La fermeture de MegaUpload aurait surtout profité aux blockbusters

La Mega Box-Office 112
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le lundi 26 août 2013 à 11:30

Alors que MegaUpolad et MegaVideo ont fermé leurs portes depuis maintenant plus d'un an et demi, la question se pose encore de savoir quel a été l'impact de cette mesure. La mise à jour d'une précédente étude (disponible ici en PDF) vient de donner de nouveaux éléments de réponse à cette question, à savoir que cette fermeture n'a pas profité aux revenus d'une majorité de films. Les blockbusters font cependant figure d'exception.


Le 19 janvier 2012, la justice américaine faisait fermer MegaUpload et MegaVideo, les deux sites de Kim Dotcom, à la grande satisfaction des ayants droit de l'audiovisuel. En France, quelques jours après cette opération, Canal+, M6 et TF1 n’avaient ainsi pas hésité à se féliciter de l’impact positif de cette fermeture sur l'offre légale de vidéos. Nicolas de Tavernost, patron de la six, indiquait par exemple début février que W9 Replay, l’équivalent de M6 Replay pour la chaîne de la TNT, avait vu son trafic multiplié par quatre en quinze jours.

Mais pouvait-on en dire autant s'agissant des entrées dans les salles de cinéma ? Cette question ayant taraudé depuis l'année dernière plusieurs scientifiques continue de trouver des éléments de réponse. Au travers de l'actualisation d'une précédente étude datant de novembre 2012, Christian Peukert et Tobias Kretschmer, chercheurs au sein de l’Université de Munich (Allemagne), ainsi que Jörg Claussen, de l’École de Commerce de Copenhague (Danemark), se sont penchés une nouvelle fois sur cette question, comme l'a repéré TorrentFreak. À partir notamment des résultats du box-office publiés sur le site Boxofficemojo entre 2007 et 2013, les trois scientifiques ont cherché à mesurer d’éventuels effets, d’après un échantillon bien plus grand (10 272 films diffusés dans 50 pays différents) que celui utilisé précédemment. Ces travaux se présentent toutefois comme des grandes pistes, tant il est difficile d'évaluer avec précision un tel phénomène (existence d'autres hébergeurs de fichiers, d'autres pratiques de partage - en ligne ou non, etc.).

Des revenus du box office en baisse, sauf pour les blockbusters

Résultat ? Contrairement à ce à quoi certains pouvaient s'attendre, les revenus du box office ont diminué, par exemple de près de 7 % entre janvier et juin 2012. Tous les films ne sont cependant pas à la même enseigne. En effet, les auteurs de cette étude ont observé que « tandis que les très gros films ont profité de cette fermeture, les revenus des plus petits films et des films moyens ont diminué suite à cette fermeture ». Autrement dit, des blockbusters tels que Le Hobbit, Avengers ou Iron Man ont eu tendance à sortir leur épingle du jeu après que MegaUpload soit rayé de la carte, contrairement aux films aux moyens plus modestes.

Face à ces résultats qu'ils jugent surprenants, les trois chercheurs avancent une explication possible. Ils notent en effet que « les petits films ont généralement des campagnes de marketing plus réduites, ce qui fait du bouche-à-oreille un vecteur important de réussite ». Dès lors, ils déduisent que « si une partie de ce bouche-à-oreille est ensuite amputée du fait de l'inaccessibilité de contenus illégaux, les performances de ces petits films sont susceptibles d'être plus durement touchées ». En clair, le téléchargement illégal de films via MegaUpload permettait de faire connaître certaines oeuvres. Une publicité qui se ferait désormais plus difficilement.  

Enfin, dans leur conclusion, les auteurs de cette étude écrivent que « lorsque le piratage en ligne a des effets très différents (voire opposés), les interventions visant à réduire ses effets négatifs sont difficiles à mettre en œuvre en raison des facteurs externes pouvant affecter la diversité des produits et, en fin de compte, la structure des marchés ». En clair, couper l'accès à un site ou à un fichier ne permet pas forcément de lutter efficacement contre les atteintes aux droits de propriété intellectuelle sur internet. Une récente étude portant sur le blocage de The Pirate Bay aux Pays-Bas allait également dans le même sens, puisque celle-ci tendait à démontrer l'absence d'effets positifs de cette mesure sur l'offre légale.


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