Free et Bouygues attaquent Numericable peu avant son entrée en bourse

La bourse ou la justice 54
Nil Sanyas

Cette semaine est primordiale pour Numericable, avec pour point d'orgue son introduction en bourse ce vendredi 8 novembre. Mais voilà que l'opérateur nous apprend que Bouygues Telecom et Free l'ont attaqué en raison notamment d'informations erronées divulguées par lui-même. Free cible même un document financier envoyé par le câblo-opérateur à l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) en vue de son introduction en bourse.

Numericable box

« Des informations erronées et dévalorisantes » pour Free 

Dans son document financier destiné à l'Autorité des marchés financiers publié en septembre, Numericable est revenu sur les multiples litiges actuels et anciens à son sujet. Les différends décrits dans ces papiers concernaient tout aussi bien le fisc que ses concurrents (Orange, Free, etc.) ou encore les prud'hommes, des éditeurs de services téléphoniques et la Ligue de Football Professionnel. L'opérateur peut cependant rajouter deux autres conflits à cette liste, puisque Bouygues Telecom et Free l'ont récemment attaqué.

Plus précisément, Iliad, Free et Free Mobile ont assigné Numericable afin d'interdire le fameux document enregistré à l'AMF. Non pas que Free souhaite directement empêcher l'introduction en bourse du câblo-opérateur, mais il estime que ce document contient « des informations erronées et dévalorisantes » pour ses propres sociétés, ce qui implique une désinformation auprès des investisseurs. Avant d'entrer en bourse, Numericable doit donc faire preuve d'une plus forte transparence et modifier ses documents.

Par exemple, page 76, l'opérateur compare sa box à celles de ses principaux concurrents. Or Free considère qu'il faut revoir certains détails, qui dévalorisent ses services et donc sa société. On remarque d'ailleurs que seul Free fait l'objet d'un astérisque au sujet de ses débits, Numericable taclant en quelque sorte l'opérateur en précisant qu'il peut aussi offrir une vitesse de 100 Mbps, mais que le volume d'abonnés est tellement bas que cela ne mérite pas d'être précisé directement dans le tableau. Notez que si Free offre aujourd'hui un débit maximum théorique de 1 Gb/s, l'annonce a été rédigée après la rédaction de ce document, ce qui explique la simple mention du 100 Mb/s.

Numericable AMF

Free estime aussi que les informations de Numericable sont fausses ou imprécises au sujet de la qualité HD de son offre de télévision, ou encore de sa vidéo à la demande, de son service clientèle, de son réseau de boutiques, etc.

Sans surprise, Numericable explique dans son communiqué que la demande de Free d’une telle mesure conservatoire est « tout à fait exceptionnelle dans le contexte d’une introduction en bourse », et est même « abusive » à son goût et doit par conséquent être rejetée par le tribunal de Nanterre. Ce dernier donnera son avis sur le sujet dès demain.

« Numericable Group rappelle que son prospectus d’introduction en bourse a été établi de bonne foi, sur la base des informations disponibles au moment de sa rédaction, et que ce prospectus ne constitue pas un document de publicité comparative par rapport à ses concurrents mais un document d’information financière concernant Numericable Group, établi selon les normes légales et réglementaires applicables » précise l'opérateur.

Bouygues veut revoir son contrat et 53 millions d'euros de dommages-intérêts

Free n'est toutefois pas le seul à mettre des bâtons dans les roues de Numericable à quelques jours de son introduction en bourse. Son partenaire Bouygues Telecom, qui lui loue son réseau FTTLA notamment pour son offre très haut débit, a ainsi déposé une réclamation justement vis-à-vis de son contrat qui le lie à Numericable depuis déjà plus de quatre ans. La filiale du groupe Bouygues demande 53 millions de dommages-intérêts, ceci sur la base de trois types de préjudices, à savoir :

  • 33,3 millions d'euros en raison de défaillances dans l’exécution du contrat
  • 17,3 millions d'euros du fait d'informations erronées préalable à la conclusion du contrat
  • 2,4 millions d'euros en raison d'un préjudice d'image subi par Bouygues Telecom

Le câblo-opérateur note que ledit contrat le lie à Bouygues Telecom jusqu'en 2019 et à l'instar de l'assignation par Free, Numericable considère les réclamations de Bouygues « infondées », ceci pour toutes les critiques formulées. Il « conteste tant les allégations de Bouygues Telecom que le montant des préjudices invoqués. Elle entend néanmoins poursuivre les discussions opérationnelles se déroulant régulièrement entre les parties concernant le suivi de ce contrat, pour lequel Bouygues Telecom demande des aménagements contractuels dans le cadre de sa réclamation. »

Il est important de préciser que ce partenariat signé avec Bouygues a permis à Numericable de réaliser une croissance importante de son nombre de clients utilisant son réseau. Sans ce contrat, cette croissance aurait non seulement été bien plus faible, mais financièrement, son poids est non négligeable. Rien qu'en 2012, près de 37,3 millions d’euros de chiffre d’affaires ont ainsi été réalisés, soit la moitié du chiffre d’affaires total en marque blanche pour le secteur grand public du groupe. 

Rappelons que l'introduction en bourse qui doit normalement être effective ce vendredi pourrait permettre à Numericable de lever entre 650 et 750 millions d'euros, ceci via la vente de parts de l'entreprise de capital-investissement américain Carlyle et de son confrère britannique Cinven. L'objectif est notamment de permettre à l'opérateur « de réduire son endettement, de renforcer sa structure financière et d'accroître sa flexibilité financière et stratégique en vue de soutenir sa stratégie de développement et de croissance ».


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