La réalisatrice de La Rafle échoue à faire taire une critique sur Overblog

Des pisse-froid et Adolf Hitler sont sur un bateau 143
Marc Rees

Info PC INpact : La cour d’appel de Paris vient de renvoyer dans ses cordes la réalisatrice du film La Rafle. Rose Bosch Goldman avait qualifié de « pisse-froid [qui] rejoignent Hitler en esprit » ceux qui n’éprouvent aucune émotion en regardant son film. Elle avait ensuite tenté de faire fermer un site qui lui recommandait de « fermer sa g… ». Mais contre la réalisatrice, l’hébergeur Overblog a résisté et vient de remporter une nouvelle victoire.

selenie.fr

Dans le magazine Années Laser, la réalisatrice Rose Bosch Goldman n’avait pas été tendre à l’encontre de ceux ayant eu l’audace de ne pas pleurer devant son film : « je me méfie de toute personne qui ne pleure pas en voyant le film. Il lui manque un gène : celui de la compassion ».

« Des pisse-froid qui rejoignent Hitler en esprit »

Face au journaliste surpris de tels propos, elle insistait de plus belle : « on pleure pendant La Rafle parce que… on ne peut que pleurer. Sauf si on est un « enfant gâté » de l’époque, sauf si on se délecte du cynisme au cinéma, sauf si on considère que les émotions humaines sont une abomination ou une faiblesse. C’est du reste ce que pensait Hitler : que les émotions sont de la sensiblerie. Il est intéressant de voir que ces pisse-froid rejoignent Hitler en esprit, non ? En tout cas, s’il y a une guerre, je n’aimerais pas être dans la même tranchée que ceux qui trouvent qu’il y a « trop » d’émotion dans La Rafle. »

L'auteur du blog Selenie.fr, hébergé sur Overblog, avait lâché quelques mots fleuris dans la face de la réalisatrice : « Outre le fait notable de dire une des plus grosses conneries de ces dernières années et qu'elle devrait tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant d'insulter l'intelligence du spectateur, ce qui me choque le plus est l'incroyable narcissisme dont elle fait preuve. Car de comparer ceux qui n'ont pas pleuré lors de son film à Hitler est une bêtise ; non seulement on peut aimer son film sans pleurer, mais l'inverse est aussi possible, j'en suis un bon exemple ! ». L’auteur recommandait chaleureusement à la réalisatrice de la Rafle de surtout « fermer sa g… » avant de sortir pareilles affirmations.

Selenie.fr n'avait pas à fermer sa g...

Près de 20 mois après les faits, la réalisatrice de la Rafle a exigé de JFG Networks le retrait de ce post peu élogieux, sous astreinte. Elle fonde sa demande en référé sur l’article 6-I-3° et 5° de la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique. Abus de critique, propos malveillant, conclusions virulentes sorties de leur contexte, etc. Rose Bosch Goldman démultiplie les reproches pour motiver sa demande. Surtout, elle note que la simple consultation sur un moteur de recherche permet de « à tout moment de prendre connaissance de l’article en cause  (…) ce qui constitue un trouble manifestement illicite ».

Dans un premier round, le TGI de Paris donne raison à Overblog d’avoir refusé ce retrait. Mais le juge refusait dans le même temps de condamner la réalisatrice à payer les frais de justice. Malgré tout, Rose Bosch Goldman fait appel. En vain, puisque la cour d’appel de Paris vient de confirmer ce 4 avril 2013 la première ordonnance.

Les magistrats ont pris soin de lui réexpliquer quelques règles fondamentales : « l’article incriminé, qui rebondit sur ces propos, ne caractérise pas une attaque contre la personne de [la réalisatrice], ni contre son œuvre ou sa réputation ». Ils ajoutent au contraire que ce post hébergé par Overblog, « est davantage l’expression, en des termes certes vulgaires, mais demeurant dans le champ de la liberté de critique, et d’expression, sans dégénérer en abus, d’un désaccord sur la position de [la réalisatrice]. » Et les magistrats de souligner que par la radicalité de ses propos sur ceux qui « rejoignent Adolf Hitler », la réalisatrice « a pu, sur un sujet aussi douloureux, créer un rapprochement en lui-même provoquant. »

Bref, la cour d’appel a considéré qu’il n’y avait pas de « trouble manifestement illicite » et donc de « contenu manifestement illicite ». Du coup, Overblog (JFG Networks) n’était donc pas tenu de retirer ces contenus hébergés. Mieux : contrairement au premier juge, la cour d’appel de Paris a condamné la réalisatrice à rembourser les dépens de l’hébergeur ainsi que 3 000 euros au titre des frais de procédure.

MàJ : l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 4 avril 2013 (PDF)


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