La France a obtenu le retrait de 145 tweets en 2013, un record mondial

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La France est le pays du monde à avoir obtenu le plus grand nombre de retrait de tweets au cours de l’année 2013. Plus d'une centaine de messages ont ainsi été bloqués sur demande notamment de la justice, mais aussi d’une association dont Twitter tait le nom. Explications.

transparency report twitter

Depuis l’été 2012, Twitter s’est mis dans les pas de Google en lançant lui aussi son « Transparency Report ». Le célèbre réseau social porte ainsi à la connaissance du public le nombre de demandes de retraits de tweets dont il a été saisi par la justice d’un pays, combien de requêtes de suppression pour des raisons de droit d’auteur il a reçu, etc. Ces chiffres, actualisés tous les six mois, viennent justement d’être mis à jour.

133 retraits de tweets au second semestre 2013

L’on apprend ainsi que du 1er juillet au 31 décembre 2013, Twitter a reçu de la France 309 demandes de retraits de tweets, lesquels avaient été publiés par 146 utilisateurs différents. Il y avait donc des cas de figure où plusieurs messages d’un même tweetos étaient dénoncés. Un peu plus d’un tiers de ces tweets ont été retirés (133 au total), ou plutôt « retirés de la vue des utilisateurs français ». En effet, dans la pratique, le réseau social ne supprime pas les tweets litigieux de sa base de données. Il se contente d’en interdire l’accès depuis la France, l’idée étant de respecter les législations et décisions de justice nationales. Il peut d’ailleurs être assez facile de passer outre ce blocage (voir notre article à ce sujet).

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Quoi qu’il en soit, deux choses sautent aux yeux avec ces chiffres. Premièrement, plus de deux tiers des retraits de tweets au niveau mondial l’ont été en France (133 sur un total de 191). Le Brésil arrive bien loin derrière l’Hexagone, avec 26 retraits, suivi par l’Inde avec 13 retraits. À titre de comparaison, Twitter ne dénombre aucun retrait (et extrêmement peu de demandes) s’agissant de l’Allemagne, du Royaume-Uni ou des États-Unis. Ce record semestriel hisse d’ailleurs la France au rang de pays ayant obtenu le plus de retraits de tweets au niveau mondial au cours de l’année 2013 : 145 au total.

Deuxièmement, on est frappé par l’explosion de ce nombre de retraits par rapport aux semestres précédents. Jusqu’ici, la France n’avait jamais obtenu plus de 44 retraits en un semestre (de juillet à décembre 2012). Si l’on compare aux 12 retraits obtenus lors des six premiers mois de l’année 2013, on arrive tout simplement à une multiplication par 11 du nombre de retraits en l’espace d’un semestre !

Le nombre de retraits multiplié par 11 par rapport au semestre précédent

Mais d’où vient cette hausse subite ? Si ces retraits font suite à 3 demandes issues de décisions de justice, c’est donc du côté des « demandes gouvernementales » qu’il faut regarder. On en compte en effet 306. Dans cette catégorie, rentrent selon Twitter les « agences gouvernementales » (autorités administratives, etc.), la « police », puis les « autres »... Manifestement, l’entreprise américaine a regroupé des sources n’ayant aucun lien avec le pouvoir exécutif dans cette catégorie, puisqu’elle indique en bas de page que ces plus de 300 demandes de retraits proviennent d’une « association nationale » luttant contre les discriminations.

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Or comme nous avons déjà eu l’occasion de l’expliquer dans nos colonnes, l’association SOS Homophobie dispose depuis le mois de mars d’un compte de « signalant prioritaire ». Ce dernier lui permet de signaler des messages et des hashtags considérés comme manifestement illicites et devant être traités plus rapidement par le réseau social. Au 22 juillet dernier, l’association affirmait avoir ainsi obtenu le retrait de 7 tweets et la désindexation de 3 hashtags de la liste des « Top tendances ».

La publication de ces chiffres survient alors que l’exécutif tente de monter au créneau depuis de longs mois sur ce sujet délicat de la modération des messages sur Twitter. Après avoir promis en mars 2013 « dissuasion et répression » vis-à-vis des messages de haine diffusés sur les réseaux sociaux, François Hollande avait remis la question sur le tapis en affirmant en décembre dernier que le gouvernement veillerait à « éviter la tranquillité de l’anonymat qui permet de dire des choses innommables [sur Internet] sans être retrouvé ». Le groupe de travail interministériel sur la cybercriminalité, présidé par le magistrat Marc Robert, devrait d’ailleurs remettre d’ici quelques jours ses conclusions à ce sujet. Il avait été chargé de voir tout particulièrement comment « inciter les sociétés à coopérer dans la lutte contre les tweets à caractère raciste et antisémite ».

Plus de 26 000 tweets supprimés pour des raisons de droit d’auteur

Aux côtés des demandes de retrait de tweets, on retrouve les demandes de suppression pour des raisons de droit d’auteur. Et dans ce domaine, les chiffres se révèlent bien plus importants. Du 1er juillet au 31 décembre 2013, Twitter affirme avoir ainsi reçu 6 680 requêtes DMCA de la part d’ayants droit. Sur la base de ces signalements, on apprend que le réseau social a procédé à la suppression de 26 506 tweets.

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Parmi les plus gros « signaleurs », l’on retrouve essentiellement des sociétés privées effectuant cette tâche pour le compte d’ayants droit (voir à ce sujet notre dossier sur l’une des entreprises surfant sur ce créneau, Protect Artists). « Remove Your Media » arrive ainsi en tête, avec plus de 10 % des demandes de suppression. La seule organisation véritablement identifiable est la Recording Industry Association of America, le lobby américain de l’industrie musicale, qui arrive en seconde position avec 243 requêtes DMCA.

À noter que 10 « contre-notification » ont également été déposées dans le même temps. Cette procédure est utilisée par les personnes estimant que c’est à tort que le contenu supprimé par l’hébergeur a été signalé comme étant illicite.

La France au quatrième rang des demandes d'information sur les tweetos

Le troisième et dernier volet du Transparency Report de Twitter concerne les demandes d’information sur les utilisateurs du célèbre réseau social. Il s’agit dans la plupart des cas de requêtes formulées dans le cadre d’enquêtes de police. Cette fois, la France se place en quatrième position du peloton mondial, avec des demandes concernant 102 comptes Twitter. L’Hexagone est bien loin derrière les États-Unis (833 requêtes portant sur 1 323 comptes) ou même le Japon (213 requêtes relatives à 253 comptes).

Ces chiffres doivent cependant être pris avec des pincettes. D’une part parce que certaines demandes émanant des services de renseignement ne peuvent pas être publiées par les géants du Net, comme l’ont démontré les nombreuses révélations de l’affaire Snowden. D’autre part parce que d’une manière plus générale, l’accès à Twitter peut être difficile voire impossible aux populations de certains pays, à l'instar de la Chine ou de l'Iran. Et ce sans compter le fait que le nombre d'utilisateurs du site de micro-blogging varie bien évidemment d'un pays à l'autre.


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