Les USA accusés d’avoir espionné leurs alliés européens, dont la France

Edward aux mains d'agent 144

Les États-Unis, qui reprochaient il y a quelques mois à certains équipements chinois d’être une menace pour leur sécurité nationale, se voient aujourd’hui accusés d’espionnage. En effet, depuis ce week-end les autorités américaines sont accusées d’avoir surveillé les communications téléphoniques et électroniques d’instances représentatives de l’Union européenne, mais également d’autres pays considérés comme alliés. La France est ainsi concernée.

commission europe

 

Nouvel épisode dans l’affaire Prism. Samedi, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel affirmait que les autorités américaines avaient surveillé les communications téléphoniques et électroniques de l’Union européenne. À l’appui d’informations détenues par Edward Snowden, le lanceur d’alerte dont le sort est toujours en suspens, nos confrères révélaient que les États-Unis avaient espionné les représentations diplomatiques de l’UE à l’ONU (que ce soit à Washington ou à New-York) mais aussi à Bruxelles, au sein du bâtiment Justus-Lipsius - lequel abrite le Conseil de l'Union européenne.  

 

Selon le Spiegel, les États-Unis ont installé des micros au sein de ces délégations. Ils ont également infiltré leurs réseaux informatiques, de telle sorte qu’il leur était possible d’accéder aux emails et à divers documents internes des ordinateurs connectés. Cette procédure est détaillée dans un document américain que s’est procuré Edward Snowden, datant de septembre 2010 et classé « top secret » par la NSA. Les Européens y sont d’ailleurs présentés comme des « cibles à attaquer ».

38 cibles selon ce document top secret

Mais la liste des « cibles » européennes pourrait être en réalité un peu plus longue que ça... Hier, The Guardian a donné de plus amples détails sur ce nouveau document. Au total, ce sont 38 ambassades ou délégations qui y seraient énumérées. Différents alliés des États-Unis se trouvent ainsi visés : l’Union européenne, la France, l’Italie, la Grèce, mais aussi le Japon, la Turquie, le Mexique, l’Inde ou bien encore la Corée du Sud. Selon le quotidien britannique, l’Allemagne n’est néanmoins pas mentionnée. Le nom de code de l’opération contre l’ambassade de France à Washington était par exemple « Wabash », et celle contre sa délégation aux Nations Unies « Blackfoot ».

 

téléphone

Les autorités américaines priées de s'expliquer

Suite à ces révélations, les réactions n’ont pas manqué. « Entre partenaires, on n'espionne pas ! », s'est par exemple élevée la commissaire européenne à la justice, Viviane Reding, hier. Selon elle, « on ne peut pas négocier sur un grand marché transatlantique s'il y a le moindre doute que nos partenaires ciblent des écoutes vers les bureaux des négociateurs européens ». L’intéressée a ainsi réclamé des États-Unis qu’ils « dissipent ces doutes très rapidement », comme le rapporte Le Monde. Catherine Ashton, la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, a quant à elle expliqué hier que les services de l’UE s’étaient rapprochés des autorités américaines afin d’obtenir « des clarifications urgentes concernant la véracité de ces allégations ». Un retour d’outre-Atlantique est attendu « dès que possible ».  

Des faits qui pourraient être « tout à fait inacceptables » selon Fabius

Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a affirmé hier dans un communiqué que la France venait de demander « des explications aux autorités américaines » au sujet des informations révélées par le Spiegel. Selon lui, « ces faits, s’ils étaient confirmés, seraient tout à fait inacceptables ». La Garde des Sceaux, Christiane Taubira, est allée un peu plus loin en affirmant sur BFMTV que ces actes de surveillance relèveraient d’un « acte d'hostilité inqualifiable » s’ils étaient avérés.

 

La ministre déléguée à l’Économie numérique, Fleur Pellerin, s’est néanmoins montrée plus timorée sur le sujet, évoquant de précédentes histoires d’espionnages s’agissant des représentations diplomatiques. « Ce qui me paraît particulièrement choquant, si ça devait être avéré, c'est le dispositif qui a été mis en place de surveillance généralisée (...) des populations. C'est une affaire complètement différente de l'affaire d'espionnage, c'est beaucoup plus grave » a-t-elle préféré expliquer à BFMTV.

 

On remarquera aussi la réaction de Frédéric Lefebvre, récemment élu député de la 8ème circonscription des Français de l’étranger (Amérique du Nord). « Le flot de réactions anti-américaine, de toutes part, m’amène à souhaiter qu’il ne soit pas fait de procès d’intention à l’endroit de nos alliés américains, a indiqué l’élu UMP au travers d’un communiqué. Prenons garde à ne pas fragiliser des relations de confiance sur la base d’informations de presse non confirmées, alors qu’une enquête semble toujours en cours ».

 

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EELV et Mélenchon veulent que la France accorde l’asile politique à Edward Snowden

Europe Écologie les Verts semble avoir profité de l’occasion pour demander officiellement à François Hollande d’accorder l’asile politique à Edward Snowden. Selon le parti allié à la majorité socialiste, l’Américain a non seulement « eu le courage de révéler l’existence d’une surveillance illicite », mais a également « permis d’en connaître l’ampleur qui s’étendait jusqu’aux bureaux de l’Union européenne aux Nations Unies et à Bruxelles ».

 

À noter que Jean-Luc Mélenchon, candidat du Parti de Gauche lors de la dernière élection présidentielle, a lui aussi pris position en faveur d’une telle protection du lanceur d’alerte. « Qu'on accueille, pour l'asile politique Monsieur Snowden, parce que cet homme est un bienfaiteur ! C’est grâce à lui que nous savons que nous avons été espionnés » a-t-il déclaré à BFMTV.


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