La seule intention d'Edward Snowden ? « Rendre possible le débat »

De ce côté, c'est réussi 16
Vincent Hermann

Edward Snowden, le lanceur d’alertes par qui le scandale Prism est arrivé, s’est très rarement exprimé depuis son interview initiale il y a maintenant trois mois pour le journal The Guardian. Dans un texte lu par Jesselyn Radack, directrice de l’association américaine Government Accountability Project, il explique ses actions par une raison simple : il souhaitait un débat sur le respect de la vie privée.

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Edward Snowden est actuellement l’une des personnes que les États-Unis souhaitent le plus ardemment rapatrier. Ce lanceur d’alertes a volé de très nombreux documents à la NSA et qui sont désormais entre les mains de certains journalistes, notamment dans les rédactions du Guardian, du Spiegel, du Washington Post ou encore du New York Times. Mais Snowden ne s’est lui-même que très peu exprimé en dehors de l’interview initiale qu’il avait accordée à Glenn Greenwald et Laura Poitras pour le Guardian.

Il a cependant rédigé un courrier qui a été lu hier devant le Parlement européen par Jesselyn Radack, directrice de l’association américaine Government Accountability Project. Le lanceur d’alertes y remercie l’instance ainsi que le comité LIBE (Civil Liberties, Justice, and Home Affairs) pour la réflexion menée sur la surveillance de masse : « La surveillance de populations entières, plutôt que des individus, pourrait être la plus grosse menace de notre temps sur les droits de l’homme. Le succès des économies dans les pays développés s’appuie de manière croissante sur leur capacité à innover, et si ce succès doit se poursuivre, nous devons nous rappeler que la créativité est le produit de la curiosité, elle-même le produit de l’intimité ».

Il fustige la « culture du secret » qui a bloqué toute forme de débat sur une balance singulière : le droit de l’homme à l’intimité et à la vie privée d’une part et la capacité d’un gouvernement à enquêter d’autre part. Des décisions ont été prises sans que le public n’en soit informé et aucun débat « éclairé » n’a eu lieu. Puisqu’un débat ne peut pas avoir lieu sans que les informations ne soient disponibles, il ne lui restait d’autre choix que de révéler au grand jour les secrets de la NSA, sachant que l’exil serait sa seule voie.

« Lorsque j’ai commencé mon travail, c’était dans l’unique intention de rendre possible le débat que nous voyons aujourd’hui se dérouler dans cette instance ainsi que dans d’autres à travers le monde » poursuit-il dans sa lettre. Il est visiblement satisfait de la manière dont les évènements se déroulent, constatant que des enquêtes prennent place et que des commissions parlementaires se forment un peu partout. Il relève également la libération de parole du côté des tribunaux « qui n’ont plus peur » de soulever des critiques touchant à la sécurité nationale, faisant sans doute référence par-là à la FISC (Foreign Intelligence Surveillance Court).

Pour Snowden, le combat pour le respect de la vie privée est le « travail de toute une génération ». Il est encore toutefois bien trop tôt pour juger de l’efficacité des réflexions qui se mettent en place, notamment parce que de tels débats prennent du temps. On rappellera en outre que Snowden a été nommé pour le prix Sakharov de la liberté de penser. En lice avec six autres personnes ou groupes de personnes, il saura le 10 octobre s’il fait partie des finalistes, puis le 20 novembre si le prix lui est décerné. Resterait alors un épineux problème : venir le récupérer.


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