Espionnage de la NSA via un câble sous-marin : Orange réagit

C'est pas ma faute à moi 62
Nil Sanyas

Essentiels pour le bon fonctionnement d'internet à travers le monde, les câbles sous-marins sont aussi utilisés par la NSA pour nourrir ses banques d'informations et étancher sa soif d'espionnage. Une nouvelle peu surprenante et qui confirme d'autres révélations dévoilées ces dernières semaines.

cables sous-marins

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Des câbles vitaux pour le réseau des réseaux

Pour qu'internet fonctionne partout et à des débits importants, des câbles sous-marins sont disposés un peu partout sur terre. Leur capacité comme leur nombre sont variables, et si les passages entre l'Asie, l'Amérique et l'Europe sont pour le moment les plus importants, ces câbles se développent aussi en Afrique et dans les autres régions du monde moins bien loties. Nous le savons, la France, du fait de sa position et des entreprises qui s'y trouvent (Alcatel-Lucent, Orange, etc.), est un territoire central pour ces câbles. Certains partent de Bretagne, d'autres de Marseille.

Justement, concernant Marseille, un câble d'un peu moins de 20 000 kilomètres de long relie depuis quelques années l'Europe à l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et certains pays d'Asie-Pacifique. Nommé SEA-ME-WE 4, ce câble, qui part donc de la capitale européenne de la culture (2013), a été financé par seize opérateurs et construit par le Japonais Fujitsu et le Franco-Américain Alcatel-Lucent. Et parmi les opérateurs derrière ce projet, nous comptons un certain Orange (France Télécom à l'époque)).

DGSE, NSA, même combat

Or d'après le quotidien allemand Spiegel, qui se base sur des documents fournis par Edward Snowden, le câble SEA-ME-WE 4 sert aussi les desseins de la NSA. Les documents précisent que l'agence américaine a affirmé le 13 février dernier qu'elle « a réussi à collecter les informations de gestion des systèmes du câble sous-marin SEA-ME-WE ». La NSA a ainsi eu accès au site de gestion du consortium, lui permettant de collecter toutes sortes d'informations du réseau « de niveau 2 qui montre la cartographie d'une partie significative du réseau ».

Cette nouvelle, confirmée par d'autres sources de Médiapart, n'est pas surprenante en soi. Rappelons-nous qu'il y a près d'un mois, Edward Snowden indiquait par exemple que la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), le service de renseignement français, a noué des relations très étroites avec la NSA il y a huit ans. Ces relations ont été telles que les câbles sous-marins partant de France ont été concernés. Le Monde, qui abordait le sujet fin novembre, nous expliquait ainsi que « la France bénéficie d’une position stratégique en matière de transport de données électroniques par les câbles sous-marins. Ce flux d’informations étranger-France, cette «matière première» comme la qualifie la NSA dans une note révélée par M. Snowden, fait l’objet d’une large interception par la DGSE. »

cables sous-marins

Une semaine plus tôt, le quotidien néerlandais NRC Handelsblad dévoilait de son côté que la NSA avait infecté de malwares 50 000 réseaux à travers le globe, mais aussi qu'il avait réussi à s'introduire dans divers câbles sous-marins, dont ceux démarrant à Marseille. Nous ne savions pas toutefois à l'époque si ces intrusions étaient du fait d'une coopération franco-américaine ou non. Notez aussi qu'en juin dernier, certains spécialistes du secteur notaient déjà que le câble SEA-ME-WE 4 était très probablement concerné par l'espionnage d'une agence gouvernementale. Qui plus est, ces derniers mois, Edward Snowden n'a pas caché que les Américains et les Britanniques utilisaient les câbles sous-marins pour collecter des données.

Orange compte se constituer partie civile

Si Orange avait peu réagi sur ces nouvelles du mois de novembre, les dernières révélations du Spiegel semblent l'avoir réveillé. L'opérateur français vient ainsi d'annoncer qu'il comptait se constituer partie civile pour ce qui est à ses yeux un piratage de la part de la NSA. Selon l'AFP, Orange a déclaré n'avoir « aucune implication dans de telles manœuvres, effectuées entièrement à son insu et qui concernent a priori des équipements (câble SMW4) dont elle est usager et non gestionnaire ».

L'opérateur hexagonal précise même que « si piratage il y a eu, cela n’a pas pu se faire via le réseau d’Orange, qui n’a connu aucune attaque de ce type ». Orange rajoute enfin que si des données lui appartenant ont été interceptées, il n'écartait pas l'idée de porter plainte. En attendant, il compte se constituer partie civile « dans les prochains jours ».


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