Bientôt de la géolocalisation pour comptabiliser les manifestants ?

Des mobiles pour tous 136

Le comptage des manifestants opposés au mariage pour tous a pu prêter ces dernières semaines à de nombreuses contestations. Pour y remédier, un député a soumis son idée au gouvernement : exiger des opérateurs de téléphonie mobile qu’ils comptabilisent grâce aux techniques de géolocalisation les personnes présentes sur place lors des manifestations. Explications.

manif 

L’idée n’est pas toute fraîche, puisqu’elle a été formulée via une question parlementaire en date du 22 janvier, mais nous l'avions manquée et elle a été remarquée hier par @AlexArchambault. Pour rappel, suite à la manifestation parisienne du 13 janvier contre le mariage pour tous, police et opposants au projet de loi brandissaient des chiffres très différents : 340 000 manifestants d’après la Préfecture de Police de Paris, contre 1 million de personnes selon les organisateurs.

 

Le député UMP du Maine-et-Loire, Jean-Charles Taugourdeau, a ainsi soumis son idée à la ministre déléguée à l’Économie numérique, Fleur Pellerin : « Cette différence flagrante entre les chiffres officiels et ceux annoncés par les organisateurs mérite d'être étudiée avec attention. Pour mettre fin à ces rumeurs et contre rumeurs, l'information sur le nombre de participants peut être disponible par l'intermédiaire des opérateurs mobiles ».

 

Une fois le principe exposé, l’élu détaille ensuite le mécanisme de sa proposition :

 

« Tout téléphone mobile en position allumée communique avec les stations de base situées à proximité, autrement appelées BTS. Ce sont les "antennes" visibles sur les toits, mais qui existent aussi sous forme de micro-antennes installées à quelques mètres de haut le long des immeubles dans les endroits très fréquentés. Et ces antennes, même si le téléphone affiche, "réseau indisponible", voire "recherche" enregistrent le nombre d'utilisateurs qui lui sont connectés, ou essayent de le faire.

 

Sachant que le taux d'équipement des Français en téléphonie mobile dépasse désormais largement 100 % et que même la plupart des jeunes en sont aujourd'hui équipés, seuls les enfants en bas âge ne peuvent être décomptés par ce moyen. Tous les téléphones, y compris ceux qui ne peuvent passer ni appels ni SMS, étant enregistrés par les fichiers de "logs" des BTS, les opérateurs mobiles sont en mesure de rendre publics les nombre d'abonnés s'étant connectés à leurs équipements sur le Champ de Mars et alentours, et de déduire, par rapport à un trafic normal sur la zone, combien d'abonnés en plus s'y trouvaient ».

 

En clair, afin de comptabiliser les manifestants, Jean-Charles Taugourdeau voudrait que les opérateurs de téléphonie mobile révèlent le nombre de leurs abonnés présents ce jour-là dans une zone précise, un peu comme la justice peut leur l’exiger dans le cadre de certaines procédures. Et ce quand bien même certains pourraient se trouver sur place sans avoir forcément de lien avec le mouvement...

 

Antennes Morguefile

 

Sauf que cette idée, dont le principe peut prêter à débat, manque pour l’heure de fondement juridique. Les demandes de ce type auprès des opérateurs (géolocalisations, interception de communications,...) sont en effet réglementées, et n’interviennent que sous certaines conditions. Mais le député estime que, vu la circonstance, l’exécutif pourrait malgré tout faire le nécessaire pour lever ces barrières. « Les opérateurs n'ayant certes aucune obligation légale de fournir les données de trafic sur leur réseau, [l’élu demande au gouvernement] de bien vouloir intervenir auprès des opérateurs pour rendre publiques leurs informations afin de mettre fin à la polémique qui enfle chaque jour et qui nuit à l'image de notre administration ». Que ne ferait-on pas pour l'image de notre administration ?

 

On notera enfin que l'idée a été reprise quelques semaines plus tard par deux autres députés de l'opposition, Laure de la Raudière et Céleste Lett.


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