Tweets haineux : une ONG porte plainte et envisage une fermeture de Twitter

Après #UnBonJuif, #BrûlonsLesGays 138

Une organisation de lutte contre l’homophobie vient d’annoncer son intention de porter plainte auprès de la justice française après que des centaines de tweets incitant à la haine ont été publiés depuis ce week-end sur Twitter. Le réseau social est également visé, puisqu’on lui reproche d’avoir favorisé la publication de ces messages au travers de ces « top tendances » relatives aux hashtags.

justice palais tgi

 

L’avocat du comité IDAHO (International Day Against Homophobia) France doit déposer aujourd’hui plusieurs plaintes auprès du Parquet de Paris, dont une visera spécifiquement l’entreprise américaine Twitter. C’est en tout cas ce qu’a indiqué Alexandre Marcel, président de l’organisation, à PC INpact. Les autres plaintes seront déposées à l’encontre d’utilisateurs du réseau social. Pour tous, une seule et même accusation : incitation à la haine. Un délit passible d’une peine pouvant aller jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende, voire cinq fois plus dans le cas d’une personne morale (tel qu’une entreprise).

 

À l’origine de ces poursuites, un déferlement depuis ce week-end sur Twitter de messages jugés haineux par le comité IDAHO. « Depuis hier, on a copié plus de 900 tweets homophobes et qui appelaient au meurtre » raconte ainsi Alexandre Marcel. Ces messages ont été diffusés au détour des hashtags « #LesGaysDoiventDisparaître » et « #BrulonsLesGays ».

Twitter pointé du doigt à cause de ses top tendances

Premier accusé, donc : Twitter. « Le fait que Twitter diffuse toute une journée, samedi, en top tendances, #LesGaysDoiventDisparaître, c’est une honte ! Aujourd’hui, dans les top tendances du jour, c’est #BrûlonsLesGays » déplore Alexandre Marcel. Le président du comité IDAHO estime que le réseau social devrait être puni en raison de sa modération insuffisante de ces hashtags qui sont présentés comme étant les plus populaires du moment. « Certes, Twitter n’a pas de responsabilité sur les tweets qui sont échangés. En revanche, quand il y a un hashtag qui est mis en avant et qui appelle à faire disparaître ou à brûler les gays, Twitter a toute responsabilité » fait-il valoir.

 

brulonsgay twitter

Capture d'écran des top tendances du jour.

 

« S’ils ne sont pas capables de gérer leurs tendances hashtag, et bien qu’ils les suppriment ! » s’emporte-t-il. L’homme voit dans la mise en avant de ces hashtags un stimulateur de tweets haineux. « Si le hashtag n’est pas diffusé, la profusion de haine ne peut pas être diffusée, parce qu’à partir du moment où le hashtag est dans les top tendances, les gens sont influencés pour aller dessus ».

Un dispositif de signalement à nouveau critiqué

Ce que souhaite obtenir l’organisation avec cette action ? « On espère obtenir de la part de Twitter des engagements fermes, réels et tenus. On ne veut plus qu’il puisse y avoir sur la homepage de Twitter de hashtag qui soit à connotation homophobe, raciste, antisémite ou de toute autre forme de discrimination ».

 

Mais ce n’est pas tout : le comité IDAHO France veut également que le réseau social modifie son système de signalement des tweets jugés illicites. « Il faudrait qu’il y ait des boutons de signalement des discriminations par rapport à l’orientation sexuelle, la race, l’origine, la religion,... et que tout le monde puisse signaler la discrimination de façon ciblée et que très vite les tweets ou les hashtags puissent disparaître ». Force est de constater qu’encore une fois, la prise en compte des notifications par Twitter est très vivement critiquée. Pourtant, le réseau social s’est engagé il y a peu à faire des efforts en la matière, notamment suite à son différend avec l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), mais les résultats se font attendre.

900 twittos potentiellement visés par cette plainte

Seconds accusés : de nombreux utilisateurs du réseau social ayant diffusé ces messages jugés haineux. Si Alexandre Marcel nous a indiqué avoir près de 900 tweets dans le collimateur, certains de leurs auteurs pourraient passer entre les mailles du filet. L’intéressé nous a néanmoins confié qu’il ne ferait en aucun cas de cadeau à « toutes les personnes appelant vraiment à la mort ». Ceux-ci représenteraient donc au moins 90 utilisateurs. « Twitter a accepté de livrer toutes les informations nécessaires à la justice quand c’était le hashtag #UnBonJuif. Là, j’espère que Twitter aura au minimum la même résonnance » nous a-t-il expliqué.

 

alexandre marcel

Et si l'on fermait Twitter ?

Alors que l’affaire « #UnBonJuif » s’est terminée au début du mois dernier, ces nouvelles plaintes ravivent des braises encore fumantes. « Vu qu’il n’y a aucune condamnation de justice qui ait eu lieu jusqu’à aujourd’hui, quel est le risque pour Twitter de diffuser de la propagande de haine ? Aucun ! Quel est l’avantage que Twitter en tire ? C’est de l’avantage publicitaire ! » tempête Alexandre Marcel. En clair, l’intéressé sous-entend que l’entreprise américaine profite de ces épisodes pour faire de l’audience et - à travers ça - des profits.

 

Le précédent de l’UEJF contre Twitter est en outre passé par là. « Si Twitter n’applique pas la législation française, et si Twitter n’arrête pas de diffuser ses incitations à la haine, il faut qu’il y ait une régulation au niveau des autorités et que Twitter soit fermé ! » anticipe Alexandre Marcel. Une telle mesure semble cependant peu envisageable dans la mesure où Twitter n’est pas hébergé en France... Réponse de l’intéressé : « Il faut bien qu’il y ait une solution à un moment donné ! Il faut bien que quelqu’un fasse quelque chose ! La liberté d’expression a des limites. L’appel à la mort et l’appel à la haine ne peuvent être cautionnés par Twitter ». Et ce dernier d'ajouter : « si Twitter ne maîtrise pas ses outils informatiques, il faut que l’État s’en mêle et réellement tape du poing sur la table en disant stop ! »


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