Freebox OS, cauchemar des ayants droit

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le jeudi 27 juin 2013 à 16:10

Comme nous l'avons évoqué un peu plus tôt dans la matinée, Free vient de déployer le firmware 2.0 du boîtier Server de sa Freebox Révolution, aussi connu sous le petit nom de Freebox OS. Cette nouvelle interface apporte de nombreuses nouveautés, dont certaines devraient être assez mal vues des ayants droit qui tentent de lutter contre le piratage.

Lors du lancement de sa Freebox Révolution, Free avait fait grand bruit avec l'arrivée d'une fonctionnalité qui n'était pas proposée ailleurs : l'intégration d'un client BitTorrent. En effet, il était possible de coller un lien pour lancer un téléchargement directement depuis l'interface du boîtier Server, un système qui avait été rapidement interfacé avec des applications tierces. 

Les paramètres de BitTorrent dans la Freebox Révolution v1.x

Freebox Révolution et BitTorrent : ce n'était que le premier pas

Pratique pour ceux qui veulent récupérer simplement la dernière version d'Ubuntu, ou des tas de fichiers légaux à travers ce réseau P2P, mais aussi pour ceux qui veulent se trouver le dernier épisode de la saison 3 de Game of Thrones par exemple (qui n'est de toute façon pas bon pour votre santé mentale, mais passons). De quoi faire hurler les ayants droit à l'époque, alors que le fonctionnement était assez basique et pas totalement au point pour les accès externes. Ce n'est plus le cas avec Freebox OS.

La nouvelle interface de Free se présente comme une sorte de mini système d'exploitation. Par défaut, un fond s'affiche avec quelques icônes et un simili-menu démarrer. On peut y ouvrir des fenêtres qu'il est possible de déplacer et / ou de redimensionner, qui mènent à différents réglages et fonctionnalités. Deux d'entre elles nous intéressent plus spécialement dans le cas présent : l'explorateur de fichiers et la zone de téléchargement.

Freebox OS Téléchargement

La zone de téléchargement

Cette dernière a été drastiquement renforcée par rapport aux versions 1.x du firmware. Il est toujours possible de coller un lien direct vers un fichier à récupérer ou un fichier BitTorrent, mais la façon de suivre les téléchargements est bien plus agréable.

Le tout prend là aussi la forme d'une fenêtre découpée en plusieurs zones : des onglets permettant de distinguer les opérations en cours, celles qui sont terminées, les éléments partagés, etc. Un petit graphique permettra de savoir le taux actuel de réception et d'émission, alors que la partie centrale affichera toutes les informations sur chaque téléchargement en cours.

Des options plus complètes : les flux RSS et les Newsgroups débarquent

Dans les paramètres, on trouve quelques nouveautés bienvenues comme la possibilité de définir des limites de vitesse en fonction de l'heure. Vous voulez que votre système télécharge rapidement pendant les heures de bureau, mais pas lorsque vous êtes à la maison le soir et le week-end ? C'est possible. Dans chaque cas, vous pourrez définir une limite pour l'émission et la réception, les valeurs en mode réduit étant fixées à 512 ko/s et 42 ko/s par défaut. On reconnaît bien là la touche geek de Free.

Freebox OS TéléchargementFreebox OS TéléchargementFreebox OS Téléchargement

Mais en s'attardant un peu plus, on voit apparaître des options qui ne concernent pas que les fichiers Torrent. Il est en effet question de Newsgroups, de flux RSS et de liste de blocage, et c'est bien ça qui devrait faire réagir le petit monde de la protection des droits d'auteur.

En effet, ces deux dernières fonctions permettent pour l'une de bloquer des IP connues pour être celles des ayants droit et de leurs sociétés de repérage des téléchargeurs, pour l'autre de récupérer des listes de fichiers à télécharger. Bien entendu, vous pourrez aussi y placer les dernières actualités de PC INpact, mais vu le fonctionnement de la chose, on doute que le but soit de remplacer Google Reader.

Freebox OS RSS

Google Reader : le retour

SSL, PAR2, extraction et gestion des NZB : Free sort le grand jeu...

Mais outre BitTorrent, de nombreux utilisateurs exploitent les newsgroups pour récupérer en masse et de manière assez rapide les fichiers. Cette méthode est généralement moins connue pour plusieurs raisons : elle est plus complexe que d'utiliser un client BitTorrent et elle nécessite le plus souvent d'utiliser un service payant pour avoir accès à des serveurs disposant d'une bonne bande passante, avec éventuellement un chiffrement de la connexion et une bonne rétention des fichiers.

Car, pour rappel, les Newsgroups sont au départ principalement utilisé pour discuter, vous permettant de vous abonner à des groupes divers et variés. Pour y accéder, un client suffit, ce qui est souvent pris en charge par des outils au départ destinés à l'e-mail comme Thunderbird par exemple. Mais des interfaces en ligne comme Google Groups permettent aussi de les lire et de participer. Free dispose d'ailleurs de groupes dédiés à son support tels que proxad.free.adsl et proxad.free.adsl.degroupage.

Mais ce qui intéresse les adeptes de fichiers illégaux ce sont les « binaires ». Il est en effet possible de s'échanger des fichiers de petite taille via les Newsgroups, qui sont devenus l'activité principale de certains fils de discussion qui ne peuvent pas vraiment être coupés. En effet, dans la pratique, une personne upload ces fichiers qui sont ensuite répliqués de serveur en serveur, ceux-ci étant présents partout dans le monde via des milliers de prestataires différents qui proposent à leurs clients d'accéder au contenu d'Usenet. 

Freebox OS TéléchargementFreebox OS Téléchargement

Les fonctions principales pour BitTorrent et les Newsgroups dans Freebox OS 

Une fois toutes ces données récupérées, il faut vérifier leur conformité, et les réparer si nécessaire. C'est le boulot des fichiers de parité PAR2. Ensuite une étape d'extraction doit le plus souvent être pratiquée, puisque les fichiers transmis sont compressés. Toutes ces fonctions sont en général prises en charge par un client de téléchargement qu'il faut installer sur une machine dédiée, tant cela peut être long et fastidieux. 

Mais Free a tout simplement décidé de toutes les proposer dans un client intégré à sa Freebox révolution.

... et n'oublie que le VPN

Dans la pratique, la liste des données à récupérer se transmet via un fichier NZB, qu'il suffit de placer dans le dossier « à surveiller » qui fait aussi son apparition. Une fois celui-ci détecté, le téléchargement commence via les paramètres indiqués pour le serveur de Newsgroups. Le SSL pourra bien entendu être de la partie, même si pour le moment aucun système permettant de se rendre anonyme (via un VPN par exemple) ne semble proposé. Une fois toutes les données récupérées, le fichier de départ sera extrait si possible et placé dans le répertoire de téléchargement comme si de rien n'était.

Mais tout ça n'a rien de vraiment nouveau, c'est juste une manière bien plus simple de faire les choses. S'il est assez facile de trouver des usages légaux de BitTorrent qui n'est qu'un système d'échange en P2P, ce sera bien plus compliqué avec les Newsgroups dont l'usage des binaires n'est pas franchement adapté à l'échange de gros fichiers (même s'il est possible de trouver des ISO Linux légales sur certains groupes tels que alt.binaries.cd.image.linux par exemple).

Le deuxième effet Kiss Cool : les fonctions de partage simplifié

Là où les choses commencent à devenir problématique pour les ayants droit, c'est qu'outre les échanges via les newsgroups, puis les réseaux P2P, Free met le doigt sur une tendance qui a de nouveau le vent en poupe : l'échange direct par petits groupes. Il y a 10 ans, les échanges illégaux se faisaient lors de LAN Party entre copains, à coup de transferts réseau en masse et autres échanges de CD gravés dans la cour du lycée. Si Internet a largement changé les choses, la chasse au pirate ambiante poussée par la HADOPI n'a rien freiné, elle a juste modifié les comportements.

Et si le « Cloud » officiel représenté par Dropbox, Skydrive et autres Google Drive ne permet pas vraiment l'échange en masse, et que des services tels que MEGA font désormais attention à bien retirer les documents déclarés comme sensibles car facilement trouvables sur les moteurs de recherche, il en est tout autrement des liens qui s'échangent simplement entre amis, et autres solutions d'auto-hébergement.

L'ADSL a en effet longuement freiné cette tendance, qui permettait aux internautes de respecter ce qu'est internet : un réseau où l'on est autant acteur que spectateur. Où l'on peut diffuser comme consommer du contenu. L'upload à 100 ko/s rend difficile les échanges de plusieurs Go, d'où l'émergence du P2P, mais avec l'arrivée du VDSL2 et de la fibre, les choses changent.

Que vont faire les ayants droit et la Hadopi face à l'auto-hébergement ?

C'est ainsi que la fonctionnalité de partage simplifié de Freebox OS pourrait être un autre défi sans doute impossible à relever pour ceux qui pensent que le souci du piratage se trouve dans le combat contre les utilisateurs. Une fois un fichier présent sur la Freebox, il est désormais possible de le partager avec un tiers via un lien unique. Il en est de même pour un dossier complet. L'échange n'est pour le moment pas chiffré, mais qu'est-ce qui peut empêcher qu'il ne le soit à terme ? Puis qui ira vérifier des échanges à l'unité, entre amis, à moins de surveiller en masse l'ensemble du réseau ?

Freebox OS Partage

Alors certes, toutes ces possibilités peuvent être exploitées pour des usages parfaitement légaux, mais ne nous voilons pas la face : la France qui télécharge, qui est encore largement majoritaire, trouvera en ces outils des possibilités de simplification énormes qui devraient in fine bénéficier à Free. Il faut donc s'attendre à voir les ayants droit tomber une fois de plus sur le FAI, ce qui est sans doute plus facile que de mettre sur le marché en France des offres telles que Netflix ou des services de VoD qui ne sont pas complètement inutiles de par leur conception, ou leurs pratiques tarifaires totalement détachées de la réalité.

L'arrivée de Freebox OS aura au moins l'intérêt de relancer le débat et de mettre les choses sur la table, quelques semaines après l'arrivée du rapport Lescure.


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