[Interview] Richard Kolinka, batteur de Téléphone, nous parle de piratage

Non mais allô quoi 210

Richard Kolinka, batteur du groupe Téléphone, a accepté de répondre aux questions de PC INpact. L’occasion pour nous d’interroger l’un des artistes français ayant vendu le plus de disques, notamment au sujet du piratage.

kolinka

Après huit années passées derrière les futs de la batterie du groupe Téléphone, Richard Kolinka a ensuite continué sa route avec son acolyte Jean-Louis Aubert, que ce soit sur scène ou durant l’enregistrement de la plupart de ses disques. Ce vieux routier du rock français participe également au groupe « Even If », né en 2010.

Quand on vous parle de téléchargement illégal, de piratage de musique... qu’est-ce que ça vous inspire en tant qu’artiste ?

Ça m’inspire que je veux bien, mais à ce moment là tout doit être gratuit ! Je vais chez le boulanger, il me file son pain gratuitement, je vais m’acheter une voiture, on me la donne, etc. Après, je peux comprendre que l’on soit tenté de faire ça. Parce que ce qui est vraiment scandaleux, c’est le prix des CD ! Je trouve que c’est scandaleusement élevé s’agissant des téléchargements, d’autant qu’il s’agit que quelque chose de virtuel, c’est-à-dire qu’on a rien. Si l’on se fait piquer son téléphone ou s’il tombe en panne, on n’a plus rien... Donc payer pratiquement un euro une chanson, je trouve ça vraiment exagéré.

Mais malgré tout, je pense que tout travail mérite salaire et un artiste, comme un boulanger ou n’importe quelle personne qui travaille, doit être rémunéré par rapport à son travail. Voilà, c’est tout. Maintenant, je sais que mes enfants téléchargent légalement, c’est-à-dire qu’ils paient. Ça me semble naturel.

Aujourd’hui, quand vous pensez au fait que des albums de Téléphone peuvent être téléchargés illégalement sur Internet, qu’est-ce que ça vous fait ?

Je fais partie des gens qui n’ont pas trop à se plaindre... Mais je ne trouve pas ça normal ! Quand une personne va s’acheter les dernières Nike ou un jeu vidéo, il paie. Sinon ça s’appelle du vol. Ben là c’est un peu pareil...

Est-ce que vous voyez les choses de la même manière s’agissant de votre nouveau groupe, « Even If » ?

Oui, c’est pareil ! Ce n’est pas une question de renommée ou de nom. Si on n’est plus payé, comment fait-on pour vivre ? Je ne parle pas de moi en particulier... Mais prenons un jeune qui compose une musique qui va être téléchargée illégalement des centaines de milliers de fois et ne gagne pas un centime... Je ne trouve pas ça normal !

Maintenant, c’est vrai qu’au niveau du prix du CD, on se fout de notre gueule ! C’est honteusement cher. On a l’impression que les maisons de disque le font exprès, qu’ils ne veulent plus vendre. Comment peut-on vendre un CD minimum 12 ou 13 euros alors que ça ne coûte plus rien de faire un CD ? J’ai l’impression qu’ils poussent les gens à télécharger illégalement ! Je trouve ça dingue...

Mais bon, le business s’y retrouve toujours. En fait, vous ne téléchargez pas gratuitement puisque pour télécharger il faut que vous ayez un abonnement Internet. Donc vous payez et versez une petite partie qui va aller à la musique. Et comme maintenant ce n’est pas des maisons de disques mais des multinationales, finalement tout le monde s’y retrouve. Sauf ceux qu’on pille : les artistes.

Quelle est votre position sur Hadopi et le dispositif de riposte graduée ?

Ça... (soupir). Je recevrais ça [un avertissement, ndlr], je me marrerais (rires) ! Je sais que c’est gentil, voilà voilà... Pourquoi pas...

Ce qui m’énerve, c’est qu’on ait toujours besoin de flics derrière soi pour nous dire « ah non, ça c’est pas bien ». C’est dans la mentalité. Chaque citoyen peut quand même se faire sa propre police ! On n’a pas besoin d’un mec qui nous tape sur les doigts, on est quand même grands. Moi je ne vais pas aller télécharger illégalement des chansons. Quand j’entends un morceau qui me plait, je télécharge légalement en payant.

Pensez-vous que l’on va trouver un jour une solution au problème du piratage ?

Il suffit que tout le monde fasse un effort, que ces putains de multinationales se décident à se dire que les CD sont trop chers. Je me souviens, lorsque les CD sont arrivés, ils ont mis ça à un prix super élevé. Je suis allé voir le PDG de la maison de disque, Virgin - c’était à l’époque de Téléphone - je lui ai dit « c’est vachement cher ». Il me répond « oui mais ça va bientôt baisser parce que ça coûte moins cher que de faire des vinyles ». Ils ne l’ont jamais fait ces enfoirés... Ils gagnaient des fortunes comme ça donc voilà...

Bien sûr, je ne vais pas me plaindre, moi aussi j’ai gagné de l’argent. Mais il faut faire un effort. Fabriquer un CD, ça ne coûte pas aussi cher. Alors après, t’as le travail de la maison de disques, de la production,... Ça d’accord, ça a un coût, mais ce n’est pas le prix qu’ils vendent actuellement, c’est beaucoup moins cher ! Je pense qu’un CD ne devrait pas coûter plus de huit euros, et un télécharger plus de quarante centimes d’euros. Un euro, pour du virtuel, mais c’est honteux ! Ça pousse les gens, surtout en période de crise, à truander.

Est-ce que le piratage ne pousse finalement pas les artistes à revenir sur la vraie scène plutôt qu'à s'enfermer dans des studios où tout est contrôlé, rectifié, amélioré... ?

Non, pas du tout. En plus, il ne faut pas rêver : sur scène, il y a de moins en moins de gens qui sortent. Les gros trucs ça marche, mais tout le reste ça ne marche pas du tout... On est prêt à payer des fortunes pour des artistes qu’on connaît par cœur ou qui sont à la mode, alors ça, d’accord, mais le reste ça ne marche pas du tout - à part quelques rares exceptions. Après il y a aussi une question de crise, c’est vrai que les concerts sont chers et que les gens ont de moins en moins d’argent...

Finalement, voyez-vous Internet plus comme un danger ou une opportunité pour les artistes d’aujourd’hui ?

Il faut se servir de cet instrument ! On ne va pas lutter contre... C’est comme tout, il y a du bon et du pas bon, il faut retenir le bon et mettre de côté ce qui n’est pas bien. C’est un instrument extraordinaire, on peut communiquer partout dans le monde, etc. Il faut aussi se méfier, car c’est aussi du rêve. C’est comme les fameux « amis » sur Facebook. Mais on ne sait plus ce que ça veut dire d’avoir un ami, donc il faut faire attention.

Merci Richard Kolinka. 


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