques sites ont en effet eu la bonne idée de proposer (voire d'imposer) à leurs utilisateurs de laisser en plus des photos différentes informations personnelles concernant leurs victimes : nom complet, lieu de résidence, lien vers leur page Facebook, etc. Le parfait cocktail explosif... De nombreuses plaintes ont d’ailleurs été déposées, à l’image de celle qui vient de conduire à la condamnation de deux administrateurs d’un de ces sites (depuis fermé) : You Got Posted.

La victime était mineure lorsque les deux photos ont été prises

En mai 2013, une jeune femme a en effet engagé des poursuites après s’être aperçue que plusieurs photos d’elle étaient sur ce site, sans son consentement. Point épineux : la victime était mineure au moment où les images ont été prises. Une circonstance qui n’a fait qu’aggraver le dossier des deux administrateurs du site You Got Posted mis en cause dans cette affaire, Eric Chason et Kevin Bollaert.

Hier, l’avocat de la plaignante a annoncé qu’un tribunal de l’Ohio venait d’accorder 385 000 dollars de dommages et intérêts à sa cliente, qui s’était contentée d’une action civile (voir le jugement). Dans le détail, le juge a alloué 150 000 dollars pour chacune des deux photos pédopornographiques litigieuses, 75 000 dollars de « dommages punitifs » (ces indemnités ayant vocation à être exemplaires et dissuasives) et 10 000 dollars au titre de l'atteinte au droit à l'image.

Le revenge porn dans le collimateur de la justice

Selon ArsTechnica, cette décision constitue une première, ouvrant la voie à d’autres condamnations. Et ce peu importe que les victimes aient été mineures ou non au moment où les photos ont été prises. Ce jugement pourrait surtout servir de signal à l’égard des autres victimes, afin de pousser celles-ci à demander réparation.

Ce « démêlé » judiciaire pourrait en outre n’être que le premier d’une longue série pour les deux compères. En décembre dernier, Kevin Bollaert, 27 ans, a en effet été interpellé par la police de San Diego puis placé en détention. Pas moins de 31 chefs d’accusation pèsent aujourd’hui à son encontre, dont usurpation d’identité, harcèlement et extorsion de fonds. Il encourt à la fois une peine d’amende et de prison. Et pour cause : outre ses activités de YouGotPosted.com, l’intéressé avait mis en ligne un second site afin de monnayer le retrait des images publiées sur le premier... Un service facturé entre 299,99 et 350 dollars, payables via un compte PayPal ou au travers de cartes cadeau sur Amazon. Un business assez juteux qui aurait permis à Bollaert d’empocher plus de 10 000 dollars en moins d’un an, à l’aide également de revenus publicitaires (pour en savoir plus, voir notre article).


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