Le patent troll Lodsys plie finalement l'échine face à Kaspersky

Buffy contre les vampires 56
Vincent Hermann

La société Lodsys, considérée comme un patent troll, attaque des dizaines d’entreprises pour faire valoir quelques brevets particulièrement puissants. Mais alors qu’Apple a tenté en vain de mettre des bâtons dans les roues du troll, un combat de deux ans contre Kaspersky vient d’échouer. Pour l’éditeur de solutions de sécurité, c’est le signe qu’il ne faut pas reculer devant Lodsys.

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Une page d'accueil qui ne laisse aucun doute sur l'activité principale de l'entreprise

Une longue suite de succès jusqu'à présent 

Lodsys est une société à la réputation désormais exécrable. Considérée comme un patent troll, elle utilise sa propriété intellectuelle pour remplir ses caisses. Elle dispose en effet de plusieurs brevets particulièrement puissants qui rendent les technologies couvertes essentielles pour de nombreux éditeurs. C’est notamment le cas des achats in-app qui permettent à des applications de rapatrier du contenu directement, en échange d’un paiement. Or, que l’on parle d’Apple, Google ou encore Microsoft, tous possèdent des plateformes applicatives où cette fonction est primordiale.

La société se bat actuellement contre des dizaines d’entreprises dont elle obtient presque systématiquement ce qu’elle demande. Pourquoi ? Parce que les sommes réclamées sont calculées sur une base précise : assez pour remplir les caisses, mais pas assez pour qu’elles démotivent les entreprises à risquer un choc devant les tribunaux. Car les batailles légales autour des brevets sont longues et très coûteuses, l’exemple d’Apple et Samsung étant suffisamment éloquent. Apple qui, justement, a tenté de faire annuler les plaintes de Lodsys contre des éditeurs d’applications mobiles. Cupertino a toutefois rencontré l’échec : les éditeurs ont accepté la proposition de Lodsys et ont payé, plutôt que de risquer d’engloutir des fortunes dans des procès l’issue incertaine.

Des pieds d'argile ? 

Et pourtant, la faiblesse de Lodsys pourrait bien résider dans le seul fait de résister. Le patent troll rencontrerait en effet les mêmes difficultés devant un tribunal qu’une autre entreprise. Car payer les avocats coûte cher et un patent troll génère des frais opérationnels très limités. Se battre dans un tribunal ferait donc largement grimper le coût des opérations, ce qui est précisément la technique souhaitée par Martha Stewart, qui a déposé plainte contre Lodsys.

Le magnat des médias pourra dorénavant être inspiré par la preuve que la résistance donne des résultats. Lodsys vient en effet de se voir infliger un camouflet : l’abandon de sa plainte contre l’éditeur Kaspersky, connu pour ses solutions de sécurité. Une plainte qui datait de 2011 mais qui avait rencontré le refus catégorique d’obtempérer de la part d’Eugene Kaspersky, PDG et fondateur de l’entreprise.

Lodsys fait machine arrière

Dans un billet sur le blog officiel de Kaspersky, le patron explique que la technique de Lodsys n’est en rien différente de celle utilisée par la mafia : « Notre opinion est que payer les patent trolls revient à se faire extorquer pour bénéficier d’une protection ». Il indique en outre qu’il avait l’intuition que Lodsys ne souhaitait pas vraiment aller devant les tribunaux après deux années de menaces et de tractations entre les avocats : « Et cette théorie a été confirmée quand ils sont partis sans rien obtenir ».

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La plainte déposée par Lodsys n’a non seulement rien donné, mais elle fournit en plus une protection à Kaspersky pour l’avenir. Le document signé par le juge Rodney Gilstrap pour clore l’affaire est en effet un « order of dismissal with prejudice », autrement dit un abandon des charges avec préjudice. Traduction : Lodsys ne pourra plus attaquer Kaspersky pour les mêmes raisons. En outre, le juge a demandé à ce que chacune des entreprises paye ses propres frais de justice.

Combattre les « parasites »

Selon Kaspersky, sur les 55 entreprises attaquées par Lodsys en 2011, 51 ont accepté de payer les sommes demandées plutôt que d’aller au procès. Seules Symantec, HP et Samsung ne se sont pas pliées au jeu pendant longtemps, mais ont fini par déposer les armes quelques semaines avant les premières audiences. Pour Eugene Kaspersky, plusieurs conclusions s’imposent, à commencer par la preuve absolue que les patent trolls, même s’ils ont l’air puissants peuvent être combattus avec succès. En outre, l’industrie informatique devrait faire front commun plutôt que de « nourrir ces parasites », qu’il n’hésite pas à comparer à des « suceurs de sang ». Mais en dépit de la victoire, il estime que les gouvernements doivent mettre en place des législations précises pour empêcher la prolifération de ces sociétés ne produisant rien et aspirant les forces vives des créateurs d’emplois.

La question est de savoir maintenant quelles seront les retombées potentielles d’un tel abandon. Dans la pratique, l’écrasante majorité des entreprises attaquées par Lodsys ont déjà payé, ce qui met la société hors d’atteinte dans ces cas-là. Cependant, les procédures en cours pourraient bien connaître un regain d’activité. On pense notamment à Martha Stewart qui doit trouver une certaine inspiration dans la victoire de Kaspersky : quatre de ses applications sont attaquées par Lodsys pour leurs achats in-app et elle a décidé de contre-attaquer.

En outre, en ne risquant pas le procès, Lodsys envoie un signal clair qui pourrait sérieusement interférer avec ses prochaines demandes. En effet, les entreprises visées pourraient estimer que les brevets ne sont finalement pas si solides, ou tout simplement que Lodsys ne souhaite pas engager des millions de dollars dans de longues procédures.


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