Snowden accuse les gouvernements de « mettre le feu au futur d’Internet »

Chiffrez, chiffrez, chiffrez... 84
Vincent Hermann

Edward Snowden participait hier soir à une interview en direct lors de la conférence SXSW. Il a répondu aux questions rassemblées par Chris Soghoian, en charge des questions techniques pour l’ACLU (American Civil Liberties Union). L’occasion pour le lanceur d’alertes de rappeler en quoi le chiffrement des données est une étape cruciale dans la protection de la vie privée des internautes.

edward snowden

Une connexion lourdement chiffrée 

Une interview d’Edward Snowden est désormais un évènement. L’homme, que les États-Unis aimeraient faire extrader depuis la Russie, d’où il bénéficie d’un asile politique temporaire, est désormais une icône. Il incarne la lutte contre de surpuissantes agences de renseignement. Il est connu pour avoir dérobé des milliers de documents confidentiels à la NSA (National Security Agency) et pour avoir braqué le feu des projecteurs sur des programmes de surveillance, notamment Prism.

Il était hier soir en retransmission direct depuis la Russie, dans le cadre de la conférence SXSW. Le flux vidéo était fortement chiffré et un luxe de précautions avait été pris pour assurer sa sécurité. Sa présence virtuelle lui a permis de s’exprimer sur la lutte contre la surveillance imposée par les états et désormais révélée au grand jour, en particulier pour les États-Unis et ses proches alliés anglo-saxons : le Canada, le Royaume-Uni, la Nouvelle Zélande et l’Australie.

Le chiffrement des données, l'éternel cheval de bataille 

Snowden a surtout largement insisté sur l’aspect crucial du chiffrement des données. Un point qui n’est pas étonnant et qu’il martèle régulièrement quand il s’exprime sur les enjeux du monde de la sécurité. Alors que plusieurs grosses entreprises telles que Google, Microsoft ou encore Yahoo ont annoncé ces derniers mois qu’elles basculeraient prochainement vers un chiffrement intégral des données, avec parfois une confidentialité persistante, Snowden encourage les développeurs à créer de nouvelles solutions pour protéger efficacement les échanges des internautes.

Le lanceur d’alertes n’a pas hésité à accuser la NSA et les autres agences de vouloir « mettre le feu au futur d’internet », comparant d’ailleurs l’assistance à des « pompiers » et appelant à l’efficacité et à la simplicité : « Nous voulons des services sécurisés qui ne soient pas optionnels. Si vous devez utiliser la ligne de commande, les gens ne vont pas l’utiliser. Si vous devez plonger dans trois menus, les gens ne vont pas l’utiliser ».

Ne pas empêcher les agences de renseignement de faire leur travail

Snowden a rapidement affirmé cependant qu’il ne voulait pas que les agences de renseignement arrêtent de travailler pour la protection des citoyens de chaque pays. Ce qu’il souhaite, c’est une « méthode plus constitutionnelle » de rassembler les données. Plus clairement, il aimerait que cette collecte ne se fasse plus en aveugle via des filets géants, mais sur la base de lois claires avec des requêtes spécifiques.

De fait, le chiffrement des données n’est pas une arme pour que cesse cette surveillance de masse. Comme le résume Chris Soghoian de l’ACLU, une personne ciblée par la NSA finira dans tous les cas par être retrouvée et ses faits et gestes seront connus. Cependant, le chiffrement pourra empêcher la surveillance aveugle et rendre globalement l’espionnage plus onéreux, du fait des moyens supplémentaires mis en œuvre et/ou de la puissance requise pour casser les protections : « Le but n’est pas de rendre aveugle la NSA. Il est de les empêcher d’espionner les gens innocents ».

Quand les superviseurs ne supervisent plus assez

Il faut noter que l’une des questions posées à Snowden émanait du créateur du web Tim Berners-Lee en personne. Transmise par Ben Wizner de l’ACLU, elle s’est révélée très simple : « Que faire pour rendre la supervision plus responsable ? ». Snowden estime sur ce point que les structures actuelles pourraient suffire et fonctionner, mais qu’elles ne peuvent compenser un vrai problème : « quand les superviseurs ne sont pas intéressés par la supervision ». Des structures telles que les commissions sénatoriales ne sont pas de vrais contre-pouvoirs à la NSA et le responsable du renseignement James Clapper, « qui peut mentir à tout le monde dans le pays, qui peut mentir au Congrès et ce, sans affronter la moindre critique », est particulièrement critiqué.

Pour Chris Soghoian, le problème ira plus loin que la « simple » surveillance de ces agences car il touche à la vie privée en général. Il aborde ainsi le cas de Google qui souhaite tout simplement « s’intercaler entre vous et toute autre personne avec laquelle vous interagissez en fournissant une valeur ajoutée ». Selon lui, beaucoup seraient prêts à payer cinq dollars par mois « pour des communications chiffrées où personne ne peut vous observer ».


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