Riot Games veut structurer le sport électronique et s'inspire de la NBA

Une saison régulière plutôt que des tournois intermitents 50
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le jeudi 07 mars 2013 à 18:06
Kevin Hottot

Blizzard n'est pas le seul éditeur de jeux vidéo à s'intéresser au sport électronique. Riot Games, à qui l'on doit le célèbre League of Legends veut même en faire son fonds de commerce et investit d'importantes sommes pour y parvenir, en organisant des compétitions et en rémunérant ses équipes professionnelles.

  League of Legends Teemo

Nos confrères de GamesIndustry ont eu l'occasion de longuement s'entretenir avec Dustin Beck, vice-président de l'eSport  et Whalen Rozelle, senior eSports manager pour Riot Games. Celui-ci est à la tête d'une équipe de 40 personnes dont le rôle est de faire en sorte que les fans du jeu puissent suivre un maximum de compétitions. 

Il est nécessaire d'introduire des événements réguliers

L'une de leurs principales tâches fût de faire en sorte que les événements autour du jeu deviennent plus réguliers. Jusqu'alors, une saison se composait de plusieurs compétitions, sans aucune cohérence dans le calendrier. « De l'organisation. Voilà ce qu'il manquait vraiment dans le sport électronique : il y a bien ces événements divers et intermittents qui s'étalent sur toute l'année, mais aucun n'a développé une ligue comme la NFL ou la NBA », remarque le dirigeant. « C'est pourquoi nous avons créé les League Championship Series qui proposent une programmation continue les jeudis et vendredis en Amérique, ainsi que les samedis et dimanches en Europe ».


Selon l'éditeur, proposer des événements de façon régulière est également une méthode efficace pour attirer les spectateurs sur les streams proposés. « Nous voulons vraiment proposer un rendez-vous comme le match de foot du samedi soir », affirme Rozelle. « Avec la structure des LCS les gens savent quand ils peuvent regarder des matchs. Cela permet de tisser des liens entre eux et le jeu ».

Augmenter la qualité de la production

Autre cheval de bataille de l'éditeur, proposer des contenus de qualité qui correspondent à ce que veulent voir les spectateurs. Pour y parvenir, Riot Games a investi dans un studio du côté de Los Angeles où les équipes s'affrontent en direct. « Nous y avons apporté une équipe de production avec une expérience en NFL ou sur les Jeux Olympiques, afin que les spectateurs puissent en apprendre davantage sur le côté humain des joueurs, ce qui est quelque chose sur lequel le sport électronique ne s'est pas encore appuyé, faute de structure » explique Rozelle. «Maintenant que nous avons su mettre en place une saison régulière, on pourra en apprendre plus sur ce qui motive les joueurs professionnels, la pression qu'ils ont sur les épaules, et ça peut vraiment intéresser nos fans ». 


Pour améliorer la qualité du contenu, le matériel utilisé a également un rôle important. Depuis peu, Riot Games se sert de Telestrators afin de pouvoir mieux expliquer en direct certaines subtilités de son jeu, comme le placement des héros, ou encore analyser une action qui s'est déroulée trop vite. Ce procédé est par exemple utilisé en NFL ou lors de matches de baseball pour les mêmes raisons.


League of Legends


Les équipes profitent de cette exposition, les annonceurs aussi

Les joueurs professionnels qui devaient jusqu'alors vivre avec les salaires offerts par leurs équipes, qui sont assez souvent maigres, et compléter le tout avec les primes des tournois ou la publicité sur leurs chaînes de streaming individuelles. À titre d'exemple un bon joueur français sur Starcraft II, souhaitant rester anonyme, nous avait annoncé recevoir environ 500 euros nets par mois de la part de son équipe en plus de ses gains en tournois.

Dustin Beck affirme de son côté que les équipes qualifiées pour les LCS reçoivent 175 000 $ par an pour leur seule participation aux matches, à répartir entre tous leurs membres. « Il faut évidemment ajouter à cela les primes des tournois », précise-t-il.

Les annonceurs trouveraient également leur compte dans ce nouveau format, qui leur offre une meilleure visibilité. « Nos sponsors sont ravis, avant on voyait leur logo une fois tous les deux mois, maintenant tous les week-ends leurs logos apparaissent sur les écrans », affirme le dirigeant. Mais l'éditeur veut voir encore plus loin et adorerait que des rivalités naissent entre les équipes de son plateau. Forcément, ça serait bon pour les scores d'audience. « Une bonne vieille rivalité comme celle entre les Lakers et les Pistons, ça serait génial. Il y a là du beau jeu, et on veut tous voir ça, mais il y a évidemment un bon compromis à trouver, et nous prenons cela très au sérieux », affirme Beck

Pas encore de dopage, mais il reste le problème des tricheurs

Contrairement au sport classique, il est difficile de parler de dopage dans le sport électronique, bien que certaines substances pourraient être étroitement surveillées à l'avenir, comme la caféine, ou encore l'Adderall, un médicament contre les troubles de l'attention. « Nous n'avons pas eu connaissance d'un tel cas, mais nous gardons l'oeil ouvert au cas ou il faudrait agir à ce sujet, parce que nous ne voulons pas que les joueurs mettent leur santé en danger ». 

Il reste le problème de la tricherie, la finale du championnat l'an dernier ayant été salie par les accusations de tricheries contre Azubu Frost l'une des équipes participantes. L'un de ses joueurs a profité de l'architecture de la scène pour regarder l'un des écrans géants et voir la position de ses adversaires alors que la partie était en pause. Beck reconnait la faute et assure que ses équipes sont plus vigilantes à ce sujet. « Il y avait un grave défaut sur la structure de la scène et cela permettait aux joueurs de voir les écrans géants par-dessus leur épaule, et cela n'arrivera plus jamais. Il y a maintenant des arbitres derrière chaque joueur afin de s'assurer qu'ils ne tentent rien d'interdit. Nous vérifions même leurs périphériques avant chaque match, ils doivent brancher leur clavier et leur souris sur un PC neutre afin de vérifier qu'ils ne contiennent aucun malware », assure le dirigeant.

Tous ces efforts seront-ils suffisants pour que le sport électronique se développe et vienne se hisser jusqu'au niveau du Football ou du Basket comme semble le souhaiter l'éditeur ? Nous aurons largement le temps d'en juger.


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