Snowden : la France contraint le président bolivien à atterrir d’urgence

Ondes de choc diplomatiques 490
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le mercredi 03 juillet 2013 à 11:17
Vincent Hermann

La situation d’Edward Snowden, le lanceur d’alertes ayant révélé les rouages du programme américain de surveillance Prism, influe largement sur la scène politique internationale. Alors que l’avenir de l’ancien agent de la CIA est incertain, l’avion du président bolivien Evo Morales a dû s’arrêter hier en Autriche car la France et le Portugal ont refusé qu’il traverse leur espace aérien.

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Crédits : Tjebbe van Tijen, licence Creative Commons

 

Les révélations sur le programme Prism ont provoqué de très nombreuses réactions dans le monde politique et les évènements ne semblent pas sur le point de s’arrêter. En Europe, plusieurs dirigeants ont ainsi exigé des États-Unis qu’ils s’expliquent non seulement sur la portée du programme de surveillance de la NSA mais également sur les informations de Snowden sur l’espionnage actif qui aurait été pratiqué dans certaines instances et ambassades.

Incident diplomatique 

Mais alors que nous évoquions hier la complexité croissante de l’affaire, surtout autour des demandes d’asile politique lancées par Snowden, le terrain de la diplomatie est devenu un peu plus glissant hier soir. En effet, l’avion du président bolivien Evo Morales a dû atterrir en urgence à Vienne, en Autriche, après être parti de Moscou et que la France et le Portugal ont refusé qu’il traverse leur espace aérien.

 

Selon le Guardian, les autorisations ont été retirées au dernier moment, forçant l’avion présidentiel à se rabattre sur un plan d’urgence. Vers minuit, une conférence de presse organisée par le vice-président Alvaro Garcia révélait que l’Espagne et l’Italie avaient elles aussi refusé la pénétration de leur espace aérien. L’Espagne avait même fait de la fouille de l’avion un critère essentiel pour accorder à nouveau son autorisation.

La peur que Snowden soit à bord 

Mais pourquoi un tel blocage ? Parce que l’avion avait décollé de Moscou et qu’Evo Morales était suspecté de l’utiliser pour ramener avec lui Edward Snowden, bloqué depuis plus d’une semaine en Russie. David Choquehuanca, ministre bolivien des Affaires étrangères, a par ailleurs indiqué, au sujet de la France et du Portugal : « Ils ont indiqué que c’était à cause de difficultés techniques, mais après avoir eu des explications de plusieurs autorités, nous avons découvert qu’il y avait des suspicions non-fondées sur la présence de M. Snowden à bord ». Des suspicions d’autant plus fortes que Morales avait précédemment indiqué que la Bolivie considèrerait la demande d’asile du lanceur d’alertes.

 

David Choquehuanca n’a pas hésité à affirmer que la France et le Portugal « avaient mis en danger la vie du président ». Le ministre bolivien de la Défense, Ruben Saavedra, était à bord de l’avion et la situation est pour lui très claire : « Ceci est un acte hostile de la part du Département d’État des États-Unis qui ont utilisé plusieurs gouvernements européens ». La France aurait donc été utilisée par les États-Unis pour faire barrage à un avion présidentiel, tandis que l’Autriche n’a pas hésité à faire fouiller ledit avion, une forme d’ingérence dont la Bolivie se dit particulièrement choquée.

« Kidnappé par l’impérialisme » 

La situation s’est depuis cette nuit légèrement calmée. L’Autriche a confirmé qu’Edward Snowden ne se trouvait pas à bord et la France, puis le Portugal, sont revenus sur leur décision. Le problème désormais est que plusieurs pays, par crainte d’éventuelles retombées, ont fait barrage à un avion présidentiel sur la base d’une suspicion. Une opération qui a poussé le vice-président bolivien Alvaro Garcia à déclarer qu’Evo Morales avait été « kidnappé par l’impérialisme », comme le rapporte Associated Press.

 

Nous avons contacté le ministère des Affaires étrangères pour en savoir plus sur le refus d’accorder au président bolivien l’autorisation de traverser l’espace français et attendons actuellement une réponse.

Le point sur les demandes d’asile

Sur la vingtaine de pays à qui Snowden s’est adressé pour ses demandes d’asile, plusieurs ont déjà explicitement refusé, tandis que d’autres offrent peu d’espoir. Mais pour l’instant, la plus grande partie n’a tout simplement pas encore répondu.

 

Le Washington Post a résumé l’ensemble des informations connues au sein d’une carte. On peut y voir que trois pays ont déjà refusé clairement la demande : l’Inde, le Brésil et la Pologne. Trois autres pays sont décrits comme ayant refusé implicitement l’asile :

  • La Chine, parce qu’elle a laissé Snowden quitter Hong-Kong.
  • La Russie, qui demandait en échange de l’asile la promesse de Snowden qu’il ne diffuserait plus aucun document, ce que le lanceur d’alertes a refusé.
  • La Norvège, qui a déclaré ne pas voir de raisons politiques particulières à accueillir Snowden.

De leur côté, la France, Cuba, l’Allemagne, l’Islande, l’Italie et le Nicaragua et la Suisse n’ont pas encore répondu.  Quant à l’Autriche, la Finlande, l’Irlande, les Pays-Bas, et l’Espagne, Snowden doit impérativement se trouver dans leurs frontières pour que la demande soit examinée. Mais au vu des évènements récents, il est peu probable que la France, l’Autriche et l’Espagne et l’Italie considèrent sérieusement l’asile politique de Snowden.

 

Seuls deux pays ont indiqué que la demande serait examinée : la Bolivie, ce qui a valu à son président un atterrissage forcé à Vienne hier soir, et le Venezuela.  


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