FreeSync, le G-Sync gratuit d'AMD : un effet d'annonce de plus ?

L'art de la guerre 96

Que faire lorsque votre concurrent annonce une technologie que vous n'aviez pas prévue ? Dites que vous avez vous aussi une solution ! Rien n'est prêt, vous n'avez aucune idée de la disponibilité commerciale ? Qu'importe, la presse fera passer le message et donnera ainsi l'illusion d'un mouvement. Une stratégie chère à AMD, qui recommence avec son FreeSync : la promesse d'un équivalent gratuit du G-Sync de NVIDIA.

Ces dernières années, les difficultés financières d'AMD semblent avoir eu un effet assez dévastateur sur la capacité de la société à innover, notamment sur les possibilités annexes de ses produits. Et cela s'est ressenti de manière assez dure ces derniers mois.

Concevoir des CPU et des GPU, c'est aussi penser à tout un écosystème

Sur le marché des cartes graphiques où elle a réussi à mettre en place une architecture qui a évolué jusqu'à sa version actuelle, GCN, elle a surtout marqué des points grâce à des prix planchers et autres jeux offerts. Les performances étaient au rendez-vous, mais au prix de pilotes parfois un peu problématiques (voir les soucis de Frame pacing par exemple) et d'une consommation parfois assez élevée. Mais au final, le public a pu continuer à répondre présent.

La société a néanmoins négligé au passage des éléments pourtant importants comme lors du récent lancement de ses Radeon R9 290(X) qui a été doublement gâché par une stratégie marketing et commerciale douteuse (annonces dans tous les sens, précommande sans prix, etc.) et un système de refroidissement totalement inadapté. Un point heureusement corrigé (tardivement) par l'arrivée des modèles des partenaires de la marque.

 Radeon R9 290X Sapphire R9 290(X) Tri-X

Du ventirad proposé par AMD à celui de Sapphire par exemple... il y a un monde

Sur le terrain des CPU, la gamme FX a été complètement abandonnée et ne devrait pour le moment pas connaître de suite. Seuls les APU continuent d'être un tant soit peu séduisants bien que les dernières générations soient en retard et que leur évolution n'ait pas toujours été au niveau de ce que l'on pouvait espérer. Mais en misant surtout sur la partie graphique et des tarifs abordables, AMD a tout de même réussi à sauver les meubles. C'est par contre moins rose du point de vue de la mobilité où ses produits ne finissent que dans des modèles d'entrée de gamme, et passent totalement à côté de l'évolution du marché au niveau des tablettes des hybrides, là où Intel a encore réussi de beaux paris, notamment avec Bay Trail et le T100TA d'ASUS qui a connu un certain succès pendant les fêtes de fin d'année par exemple.

Dans les deux cas, on sent que le manque d'investissement dans les projets fini par poser problème, et malgré un recentrage des priorités, le fait de vouloir attaquer des géants comme Intel et NVIDIA sur tous les fronts finit par poser problème sur l'ensemble des gammes, malgré de beaux succès comme l'intégration des FirePro dans les Mac Pro par exemple. Certains paris sur l'avenir sont certes en cours, notamment avec l'intégration de solutions ARM pour les serveurs, de nouvelles architectures qui sont sans doute en préparation pour le monde des CPU et des GPU, mais dans le cas de ces derniers, le problème est parfois ailleurs, notamment sur les usages annexes.

L'innovation ? Aussi simple qu'un PowerPoint

Car le plus détestable ces derniers temps est sans doute la façon dont AMD tente de contrer les initiatives concurrentes au niveau des innovations qu'elles annoncent, en agitant les bras en l'air. Ainsi, à chaque fois la stratégie est à peu près la même : si cela commence à intéresser du monde, on annonce que l'on est déjà sur le coup avec quelques présentations PowerPoint en renfort, puis dans certains cas on va jusqu'à faire quelques démonstrations à la presse. On a même vu l'un de ces projets aboutir, mais sans jamais vraiment fonctionner comme l'on pourrait s'y attendre : Enduro.

Cela a été l'une des premières fois que cette stratégie de contre-attaque a été appliquée par AMD, pour combattre l'arrivée d'Optimus chez NVIDIA. Après plusieurs mois d'annonces et de démonstrations à la presse, cela a finalement vu le jour. Les performances n'étaient pas au rendez-vous, tout comme le fonctionnement dans la pratique, et malgré de nombreuses mises à jour des pilotes, le résultat est encore loin de la perfection ou même du niveau de ce que propose la concurrence.

Mais ce n'était pas la seule initiative du genre. On se souvient en effet de Lightning Bolt, la solution qui devait révolutionner la connectique et faire plier le Thunderbolt d'Intel tout en étant plus abordable. Annoncée depuis maintenant près de deux ans, elle n'a tout simplement jamais vu le jour, et nous ne l'avons d'ailleurs jamais vu en démonstration malgré qu'il soit devenu DockPort en novembre dernier. Et Turbo Dock ? Passé aux oubliettes. 

La 3D est tendance et NVIDIA propose 3D Vision ? Annonçons HD3D qui n'est qu'un lien dans notre pilote pour des développeurs tiers (IZ3D, TriDef, etc.) qui feront tout le boulot à notre place. Résultat : assez peu d'écrans supportés, un pilote payant à acheter, et un support dans les jeux aléatoire, surtout pour ceux qui ne voulaient pas bidouiller. Mais au final, qu'importe : la 3D n'intéresse plus personne.

Intel lance le WiDi ou Wireless Display ? AMD répond avec son... Wireless Display. Dans la pratique, cela ne fait que reprendre l'intégration de Miracast au sein de Windows 8.1 avec une surcouche logicielle qui ne semble pas changer grand-chose dans la pratique selon nos premiers essais (mais d'autres arrivent), mais ce n'est pas grave. Cela permet d'annoncer que l'on dispose d'une solution concurrente, meilleure : 

AMD Richland

Plus récemment on a aussi vu la même stratégie appliquée au logiciel. La société a ainsi dévoilé son Media SDK pour répondre à l'outil éponyme d'Intel quelques années après son introduction. Afin de proposer une alternative à GeForce Experience on a aussi eu le droit à Gaming Evolved, qui n'avait semble-t-il pas convaincu nos confrères de PC World.fr qui écrivaient récemment à son propos : « Une coquille vide, c’est bien l’impression qu’AMD nous a laissé sur ce dossier : beaucoup de vent, pour un logiciel qui ne fait pas le quart de la moitié de ce qu’il devrait. En fait, Raptr devrait prendre exactement le même chemin que le fameux HD3D, qu’AMD avait lancé pour contrer 3D Vision, et qui demandait un logiciel tiers (TriDef 3D), et restait contraignant, que ce soit dans son installation, ou dans le choix d’un matériel compatible. Dommage, car l’idée de base demeurait intéressante.  »

Lorsqu'AMD se donne la peine, cela donne des résultats intéressants

Et l'on pourrait sans doute continuer comme cela encore longtemps. Heureusement, cela n'est pas toujours le cas et AMD sait créer la surprise. Ce fût notamment le cas avec Eyefinity qui a au final été une assez grande réussite puisque la technologie était plus souple que ce que proposait NVIDIA tout en étant parfaitement fonctionnel. On aurait sans doute apprécié une meilleure évolution avec le temps, mais cela ne reste qu'un détail puisque la concurrence ne propose pas vraiment mieux.

L'XGP : la bonne époque

On avait aussi été assez enthousiaste par la technologie XGP mise en avant il y a quelques années et qui permettait de disposer d'un portable avec une carte graphique externe, mais sur laquelle AMD n'a finalement pas été vraiment suivi par les constructeurs. Dommage. Plus récemment, c'est l'investissement dans Mantle qui nous a semblé être une bonne idée, bien que pour le moment, il soit impossible de se faire une idée puisque le patch prévu pour Battlefield 4 a été retardé.

Free Sync : on vous jure, on a un équivalent de G-Sync gratuit, il arrivera... un jour

Mais malgré cela, cette pratique continue. Le dernier exemple en date est G-Sync. Alors qu'AMD continue de retarder la résolution de ses problèmes de frame pacing via ses pilotes, on apprend que NVIDIA a travaillé depuis quelques temps sur la création d'un module à intégrer aux écrans qui veut changer la donne sur la gestion de la communication avec le GPU. Ainsi, plutôt que de chercher à compenser le manque de synchronisation de ces deux éléments par des solutions logicielles, le caméléon a décidé de permettre à l'un de n'afficher une image que lorsqu'elle est calculée par l'autre. Une gestion bien plus fluide des choses que l'on aurait pu s'attendre à voir débarquer sur le marché depuis longtemps, mais qu'importe.

NVIDIA G-Sync

Problème : ce module a été pensé par NVIDIA, il ne fonctionnera donc qu'avec les GeForce de la marque qui a réussi à s'associer avec plusieurs fabricants. ASUS et Philips ont ainsi déjà annoncé leurs solutions à l'occasion du CES et tous deux ont un défaut : leur tarif. Avec un surcoût de 200 euros grosso modo sur un modèle standard, cette technologie est encore assez chère. AMD a donc trouvé sa façon de contrer cette annonce : annoncer qu'elle dispose d'un équivalent... gratuit !

Cela s'est fait à l'occasion de sa présentation organisée au CES principalement autour de Kaveri et prend la forme d'une démonstration effectuée sur deux portables, dans les deux cas la synchronisation verticale est activée, mais l'une des machines est capable de jouer avec le VBLANK, qui sépare la fin du calcul d'une image du début du calcul de la suivante : 

Un standard VESA existerait d'ailleurs afin de permettre cette possibilité (il reste encore à identifier), qui peut être implémenté au niveau de la carte graphique, mais ne nécessite pas de modification matérielle au niveau de l'écran. Cela a d'ailleurs surtout été implémenté pour le monde mobile et AMD aurait déjà intégré le nécessaire au sein de ses puces de la génération Kabini / Kaveri, et n'aurait donc plus besoin que d'adapter ses pilotes pour le proposer. Tout serait d'ailleurs déjà présent dans ces derniers selon AnandTech.

Les constructeurs d'écrans : ces idiots

La promesse est belle et la possibilité de profiter gratuitement d'un équivalent de G-Sync en intéressera sans doute plus d'un. On se demande d'ailleurs pourquoi diable les constructeurs sont allés perdre leur temps avec NVIDIA si un équivalent gratuit existe via une norme connue et établie par le VESA. La volonté de proposer des modèles plus chers ? Cela semble bien compliqué pour au final une minorité d'exemplaires vendus. En effet, que représenteront dans le volume des différentes marques les modèles estampillés G-Sync et proposé à plus de 500 $ ?

Mais au vu des annonces précédentes de ce genre, à quoi peut-on réellement s'attendre ? En effet, comme le confirment nos confrères de Hardware.fr présents sur place : « AMD ne sait pas encore quand, ni comment, cette technique d'affichage sera proposée aux utilisateurs de Radeon, ni quels écrans intégreront réellement cette possibilité. AMD semble avoir été surpris par G-SYNC qui ressemble selon ses responsables à une manière pour Nvidia de gagner quelques mois sur le timing prévu d'arrivée d'une technologie standard. » De son côté, AnandTech précise qu'aucun test poussé n'a pour le moment pu être effectué et qu'aucune stratégie commerciale ne semble pour le moment prévue autour de FreeSync.

FreeSync : on fera le point dans six mois

Il faudra donc attendre avant de crier victoire. Attendre que cette possibilité soit effective dans un pilote public, utilisable avec n'importe quelle Radeon récente de la marque, gérée par de nombreux écrans disponibles sur le marché et donc testable par le plus grande nombre. On pourra alors savoir si AMD a effectivement sauvé tout le monde du surcoût d'une technologie matérielle comme G-Sync, ou si ce n'était qu'un coup marketing douteux de plus. Rendez-vous dans six mois pour un premier bilan.


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