Prism : le renseignement américain face à la colère du Congrès

Questions, critiques, menaces 89
Vincent Hermann

Depuis les révélations initiales d’Edward Snowden au sujet du programme américain de surveillance Prism, la NSA est déjà passée une fois devant le Congrès pour justifier de l’efficacité de sa lourde machinerie. Les doutes qui avaient été émis se sont renforcés cette semaine, les responsables du renseignement faisant face à des parlementaires visiblement remontés contre les informations révélées.

capitole congres

Crédits : Laurent Gence, licence Creative Commons

Une pression croissante 

Les documents obtenus par Edward Snowden recouvraient plusieurs aspects de la surveillance américaine. Le programme Prism tout d’abord, qui a fait l’objet de très nombreux articles dans la presse, mais également la collecte massive des métadonnées des appels téléphoniques. Concernant ces derniers, une plainte a été lancée cette semaine par de nombreuses associations qui estiment que cet espionnage viole le Premier Amendement de la Constitution américaine et le droit d’association. À noter également qu’une coalition de 63 entreprises (dont Microsoft, Apple et Google), de groupes de défense des libertés civiles, de fonds d’investissements et autres a demandé officiellement à Barack Obama la permission d’être plus transparents sur les requêtes effectuées par la NSA.

Et tandis que la pression a augmenté de toute part cette semaine, les responsables du renseignement américain ont dû faire face une fois de plus aux membres du Congrès. La première fois, des soupçons avaient été émis sur l’efficacité de toute la machinerie mise en place. Les responsables avaient principalement indiqué qu’une cinquantaine de complots avaient pu être déjoués, une partie concernant directement des pays alliés. Aux États-Unis, le cas d’un complot visant le métro new-yorkais avait notamment été abordé.

L'arbre aux multiples branches 

Pour la deuxième audition, qui s’est tenue mercredi, les responsables ont cependant fait face à des parlementaires nettement plus offensifs. L’origine de cette colère tient à une révélation qui ne provenait cette fois pas des documents de Snowden, mais bien d’un responsable, John C. Inglis : le nombre de personnes touchées par les enquêtes peut grimper de manière exponentielle durant une enquête à chaque interrogation de la titanesque base de données.

Pour le comprendre, il faut imaginer un arbre dont le tronc est le suspect. La requête dans la base définit ensuite un nombre de niveaux de profondeur. Dans le cas d’un niveau 1, la requête va afficher l’ensemble des personnes qui ont été en contact direct avec le suspect, ce qui donne les branches principales. Le niveau 2 affiche toutes les personnes qui ont été en contact avec celles qui ont parlé directement avec le suspect. Les branches secondaires peuvent donc déjà être très nombreuses. Selon Inglis, les requêtes peuvent aller jusqu’au niveau 3, affichant alors une très longue de personnes ayant été en contact avec celles du niveau 2. D’un seul suspect, il devient donc possible de reconstituer un arbre relationnel avec des dizaines de branches et des milliers de feuilles.

Ces niveaux de détails, que le monde du renseignement appelle « hops », sont particulièrement puissants dans le cadre de recoupements d’informations, quand les données téléphoniques notamment sont croisées avec celles d’internet. Devant les réactions d’inquiétude et de colère, Inglis a rapidement indiqué que ces requêtes étaient toujours approuvées par la Fisc, la cour secrète qui règle les opérations menées sous couvert de la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act). Pour les parlementaires, ce n’était pas suffisant.

Une audition beaucoup plus offensive 

Les critiques agressives ont donc fusé, voire même des menaces. Plusieurs membres du Congrès ont ainsi révélé leurs inquiétudes non sur l’utilisation qui était faite des données, mais sur la collecte elle-même : « Le statut parle de collection. Vous essayez de nous embrouiller en parlant d’utilisation » a ainsi indiqué Jerrold Nadler. Un autre, Ted Poe, espère que le Congrès pourra limiter l’idée « qu’il est acceptable de heurter l’esprit de la Constitution au nom de la sécurité nationale ».

Devant les rappels des responsables que le travail de la NSA était supervisé tant par la Fisc que le Congrès lui-même, plusieurs parlementaires se sont montrés sceptiques. Spencer Bachus par exemple a indiqué « ne pas être du tout au courant » du caractère extensif de cette surveillance, dont seules les bases avaient été exposées initialement devant les comités spéciaux de la Chambre et du Sénat. Zoe Lofgren a souligné quant à elle les rapports plus que succincts qui sont produits une seule fois par an : « moins d’une page et pas plus de huit phrases ».

Le parlementaire James Sensenbrenner, pourtant l’auteur du Patriot Act, s’est montré particulièrement virulent. Il a ainsi menacé les responsables du renseignement de perdre les votes de la Chambre des représentants lors du vote de prolongation du programme en 2015 si les analystes ne revoyaient pas sérieusement à la baisse le périmètre de recherche.

La pression accumulée autour de la NSA notamment est particulièrement forte depuis plusieurs semaines. Auditions publiques, lettres ouvertes, plaintes, méfiance du grand public, crise de confiance pour les entreprises et ondes de chocs diplomatiques : les conséquences des actes d’Edward Snowden, nominé pour le prix Nobel de la Paix 2014, ne sont pas terminées.


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