Le CNC enregistre une baisse de ses recettes de 7 % en 2012

Silence, saturne 76

Le Centre national pour le cinéma et l'image animée (CNC) a présenté hier son bilan de l'année 2012. Fréquentation des cinémas en baisse de plus de 6 %, perte de vitesse du dynamisme du marché de la vidéos dématérialisée, recettes de l'institution à un niveau historiquement élevé malgré une diminution de près de 7 %... Retour sur les chiffres-clés dévoilés par cet établissement public au centre de nombreuses attentions.

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Éric Garandeau et Aurélie Filippetti à Cannes - Crédits : CNC. 

 

C’est à Cannes que le président du CNC, Éric Garandeau, a présenté hier le bilan de l’institution pour l’année 2012. Premier chiffre important : celui de la fréquentation des cinémas. L’année dernière, ce sont 203,44 millions d’entrées qui ont ainsi été enregistrées. C’est 6,3 % de moins qu’en 2011. Il faut aussi reconnaître que les résultats de cette année-là étaient les meilleurs depuis 45 ans, en partie grâce à la sortie du film Intouchables.

 

Le CNC note tout de même que la fréquentation observée en 2012 demeure « à un niveau nettement supérieur à la moyenne des dix dernières années et dans la moyenne des cinq dernières années ». Dans le top 5 des films ayant le plus marché en 2012, on retrouve tout d’abord le dernier James Bond : Skyfall, l’Âge de glace 4, Sur la piste du Marsupilami, Twilight 5 puis Avengers (plus de détails dans l’illustration ci-dessous).

 

cnc films

 

Autre élément intéressant : si la fréquentation des salles obscures a connu une baisse l’année dernière, le montant de la recette moyenne par entrée (division effectuée à partir du nombre de billets et des recettes totales du guichet) a quant à elle augmenté, de l’ordre de 1,4 % par rapport à 2011. En effet, après 6,32 euros en 2010, puis 6,33 euros en 2011, ce « prix moyen du ticket de cinéma » s’est établi à 6,42 euros en 2012. Selon le CNC cette hausse « est la conséquence de l’augmentation du taux de TVA applicable aux produits culturels ». Ce dernier est passé de 5,5 à 7 % en janvier 2012.

 

S’agissant toujours du prix des billets, il s’avère que près de moitié (50,6 %) des tickets se sont vendus l’année dernière entre 5 et 7 euros. 17,7 % affichaient un tarif inférieur, et 31,7 % un tarif supérieur. Il y a ainsi eu en 2012 17,1 millions d'entrées à plus de 10 euros, soit 8,4 % de la fréquentation totale selon le CNC.

Le dynamisme des contenus dématérialisés en perte de vitesse

Comme en 2011, le dynamisme de la vidéo à la demande n’a pas suffi à compenser la baisse des ventes physiques. L’ensemble du marché de la vidéo (location et vente, physique et dématérialisée) s’établit effectivement à 1,373 milliard d’euros en 2012, enregistrant de ce fait une baisse de 5,4 % par rapport à l’année précédente. Du côté des ventes, le chiffre d’affaires du DVD a chuté de 12,3 % en un an (893 millions d’euros), même si celui des Blu-Ray a progressé de 9,3 % (224 millions d’euros). Du côté des locations, le physique est jugé « en voie de disparition ».

 

S’agissant des ventes dématérialisées, le chiffre d’affaires total de la VàD payante (paiement à l’acte + abonnements) s’est établi à 251,7 millions d’euros en 2012 selon les estimations. Tout en marquant une augmentation de 14,7 % par rapport à 2011, ce marché voit surtout son dynamisme s’éroder. Il bondissait en effet de 56,6 % entre 2009 et 2010, puis de 44,4 % entre 2010 et 2011.

Un « trésor de guerre » aux recettes en baisse, mais dont le montant reste élevé

L’année dernière, un élément du bilan du CNC avait tout particulièrement attiré l’attention : l’augmentation de ses recettes de près de 40 %. Cette année, l’institution déclare avoir touché 56 millions d’euros de moins qu’en 2011, ce qui correspond à une diminution de l’ordre de 7 %. « Le produit brut des taxes affectées au fonds de soutien s’est élevé à 749,45 millions d’euros » indique ainsi le CNC, contre 806,29 millions d’euros en 2011. Sauf que, comme le font remarquer nos confrères de BFM TV, « ces recettes, même si elles sont en recul, restent à un niveau historiquement élevé : elles étaient deux fois moins importantes il y a dix ans ».

 

tst cnc 2012

 

Dans le détail, la taxe sur les entrées en salles (TSA) reste stable, passant de 143,07 à 144,03 millions d’euros. La taxe sur la vidéo à la VàD a quant à elle légèrement diminué, glissant de 31,96 à 30,95 millions d’euros. Reste donc la fameuse taxe sur les services de télévision (TST), qui avait rapporté 631 millions d’euros au CNC en 2011. Elle n’en a ramené « que » 574,46 millions dans les caisses de l’institution l’année dernière. Voici pour mémoire les chiffres de 2011 : 

 

 

 

Alors que cette diminution des recettes issues de la TST a représenté près de 55 millions d’euros l’année dernière, les regards se tournent vers Free et SFR, régulièrement pointés du doigt pour utiliser une brèche afin de rapetisser les sommes à reverser au CNC. Éric Garandeau a d’ailleurs salué le dernier projet de réforme de cette taxe élaboré par Aurélie Filippetti, visant à colmater cette faille, et qui fait toujours l’objet de discussions entre la France et la Commission européenne (voir notre article : « TST : Aurélie Filippetti veut taxer la densité audiovisuelle du Net »).

 

Notons également que Pierre Lescure s’est également intéressé à la TST. Dans ces conclusions, le meneur de la mission sur l’Acte II de l’exception culturelle propose une modification du calcul de la TST, en substituant à la TST-D « une taxe assise sur l’ensemble du chiffre d’affaires des opérateurs de télécommunication ». Sans mettre en avant de taux précis, l’ancien PDG de Canal+ estime qu’il faudrait « fixer les taux à un niveau qui permette de ne pas alourdir pression fiscale », tout en prenant en compte la réalité des usages afin « de différencier les taux applicables aux abonnements à l’Internet fixe et aux services de téléphonie mobile ». Autre piste avancée par Pierre Lescure, toujours sur la TST : « assujettir sans ambiguïté les recettes de publicité issues de la télévision de rattrapage [Pluzz, etc., NDLR] à la taxe sur les éditeurs de services de télévision (TST-E) ». Gain de recette estimé pour le CNC ? Environ 2,5 millions d’euros par an.

 

Rappelons enfin que la constitution de ce véritable « trésor de guerre » - pour reprendre les mots du député Lionel Tardy - a valu au CNC un prélèvement de 50 millions d’euros sur son budget pour l’année 2012. La loi de finances pour 2013 prévoit d’ailleurs une nouvelle ponction de 150 millions d’euros pour cette année. Sauf que l’établissement public a réussi dans le même temps à obtenir en contrepartie un déplafonnement des taxes qu’il perçoit.


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