Cuba accroît l'accès à internet à ses habitants via plus de cybercafés

Buena Vista Social Club 30
Nil Sanyas

Le gouvernement cubain a annoncé ce mardi officiellement l'ouverture prochaine de 118 nouveaux cybercafés afin de combler la demande, complétant ainsi les 216 déjà présents dans le pays. Néanmoins, les frais pour surfer restent anormalement élevés, les débits sont encore faibles et son accès au web est censuré.

Cuba internet

L'image complète en bas d'article. 

Des tarifs prohibitifs

Hier, le gouvernement cubain a donc annoncé l'ouverture de 118 cybercafés supplémentaires à partir du 4 juin prochain, dont seulement 12 à La Havane. Ces centres d'accès à internet seront ouverts tous les jours entre 8h et 19h30. Cette nouvelle est cependant l'arbre qui cache la forêt. Surfer coûte tout de même 4,5 pesos cubains convertibles (3,5 euro) pour une petite heure. Un prix qui tombe à moins de 0,5 euro de l'heure si l'on veut surfer sur l'intranet cubain. Quand on sait que le salaire moyen est à peine supérieur à 15 euros, on comprend aisément pourquoi les Cubains ne sont quasi pas connectés à internet.

En effet, si Cuba n'est pas au niveau de la Corée du Nord, de la Birmanie ou de l'Afrique subsaharienne, le pays situé dans les Caraïbes a un taux de pénétration d'internet très faible. On parle ainsi d'un taux situé entre 10 et 20 % de la population qui se connecte plus ou moins régulièrement au web, contre près de 50 % au Brésil et plus de 70 % pour la plupart des pays développés.

Cette faible utilisation du Net s'explique par plusieurs critères. Outre l'aspect financier vu dans le premier paragraphe, les débits très faibles proposés sur le territoire ne poussent pas les habitants à se connecter. Il faut dire que du fait de l'embargo des États-Unis (de 1962), Cuba n'a pas accès aux réseaux sous-marins américains. L'État insulaire a donc durant de longues années dû se contenter d'un accès satellitaire. Depuis peu néanmoins, grâce à un câble relié à la Jamaïque grâce à l'appui du pays ami le Venezuela, La Havane est censé goûter à des débits plus élevés. Le blog La Red Cubana parle ainsi de 2 Mb/s maximum.

La censure et les dissidents 

Mais le débit ou les tarifs prohibitifs ne sont pas les seuls problèmes de Cuba. De nombreux protocoles sont fermés, dont la VoIP, et la censure fait rage, bien que moins importante depuis quelques années analyse l'association Reporters Sans Frontières. Cette dernière note que du fait des nombreux obstacles pour la population pour accéder à internet, un marché noir s'est créé. « Il propose le rachat ou la "location" des mots de passe et codes des quelques individus et sociétés ayant reçu du parti la permission d’accès à Internet. » On parle ici d'un accès complet à internet. « La navigation coûte 50 dollars par mois et l’envoi ou la réception d’un email 1 dollar dans certains “centres pirates”. Les utilisateurs illégaux doivent se connecter de préférence la nuit. »

RSF rajoute que les blogueurs et dissidents cubains sont forcés de passer par diverses tactiques pour contourner la censure. Certains utilisent des cartes SIM étrangères, d'autres demandent à des étrangers de publier sur leur blog, etc. « Pour cela, ils suivent une procédure bien rodée : préparation à l’avance des écrits, copiés ensuite sur une clé USB, puis envoi par email depuis un hôtel ou autre. Dans les faits, l’accès des dissidents aux hôtels touristiques est de plus en plus souvent refusé. Les clés USB, également passées de main en main, sont à Cuba les nouveaux vecteurs de la liberté d’expression, de véritables Samizdat numériques. »

Reporters Sans Frontières estime toutefois qu'internet pourrait se développer à Cuba à l'instar de la Chine, ceci pour des raisons économiques, tout en maintenant un certain contrôle sur les contenus visibles sur la toile.


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