Rachat de SFR : Free Mobile et Orange se frottent les mains

Les leurs, pas entre elles 130
Nil Sanyas

Si nous ne savons pas encore qui de Numericable ou de Bouygues Telecom arrivera à mettre la main sur SFR, tout indique qu'Orange et Free Mobile ne seront pas perdant au change. Ce dernier pourrait notamment profiter de fréquences vendues à prix cassés par Bouygues (s'il gagnait la palme), forcé par l'Autorité de la concurrence.

Bouygues SFR synergies

Les synergies possibles entre SFR et Bouygues, selon ce dernier

Orange : « Ce n'est pas une mauvaise nouvelle »

Suite à l'officialisation des offres de Bouygues et de Numericable pour croquer SFR, la filiale télécom de Vivendi, les réactions en bourse ont été immédiates. Orange a réalisé un bond impressionnant de 10 % jeudi (en partie aussi grâce à ses bons résultats financiers), croissance confortée encore hier, tandis qu'Iliad a tout simplement signé un nouveau record cette semaine, valorisant la société à quasi 11 milliards d'euros. 

Mais pourquoi une telle effercervence pour les deux principaux concurrents de Bouygues et SFR ? Du côté d'Orange, son PDG Stéphane Richard n'a pas caché ne pas craindre du tout de futures alliances ni un retour à trois opérateurs mobiles. « Mais ce n'est pas une mauvaise nouvelle. Nous ne sommes pas hostiles en soi à la réduction du nombre d'opérateurs en France » a-t-il ainsi déclaré lors d'une entrevue accordée à La Tribune.

Si le duo Bouygues/SFR risque d'être plus important qu'Orange en nombre d'abonnés mobiles, cela n'inquiète pas pour autant l'opérateur historique. Richard estime même qu'en valeur, sa société devrait encore être supérieure, d'autant qu'il y a toujours des pertes après une fusion. « Je pense que cela pourrait même booster les équipes d'Orange qui seraient obsédées par l'idée de redevenir leader. Ce ne serait pas un drame ! » a-t-il même ironisé.

Bouygues : s'assurer « que Free dispose d'un réseau suffisamment fort »

Dès lors qu'une telle fusion est de toute façon longue à mettre en place, le patron est persuadé que sa société profitera au maximum de la période de transition inhérente à ce type de rapprochement, « et Free aussi j'imagine ! » a-t-il de plus rajouté. Free Mobile, justement, est tout simplement donné comme grand gagnant par notre confrère Le Figaro. Il faut dire que Bouygues a ouvertement expliqué qu'en cas de rachat de SFR, il fera des concessions. « Nous sommes prêts à garantir une animation forte du marché, en proposant des conditions d'accès favorables à notre réseau aux opérateurs virtuels et en assurant que Free dispose d'un réseau suffisamment fort pour être concurrentiel » a ainsi expliqué Olivier Roussat, le patron de Bouygues Telecom.

Un discours confirmé par Martin Bouygues lui-même. Interrogé par Les Échos, le milliardaire a ainsi expliqué que l’Autorité de la concurrence pourrait demander des contreparties importantes à Bouygues, « permettant à Free ainsi qu’aux MVNO de continuer à animer la concurrence sur le marché ». L'opérateur comprend que des contreparties lui seront imposées, et il ne compte a priori pas s'y opposer.

Virgin Mobile : « Free aura son réseau pour pas cher »

Selon toute vraisemblance, Free Mobile pourrait bien récupérer quelques fréquences à de très bons tarifs. « Free n'avait pas été très bien servi lors des dernières enchères » note d'ailleurs Stéphane Dubreuil, consultant spécialisé dans les télécoms. «  Xavier Niel va dire qu'il n'en a pas besoin et fera tout pour payer le réseau et les fréquences le moins cher possible. Mais au final ce serait une très bonne opération pour son groupe » explique pour sa part une source proche d'un opérateur concurrent interrogé par Les Échos.

Une argumentation qui va dans le même sens de celle Geoffroy Roux de Bezieux, vice-président du Medef et patron de Virgin Mobile France. Lors d'une entrevue accordée à Stéphane Soumier sur BFM TV, l'homme a ainsi déclaré : « Probablement que si cette opération va au bout, il est évident, probable, certain, que l'Autorité de la concurrence demande à la nouvelle entité fusionnée de céder une partie de ses fréquences, et du coup Free aura son réseau, j'allais dire pour pas cher. »

Une fusion entre Bouygues et SFR aurait quoi qu'il en soit pour conséquence de légitimer en quelque sorte un rapprochement entre Orange et Free. Tout du moins, les tensions vis-à-vis de leur accord d'itinérance devraient s'amoindrir, dès lors que l'on jugera normal que le petit poucet soit avantagé vis-à-vis des autres géants. Et si l'autre scénario, celui mariant SFR et Numericable, venait à avoir lieu, à quelles conséquences doit-on s'attendre ? Cette fois, ce serait à la fois Bouygues et Free qui seront en quelque sorte esseulés. De quoi les pousser à se rapprocher ? Pas forcément, sachant que SFR s'est déjà rapproché de Bouygues concernant son réseau mobile, et qu'il dispose d'un cofinancement avec Orange pour la fibre.

Notez enfin que dans sa dernière lettre hebdomadaire, l'ARCEP tient à préciser que conformément à la loi, elle « sera amenée à formuler un avis dont l'Autorité de la concurrence tient en général le plus grand compte ». Si c'est bien entendu l'Autorité de la concurrence (française voire aussi européenne) qui décidera des différentes concessions à faire selon les scénarios, il est certain que l'ARCEP tout comme le gouvernement auront aussi leurs mots à dire.


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