Un sénateur UMP veut casser l’anonymat dans les cybercafés

« Une zone de totale liberté et de non-droit » 183

Le ministre de l’Intérieur a été interpellé hier au Sénat par un élu qui déplorait que les cybercafés « constituent une zone de totale liberté et de non-droit », conduisant dès lors à « tous les abus ». L’intéressé n’a pas hésité à demander à Manuels Valls « d’instaurer une identification des usagers de ces lieux ». Une proposition que n'a  cependant pas relevé le locataire de la Place Beauvau.

Reichardt

 

André Reichardt, sénateur UMP du Bas-Rhin, a profité hier de la séance de questions au gouvernement pour interpeller le ministre de l’Intérieur au sujet d’un fait divers survenu il y a quelques jours en Alsace. Un internaute a en effet menacé de faire usage d’une arme à feu devant un lycée du Bas-Rhin. Sauf que le message en question, s’il n’a pour l’heure pas été suivi d’effets, fut publié depuis un cybercafé, et n’a pas encore conduit à l’identification de son auteur.

 

L’élu n’a ainsi pas manqué de rappeler à Manuel Valls cette « dangereuse réalité » : « Les lycées sont en effet l’objet d’une menace proférée depuis un cybercafé de la cité. Le soir du 14 mai dernier, un internaute - anonyme, bien entendu - a publié un long message intitulé « Tout s'arrête bientôt » sur le forum d’un site Web, dans lequel il annonce son intention de commettre un massacre dans un établissement scolaire à l’aide du semi-automatique de son oncle ».

 

Pour le parlementaire, il est clair que « les cybercafés - comme les cartes téléphoniques prépayées - constituent une zone de totale liberté et de non-droit, qui permet dès lors tous les abus ». Face à ce constat, André Reichardt a demandé à Manuel Valls s’il ne serait pas envisageable de « renforcer les outils de veille électronique, notamment dans ces cybercafés ». Plus particulièrement, l’élu a suggéré au locataire de la Place Beauvau « d’instaurer une identification des usagers de ces lieux et outils ». Et ce, sous les « oui ! » convaincus de quelques sénateurs présents derrière lui. Autrement dit, de casser l'anonymat des personnes fréquentant les cybercafés.

Valls mise sur la coopération avec les acteurs du Web

« D’une manière générale, nous devons être mobilisés parce que la menace est là. En France, en Europe et dans le monde » a commencé par répondre le ministre de l’Intérieur. Ce dernier a ensuite expliqué que le message publié par l’internaute avait « été repéré rapidement » et que l’enquête se poursuivait, sous la houlette des services de la sûreté départementale, de la police judiciaire et de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information (OCLCTIC).

 

Manuel Valls n’a cependant pas répondu directement aux propositions du sénateur. « La détection de la menace et la lutte contre les rumeurs qui se répandent sur Internet passe par un travail accru avec les opérateurs et les réseaux sociaux » a néanmoins affirmé le locataire de la Place Beauvau. « C’est par exemple ce que nous avons entrepris avec Twitter suite à une recrudescence ces derniers mois de propos antisémites et homophobes » a-t-il ajouté.

 

valls

 

« En matière de surveillance d’Internet (...), nous devons concilier les impératifs de sécurité et les grandes libertés constitutionnelles. C’est une tâche difficile, mais les services ne manquent pas d’outils techniques ou de personnels spécialisés qui savent identifier les cyberdélinquants » a ensuite expliqué Manuel Valls, avant d’affirmer que « toutes les technologies doivent être exploitées ». Les images de vidéosurveillance ont par exemple aidé à mettre un visage sur l’auteur des menaces de l’affaire de Strasbourg. Pour ce dernier, le ministre a prévenu : il « doit être identifié. Et qu’il s’agisse ou non d’un canular, il doit être sanctionné ».

 

On rappellera enfin que l’idée du sénateur Reichardt n’est pas toute fraîche. Plusieurs élus ont effectivement déjà demandé dans le passé à l'exécutif d'agir, que ce soit dans le but d'enrayer la « prolifération » des cybercafés, ou bien encore pour lutter contre « cette cybercriminalité "anonyme" » faisant rage au travers de ce type d'établissement.


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