Biométrie : la RATP veut faire payer à la face pour supprimer les queues

Glacial Facial 224
Marc Rees

C’est le blog Sete’Ici qui l’a relevé : la RATP a lancé un appel à compétences pour la fourniture d’un outil de biométrie faciale aux fins de péage. Le principe est simple : la caméra identifie le voyageur en scrutant son visage, et celui-ci est débité sur son compte. Magique !

biométrie ratp

« L’objectif de ce projet est l’étude d’un nouveau concept de péage de transport public, sans barrière antifraude », annonce le cahier des charges. L’outil serait ainsi « capable d’une détection automatique du voyageur, en entrée et en sortie, sans ou avec présentation d’un objet communiquant ». A chaque passage, un signal lumineux valide la régularité de sa situation. En substance, vert, il passe, rouge et alarme, il est en infraction. Pour la RATP, le passage des voyageurs se fera de manière fluide, un critère vital lorsque les queues se rallongent devant les portiques.

Les voyageurs seraient identifiés à la volée le plus simplement du monde « Le système ira donc comparer la signature biométrique du voyageur présent devant les capteurs, à celles enregistrées en base de données et calculera un coût de transport ». Facile, automatique, parfait. La régie prévoit un système bien huilé : détection, comptage en temps réel de personnes en mouvement et l’identification par comparaison de signatures. Traitement du contrat. Gestion client (retour visuel/sonore, voire obstacle en cas de fraude).

Le projet en question ne vise qu’à construire une maquette sur une plateforme de test programmée pour décembre 2013. « La finalité de cette expérimentation est la réalisation d’un démonstrateur permettant de quantifier la fiabilité du comptage et surtout de l’identification » avance la RATP. Le dispositif fait plutôt froid dans le dos puisque si le voyageur n’est pas reconnu par cet œil électronique, « l’application enregistre la signature biométrique dans une base de données de «fraudeurs» afin de pouvoir enregistrer l’ensemble de ses infractions ». Bonjour la présomption d’innocence en cas de faux positifs !

biométrie faciale RATP

Science-fiction ? Nous avions déjà évoqué les travaux du japonais Hitachi Kokusai Electric capable de capturer une photo et de reconnaître la personne en une seconde sur une base de 36 millions d’autres photos. Il suffit que les visages soient « flashés » selon un certain angle de vue avec des images d’au moins 40 pixels x 40 pixels.

biométrie reconnaissance faciale
Le projet du japonais Hitachi Kokusai Electric

Son concepteur envisageait justement des applications dans les gares et autres lieux de transports. Ces dispositifs de reconnaissance faciale avaient été aussi envisagés un temps à des fins pénales lors des débats sur l’usurpation d’identité, avec l’exploration d’une base centralisée à partir d’une photo d’identité dans le cadre de réquisition judiciaire.

Le document de la RATP portant référence « RATP-ING-SVM-BRS (version1.0) CSFT biométrie » était hébergé sur le  site PactePME, un carrefour de rencontre entre les PME et les grands comptes autour de besoin particulier. Avec une date de clôture au 23 juin 2013, déjà une entreprise avait été « identifiée à ce jour » pour y répondre.

Malheureusement, nous venons de le découvrir : tout a été retiré depuis, tout comme le PDF hébergé sur un compte Dropbox. On trouvait dans ce PDF les noms de Mathias Duhau, responsable Système Billetique de la RATP et Francis Sykes, Responsable de l'ingénierie tarif/collecte, ainsi que Jacques Bahadori, le responsable produit "cartes à puce", tous à la RATP.

Nous attendons des explications du prestataire et de la RATP, vainement pour l'instant. En attendant, sous un air de Barbara Streisand, nous avons remis la main sur une copie de ce PDF ainsi que l’appel à compétence en capture ci-dessus.

(Mise à jour : projet abandonné, les explications de la RATP)


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