Rachat avorté de Dailymotion : Orange regrette l'intervention de Montebourg

La marinière a encore frappé 104
Nil Sanyas

En discussion avec Yahoo! depuis de nombreuses semaines, Orange, qui détient Dailymotion, doit désormais chercher un autre partenaire. Face à une possible perte d'une société française en faveur d'une entreprise américaine, Arnaud Montebourg est intervenu afin d'y poser son véto. Une intervention très peu appréciée par Stéphane Richard, le PDG d'Orange.

Dailymotion Montebourg

L'intervention de Montebourg

Depuis la semaine dernière, une rumeur dévoilée par Le Monde annonçait que l'État avait joué de son poids afin d'empêcher la vente de Dailymotion à Yahoo!. Ce dernier cherchait en effet à obtenir au minimum 75 % du concurrent de YouTube. L'information de nos confrères a été confirmée par Arnaud Montebourg lui-même via la publication ce mardi d'un communiqué de presse officiel.

Le ministre du redressement productif annonçait ainsi que tout en réaffirmant « son objectif d’attirer davantage les investissements étrangers sur le territoire national, en particulier ceux des entreprises américaines », il souhaitait un équilibre entre Orange et Yahoo! dans l'actionnariat chez Dailymotion. En somme, Arnaud Montebourg militait pour du 50/50 alors que Yahoo! partait plutôt pour du 75/25. « Arnaud Montebourg regrette qu’à ce stade Yahoo! et Orange n’aient pu aboutir à la conclusion d’un accord satisfaisant pour l’ensemble des parties mais tient à indiquer que le Ministère du Redressement productif est attaché à créer les conditions optimales du développement international de Dailymotion » conclut le communiqué.

« C'est une pépite française qu'il faut préserver » 

Hier, interrogé par Europe 1, Montebourg précisait avoir reçu dans son bureau les responsables de Yahoo! et d'Orange afin de les informer de vives voix de son avis sur le sujet. « Yahoo! veut dévorer Dailymotion. Nous leur avons dit : non, ce sera 50-50. Nous souhaitons un développement équilibré (...) où l'identité des deux entreprises est préservée. C'est l'intérêt de la France et c'est l'intérêt de Dailymotion. C'est une pépite française qu'il faut préserver. » Une décision qui a donc enterré l'accord, Yahoo! n'étant pas interressé par une part égale ou minoritaire.

Aujourd'hui, le ministre a précisé sa vision sur ce sujet sensible : « Le gouvernement fait son travail. Il y a un réflexe économique et d’intelligence stratégique (...) L’UE est en train d’organiser la riposte pour la protection des données informatiques personnelles dans la bataille numérique mondiale. Au moment où nous nous organisons, il est normal que nous nous défendions. »

Interrogé par BFM TV, Montebourg n'a pas caché sa crainte de voir Dailymotion disparaître ou être mal exploité par Yahoo!, « une entreprise qui a connu des problèmes de santé ». Le gouvernement ne veut donc pas vendre une société française plutôt en bonne santé à une entreprise qui n'a pas précisé ce qu'elle fera de Dailymotion après acquisition. 


Montebourg: "Nous voulons développer... par BFMTV

L'avis discordant d'Orange 

Stéphane Richard, le PDG de France Télécom (Orange), a néanmoins un point de vue assez différent de la situation. Le patron a ainsi expliqué cette semaine qu'il ne comptait pas voir Yahoo! croquer Dailymotion en majorité : « J’avais pourtant refusé que Yahoo! dispose d’une option pour acheter la totalité du capital de Dailymotion, et nous étions sur le point de trouver un arrangement. »


Interrogé par Les Échos, son agacement suite à l'intervention de Montebourg. «  Dailymotion est une filiale d’Orange, et non de l’État. C’est le groupe, sa direction et son conseil d’administration qui gèrent ce dossier. » Le PDG explique ainsi à nos confrères que plus de 60 partenaires potentiels en France et à l’étranger ont été envisagés avant de se focaliser sur Yahoo!. « Maintenant, nous allons reprendre nos recherches » annonce-t-il, certainement avec dépit et résignation.


Selon l'ancien directeur de cabinet de la ministre de l'Économie Christine Lagarde entre 2007 et 2009, Orange cherchait en Yahoo! un partenaire capable d'assurer le développement de Dailymotion à l'international, et non un simple partenaire financier. S'approcher de Yahoo! n'était donc pas une question d'argent mais bien de stratégie, le poids mondial de l'Américain servant les intérêts de la plateforme de vidéos française. « Le problème n’est pas de mettre des moyens supplémentaires dans Dailymotion » explique Stéphane Richard. « C’est plutôt de s’interroger sur sa stratégie de développement » précise-t-il.


Désormais, Orange doit donc soit trouver un autre partenaire important dans le monde, soit développer lui-même Dailymotion à l'international en investissant plusieurs dizaines voire centaines de millions d'euros. Dans le cas contraire, Dailymotion restera ad vitam æternam dans l'ombre de YouTube.


chargement
Chargement des commentaires...