Quel modèle économique pour les concerts live diffusés sur le Net ?

Le freak, c'est chic 14

Si le modèle économique relatif à la retransmission en direct de concerts n’est pas né avec l’apparition du Web 2.0, il a néanmoins évolué au cours des dernières années sous l'impulsion du numérique. Deux chercheurs français se sont justement penchés sur le sujet au travers d’un ouvrage publié en février dernier. Morceaux choisis.

jazz vienne concert dailymotion

 

Si l’on ne compte plus le nombre de concerts étant désormais filmés pour être ensuite commercialisés sous forme de DVD ou bien diffusés en VoD sur Internet, le sociologue Gérôme Guibert et l’économiste Dominique Sagot-Duvauroux se sont demandés pourquoi il n’y en avait pas davantage. Ces deux universitaires français constatent en effet dans leur dernier ouvrage, « Musiques actuelles : ça part en live ! », que même s’il y a une certaine demande du public et qu’économiquement, cela permet « de réaliser des revenus supplémentaires et de potentiels profits », le choix est souvent fait de ne pas exploiter cette opportunité.

 

À la suite d’une enquête réalisée auprès de professionnels du secteur, les deux auteurs affirment que ceci tient « au rôle décisif du droit dans les captations de concerts ». Mais surtout, on le comprend rapidement, à ses conséquences sur un plan financier. « Du point de vue des producteurs de spectacles, la captation n’est pas intéressante en raison de l’absence de droits voisins liés au spectacle qu’ils ont produit » expliquent-ils ainsi. « Si un concert est filmé, même à l’initiative du producteur de spectacles, il ne peut tirer les fruits de son exploitation à moins d’une négociation contractuelle au cas pas cas avec les ayants droit ». D’une manière générale, la captation des concerts dans des conditions professionnelles est ainsi décrite comme non rentable.

Des captations non rentables pour les producteurs de spectacles

Quoi qu’il en soit, ce phénomène a conduit les acteurs de la filière à privilégier ce type d’enregistrements dans deux situations particulières, écrivent les deux chercheurs. Premier cas de figure : les artistes les plus en vue. « La captation, élaborée par le producteur phonographique (souvent éditeur) ou l’artiste lui même est intégrée dans une logique « 360° artiste » en partenariat avec un grand média pour une retransmission en direct à la télévision ou dans un espace public sur le modèle du sport de haut niveau ». Deuxième cas de figure, à l’opposé : les artistes dits émergents. « À défaut d’opportunité de médiatisation, la captation, souvent réalisée avec peu de moyens, est utilisée sur les sites de vidéos (YouTube, Dailymotion) dans un but promotionnel, pour créer un buzz et pour récompenser les fans, y compris lors d’action de crowdfunding ».

 

Mais si les opérations de type diffusion en direct de concerts en streaming se développent au fil des ans, comme l’illustre la retransmission gratuite cet été sur Dailymotion de spectacles d’une dizaine de festivals majeurs, « il semble que le consommateur ne soit pas prêt à payer pour ce type de service » concluent Gérôme Guibert et Dominique Sagot-Duvauroux. Cela ne signifie cependant pas pour autant que d’autres modèles économiques ne sont pas exploitables.

Sur la route du cobranding et des concerts privés

Le sociologue et l’économiste observent en fin de compte deux évolutions notoires s’agissant de la captation de concerts live. Ils évoquent tout d’abord le « cobranding », c’est-à-dire l’association d’une marque avec des spectacles musicaux. L’objectif ? Profiter de l’image et de l’authenticité rattachées à l’artiste ou au groupe. L’exemple de SFR retransmettant en direct des prestations sur Internet et via la chaîne 80 de la NeufBox est ainsi mis en avant.

 

D’autre part, Guibert et Sagot-Duvauroux font référence aux retransmissions en direct de « concerts privés » à un nombre limité de personnes via Internet. Ils illustrent leurs propos en mettant en avant les spectacles diffusés via le site concertsprives.com. « Les artistes profitent, expliquent les auteurs, en plus de leur cachet de concert, de la promotion apportée par la diffusion en direct ou en simultané d’un extrait de leur concert », notamment via les réseaux sociaux. De plus, il s’avère que « la captation d’un spectacle donne lieu à la signature d’un contrat séparé qui précise le montant du cachet spécifique à cette captation (qui vient s’ajouter au cachet de la prestation scénique) ».


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