Interview d'Henri Verdier (Etalab) : « faire de l'Open Data par défaut »

L’Open Data ? Pas seulement une affaire de geeks 6

C’est ce jeudi que sera dévoilée la feuille de route gouvernementale relative aux dossiers « numériques », dont l’Open Data. Depuis quelques semaines à la tête de la mission Etalab, Henri Verdier a notamment en charge la plateforme gouvernementale www.data.gouv.fr. Il a accepté de répondre aux questions de PC INpact suite aux récentes accusations de Séverin Naudet (voir notre interview), reprises quelques jours plus tard dans une question parlementaire du député Thierry Solère.

henri verdier

Henri Verdier - Crédits : Yves Malenfer/Matignon

Votre prédécesseur à la tête d’Etalab, Séverin Naudet, a récemment déclaré que les moyens d’Etalab avaient été « supprimés dès le lendemain de l’élection » de François Hollande et n’avaient depuis « jamais été rétablis ». Qu’en est-il réellement ? 

Je peux vous rassurer : l’équipe est la même que celle que dirigeait Séverin Naudet, nous avons le même budget que l’année dernière, et nous avons une motivation au moins aussi grande (sourire) ! Il est facile de vérifier factuellement ce que j’avance...

 

J’ajoute que nous avons par ailleurs continué à mettre des données en ligne. Peut-être pas 350 000 « petits » fichiers supplémentaires, mais de nouveaux jeux stratégiques, qui en appellent d’autres qui sont imminents.

Mais qu’est-ce qui a changé alors ?

Premièrement, Etalab avait le statut d’une mission auprès du Premier ministre. Maintenant, elle est intégrée dans un ensemble cohérent : le Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique (SGMAP). Je pense que le gouvernement a ainsi créé une belle structure institutionnelle, et qu’être intégré au sein du SGMAP permet d’avoir une efficacité accrue. Au lieu d’une mission de sept personnes, on a une mission intégrée dans une équipe de choc qui travaille à la modernisation politique ou numérique de l’action publique.

 

Le SGMAP rassemble en effet la Direction interministérielle des systèmes d'information et de communication (DISIC), qui est chargée de l’architecture des systèmes d’information de l’État, et la DIMAP (Direction interministérielle pour la modernisation de l'action publique), qui est quant à elle chargée - entre autres missions - de l’évaluation des politiques publiques et de l’innovation.

 

Deuxièmement, après l’ère de l’inauguration, un peu à marche forcée, de la politique française d’Open Data, nous pouvons attaquer une question stratégique : comment « routiniser » l’ouverture des données publiques ? C’est-à-dire, comment « faire de l’Open Data par défaut », comment faire pour que les administrations produisent, dans leur fonctionnement normal, des données pouvant être rendues automatiquement accessibles au public.

Si les accusation de Séverin Naudet sont infondées, qu’est-ce qui permet selon vous de les expliquer ? 

Cela ne me regarde pas.

Que faut-il attendre du séminaire gouvernemental de la semaine prochaine ?

Je voudrais d’abord souligner que le CIMAP (Comité interministériel pour la modernisation de l’action publique) du 18 décembre dernier a pris deux décisions très structurantes pour la suite des opérations.

 

Le SGMAP (et donc Etalab) est en effet chargé d’organiser un audit des modèles économiques de toutes les redevances qui sont actuellement perçues sur des données publiques. Cela va nous permettre de clarifier certaines questions : combien rapportent ces redevances à l’État ? Combien lui coûtent-elles ? Quelle est la part des reventes aux autres administrations... ?

 

Et puis nous avons aussi la mission - qui est à mon avis la meilleure approche possible - d’organiser des débats thématiques afin de définir les données à partager en priorité dans différentes politiques publiques. Le CIMAP énumère six thématiques : santé, environnement, éducation, logement, transports, intelligibilité de la dépense publique et des prestations sociales...

Estimez-vous avoir un soutien suffisant pour mener à bien vos missions ?

Oui, tout à fait. D’ailleurs, en regardant ce qui se fait au Royaume-Uni ou aux États-Unis, ce n’est pas plus facile pour eux qu’en France. Nous ne sommes pas plus mal lotis que les autres pays, loin de là.

 

Je crois que l’Open Data est l’un des leviers majeurs de modernisation de l’État, mais que, précisément pour cette raison, ce n’est pas une politique qui se fait par décret. Elle demande une réflexion sur la gouvernance des données, une intervention dans les systèmes d’information, une organisation spécifique, etc.

Quel bilan faites-vous de vos premières semaines à la tête d’Etalab ?

La mission est passionnante. L’ouverture des données publiques est bien le levier de modernisation que nous pensions : une décision d’ouverture des données entraîne rapidement des questions essentielles sur les systèmes d’information, la gouvernance des données, l’organisation des process, et donc un processus de modernisation globale...

 

J’ai aussi pu ressentir à quel point ces questions très modernes ont une longue histoire : il y a une longue et patiente construction du principe d’accès des citoyens aux informations et aux savoirs produits par l’administration. L’Open Data n’est pas seulement une affaire de geeks. C’est aussi quelque chose qui prend place dans une longue histoire de l’État.

 

Merci Henri Verdier.


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