Y a-t-il une censure de certains emails dans le cloud d'Apple ?

Il s'agirait d'une simple question de zêle. Oui mais... 111
Vincent Hermann

Depuis plusieurs jours, Apple est la cible de critiques : certains emails envoyés depuis son service iCloud n’atteignent pas leurs destinataires. C’est plus précisément le cas avec certaines mentions à caractère pornographique, jetant un voile de suspicion sur le fonctionnement des filtres anti-spam de la firme.

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Des emails qui n'arrivent pas chez leurs destinataires 

L’affaire a débuté en fin de semaine dernière. Certains utilisateurs ont commencé à rapporter que certains emails envoyés depuis iCloud ne passaient pas : les destinataires ne les recevaient jamais. L’email apparaissait bien dans le dossier des éléments envoyés, mais de l’autre côté, rien. Ni dans la boîte de réception, ni dans la corbeille, ni dans le dossier des éléments indésirables.

L’affaire a grandi en particulier autour d’une série bien précise de mots : « barely legal teens », autrement dit « adolescents à peine majeurs ». Une expression que l’on peut retrouver sur les sites à caractère pornographique, mais pas seulement. Nous avons testé de notre côté un tel envoi de courrier depuis iCloud :

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Outlook n’a jamais signalé l’arrivée d’un email quelconque en provenance du compte iCloud. Une recherche dans les dossiers n’a rien donné non plus. Notre email apparaissait bien pourtant dans les éléments envoyés côté iCloud. Nous avons également fait l’inverse : envoyer un email contenant les mêmes mots. Cette fois, aucun problème : iCloud a affiché le courrier dans la boîte de réception, signe que le filtre fonctionne à l’expédition, mais pas à la réception.

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Des filtres anti-spam trop zélés ? 

La question était donc de savoir ce qui se passait côté Apple à l’envoi d’un tel email. Beaucoup ont pensé que la firme de Cupertino se livrait à une véritable censure. Pourtant, comme le rapporte MacWorld, il n’en est rien. Apple a fini par sortir de son mutisme pour expliquer qu’ « occasionnellement, les filtres automatiques anti-spam peuvent bloquer de manière incorrecte des courriers légitimes. Si le client estime qu’un courrier légitime a été bloqué, nous l’encourageons à le rapporter à l’AppleCare ». Ce dernier étant bien sûr le service client.

Cette réponse provoque bien plus d’interrogations qu’elle ne donne de réponses. La première vient automatiquement à l’esprit : si un utilisateur ne reçoit pas de courrier, comment pourrait-il deviner qu’il s’agit d’un problème ? À moins d’être averti par son contact qu’un email a été envoyé, il ne saura pas ce qui s’est passé. Deuxième question : pourquoi supprimer directement l’email plutôt que de le placer, comme tant d’autres, dans le dossier réservé au spam?

Mais la question principale autour du sujet est la suivante : combien d’autres mots ou séries de mots sont concernés par une telle procédure ? Car si les termes « barely legal teens » focalisent l’attention, ils font très certainement partie d’une liste attirant les foudres des filtres anti-spam. Or, l’utilisateur n’a aucun moyen de savoir comment iCloud va réagir car cette liste ne lui est pas révélée. Bien que les cas de figures soient a priori très peu nombreux (puisque le problème est passé inaperçu jusqu’ici), ce fonctionnement opaque n’est pas fait pour rassurer l’utilisateur. Surtout quand, dans le même temps, le filtre anti-spam continue de faire son travail habituel, y compris avec les emails à caractère pornographique.

L'utilisateur averti dès les conditions d'utilisation 

Il faut noter toutefois que les conditions d’utilisation d’Apple sont très claires sur la garantie de transmission des courriers : « Vous reconnaissez qu'Apple ne puisse en aucun cas être tenue pour responsable du Contenu fourni par d'autres et n'a aucune obligation d'examiner au préalable ce Contenu. Cependant, Apple se réserve le droit de déterminer à tout moment si le Contenu est approprié et conforme au présent Contrat, et peut examiner au préalable, déplacer, refuser, modifier et/ou supprimer à tout moment du Contenu, sans préavis et à son unique discrétion, si ce Contenu s'avère contraire aux dispositions du présent Contrat ou est autrement contestable. »

Des conditions d’utilisation qui ne sont pas sans rappeler la chasse permanente faite à la pornographie depuis l’ouverture de l’App Store sur iOS.

En attendant, si vous connaissez d’autres cas de ce type, n’hésitez pas à nous en faire part dans les commentaires de cette actualité.


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