Verizon transmet l'historique de tous les appels à la NSA

L'héritage du 11 septembre 89
Vincent Hermann

La NSA (National Security Agency) a obtenu de l’opérateur Verizon qu’il fournisse automatiquement des données relatives aux appels émis par ses clients. Une information qui fait scandale aux États-Unis et qui pose la question de la surveillance des réseaux à des fins de lutte antiterroriste.

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Crédits : Chris Hardie, licence Creative Commons.

L'héritage du 11 septembre

Les attentats du 11 septembre 2001 ont très nettement marqué les États-Unis, et de manière durable. Dans les mois qui ont suivi la tragédie, le gouvernement a fait voter des lois offrant de nouveaux pouvoirs à des agences telles que le FBI (bureau fédéral d’investigation) ou la NSA, l’agence nationale de sécurité. Le Patriot Act en particulier, valable jusqu’à 2015 après plusieurs renouvellements, étend les capacités de surveillance au nom de la lutte contre le terrorisme.

 

C’est dans ce contexte que le journal The Guardian révèle que l’opérateur Verizon transmet à la NSA des informations sur les habitudes de ses clients, sur demande du FBI. Tous les appels émis des États-Unis vers le reste du monde, ainsi que tous ceux à l’intérieur même du pays sont ainsi envoyés au bureau fédéral. Ces informations sont fournies sur une base journalière et automatique et comprennent le numéro appelant, le numéro appelé, la date et l’heure de l’appel, la durée de la communication et surtout l’IMEI, c’est-à-dire l’identifiant unique du téléphone ainsi que la géolocalisation.

 

Il s’agit d’un lot de ce que les opérateurs appellent des métadonnées relatives aux appels. Mais attention : le contenu des appels en lui-même n’est pas enregistré, et donc pas transmis. Cependant, la NSA a la possibilité de savoir qui a appelé qui, à quel moment, et pour combien de temps. En outre, on ne sait pas actuellement si Verizon est le seul opérateur de téléphonie mobile concerné, ou si l’ordre a été donné à ses concurrents.

Trois mois de surveillance 

L’ordre en question a été émis par le juge Roger Vinson à la Foreign Intelligence Surveillance Court (Fisa). Il s’appuie très clairement sur le Patriot Act, comme spécifié sur sa page de garde :

 

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On peut y voir notamment que l’ordre est effectif depuis le 25 avril et jusqu’au 19 juillet.

Recoupement des données 

La découverte de cette liaison directe entre Verizon et la NSA est propre à relancer l’ensemble des débats aux États-Unis sur les capacités de surveillance du grand public, au point que beaucoup parlent d’espionnage. De telles données peuvent être recoupées avec d’autres, les agences de sécurité disposant de grilles et de filtres capables de mettre en relation des informations qui pourraient paraître anodines.

 

Dans le cadre d’une enquête, la géolocalisation des communications pourrait ainsi être un élément majeur. En plus évidemment d’accéder à l’historique des appels d’un individu en particulier. Ni la NSA, ni la Maison Blanche, ni le département américain de la Justice n’ont souhaité réagir, tandis que Verizon a simplement indiqué ne pas avoir de commentaires à faire.

Un tournant politique

Outre les éventuelles retombées commerciales pour Verizon, la découverte de The Guardian pourrait avoir des conséquences politiques. En effet, bien que le Patriot Act ait été signé en premier lieu sous l’administration Bush en octobre 2001, sa dernière extension (jusqu’en 2015) date de 2011, donc signée par Barack Obama.

 

Deux sénateurs en particulier, Ron Wyden et Mark Udall, pointent depuis deux ans l’interprétation très particulière qui est faite de la loi par le gouvernement. Ils indiquaient en outre que le grand public américain serait « stupéfait » par la portée de la surveillance par l’administration Obama. The Guardian rappelle d’ailleurs qu’en 2001, William Binney, travaillant depuis 30 ans à la NSA, avait démissionné pour protester contre la focalisation sur le grand public américain.

 

De son côté, l’ancien vice-président Al Gore a condamné cette surveillance, la jugeant « obscène et scandaleuse » :

 

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L’ACLU (American Civil Liberties Union), s’est également alarmé de la situation : « C’est au-delà de l’Orwellien [Référence à 1984, NDLR], et cela prouve une fois de plus à quels points les droits démocratiques fondamentaux sont abandonnés en secret au profit des demandes injustifiables des agences de surveillance ».


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