Bilan 2013 de la musique : le CD progresse pour la première fois depuis 2002

Papy fait de la résistance 61
Nil Sanyas

2013 n'a définitivement pas été une année comme les autres pour le secteur de la musique. Contrairement aux précédentes périodes des années 2000, le secteur numérique n'a pas progressé en valeur (+0,6 %), tandis que le marché physique n'a pas régressé comme il en a l'habitude, une première depuis onze ans. Le bilan 2013 est par conséquent positif, sans pour autant rattraper l'année 2011.

L'an passé, le Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP) livrait un bilan médiocre pour l'année 2012, avec certes une belle progression du marché numérique (+13 %), mais la chute du physique (-11,9 %) plombait le tout. Résultat, l'année affichait une régression de 4,4 %, soit 27,5 millions d'euros de moins dans la balance. Un an plus tard, le SNEP peut avoir le sourire, même si tout n'est pas encore rose.

Une première depuis 2002

Du côté des bonnes nouvelles, le marché physique, principalement représenté par les ventes de CD audio (ainsi que des DVD et des vinyles), a donc crû de 1 % environ, soit une hausse de 3,7 millions d'euros, pour un total de 367,4 millions d'euros. Un résultat positif, mais qu'il faut relativiser, tant la chute depuis le début du millénaire est impressionnante dans ce secteur. Voici un bilan retraçant cette évolution, ceci sur la base des données fournies par le SNEP.

SNEP musique France 2012 2013

Comme on le remarque immédiatement, le secteur physique s'est effondré ces dix dernières années, avec une division par 3,5 entre 2002 et la période actuelle. Une perte de valeur de plus de 70 %, en partie compensée par les ventes numériques, qui ont constamment progressé ces dernières années, hormis donc en 2013, qui a connu pour la toute première fois un coup d'arrêt.

Une baisse des téléchargements, impactés par le streaming

Ces informations confirment celles du SNEP pour le premier semestre 2013, qui indiquaient d'excellentes ventes d'albums CD (+8 %), une stagnation des téléchargements (+1,9 %) et une forte croissance du streaming (+12,6 %). Néanmoins, si le second semestre n'a pas plombé le premier du côté des CD, pour ce qui touche au numérique, c'est la soupe à la grimace. Le bilan annuel est ainsi médiocre pour le numérique (+0,6 %), la faute à des téléchargements en baisse (-1,1 %) et à un streaming en croissance plus faible que prévu (+4 %). Résultat, ces ventes ne représentent que 25,5 % du marché de la musique enregistrée, alors que nous pouvions penser arriver à 30 voire 33 %.

Un point capital est toutefois à prendre en compte ici : le tableau ci-dessus n'intègre pas l'argent touché par les majors grâce aux droits voisins, c'est-à-dire la rémunération pour copie privée et toutes les autres redevances et taxes récoltées pour le secteur musical. Sans grande importance durant des années, ces droits voisins connaissent un essor sans précédent. De 88 millions d'euros en 2010, ces droits ont rapporté 94 millions en 2011 (+6,8 %), 101 millions l'année suivante (+7,5 %) et enfin 110 millions l'an passé (+9 %).

Alors que le numérique (+0,6 %) et le physique (+1 %) ont affiché en 2013 une croissance minime, les droits voisins ont en fait été la locomotive des éditeurs phonographiques, avec une croissance de 9 millions d'euros, très loin devant les CD (+3,7 millions) et les MP3 et le streaming (+800 000 euros). Depuis 2010, les droits voisins ont d'ailleurs crû de 25 %, soit moins que le numérique bien entendu (+43 %), mais bien plus que le physique (-21 %) sans surprise.

Un bilan supérieur à 2012, mais bien inférieur à 2011

Malgré ce succès des droits voisins, qui fait couler tant d'encre ces dernières années, notamment du côté de la copie privée, 2013 n'a pas pour autant surpassé 2011. En effet, si l'on rajoute ces droits aux ventes physiques et numériques, l'an passé atteint un total de 603,2 millions d'euros, contre 617,2 millions d'euros en 2011 et même 642,3 millions en 2010.

SNEP musique bilan 2013

Il est toutefois possible de ressortir bien d'autres données positives pour l'année 2013. Par exemple, les ventes de vinyles ne cessent de croître, pour atteindre tout de même 471 000 unités l'an passé, contre 329 000 en 2012, 276 000 en 2011 et à peine 168 000 en 2010. Plus intéressant encore, avec plus d'un million d'albums écoulés en France, Stromae a réalisé une performance qu'aucun francophone n'avait atteinte depuis 2004. D'autres artistes avaient toutefois réussi à dépasser cette barre, la plus récente étant la Britannique Adèle, avec son album 21. Le SNEP note de plus que 17 des 20 meilleures ventes sont des albums d’artistes francophones, et la production francophone représente 70 % du chiffre d’affaires des ventes variétés des producteurs phonographiques. Le top 100 des ventes ne compte par contre que 33 % d'artistes francophones, contre 42 % en 2007.


Au sujet du numérique, le syndicat précise que les revenus tirés des abonnements au streaming n'ont rapporté que 35,828 millions d'euros, en petite hausse de 1,2 %. Le streaming tire donc sa croissance du gratuit et du financement par la publicité, qui a affiché une belle progression de 9,6 %, pour atteindre 18,246 millions d'euros. La France compte environ 1,5 million d'abonnés à des services de streaming remarque le syndicat.

La mort du single sous format CD, le bon bilan de l'Hadopi (selon le SNEP)

Notez que le CD single est à l'article de la mort en France, avec seulement 630 000 euros de chiffre d'affaires réalisés en 2013, soit 55 % de moins qu'en 2012. Sa disparition n'est bien qu'une question de temps. Voici d'ailleurs les chiffres de ventes (en quantité) fournis par GfK Music afin de mieux mesurer le marché musical en France :

  • Albums vendus : 48,5 millions (-3,2 millions)
    • Physique : 41,2 millions (-2,9 millions)
    • Téléchargement : 7,3 millions (-300 000)
  • Singles vendus : 40,7 millions (-3,9 millions)
    • Physique : 200 000 (-300 000)
    • Téléchargement : 40,5 millions (-3,6 millions)
  • DVD audio : 1,8 million (-200 000)

Au total, 91 millions d'albums, singles, etc. ont été écoulés. 99 % des singles sont téléchargés, contre 78 % en 2008, tandis que seulement 15 % des albums sont téléchargés. Cela signifie donc qu'en 2013 (comme en 2012), 85 % des albums achetés en France le sont encore sous format physique, que ce soit via une boutique en dur ou un cybermarchand.

Enfin, concernant le téléchargement illégal, le SNEP, sur les bases d'études de Nielsen et de l'IFPI, indique que le P2P s'est effondré en France (-30 % en 3 ans), impliquant un « basculement des usages vers l’offre légale ». Pour « preuve », les audiences des sites légaux ont toutes augmenté fortement entre 2010 et 2013, avec 14 millions de visiteurs supplémentaires pour les spécialistes de streaming vidéo, ou encore 1 million de plus pour les sites de téléchargement et de streaming audio. Une conclusion qui ne sera logiquement pas partagée par tous.


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