La musique gratuite, l'une des causes du bide de la Carte musique Jeune

L'explication du ministère 43
Marc Rees

Dans une réponse parlementaire, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti a donné de nouveaux détails sur la Carte Musique Jeune. Elle confirme une nouvelle fois le bide commercial de l'opération qu'elle justifie par les habitudes de consommation gratuite de musique.

ministère culture valois

La Rue de Valois a révisé les derniers chiffres disponibles qu’elle nous avait fournis fin 2012. « Depuis le début de l’opération jusqu’au premier octobre, 70 615 cartes ont été vendues » nous indiquait à cette date le ministère. 8 216 cartes physiques avaient été écoulées, pour 62 399 en numérique.

70 736 cartes vendues pour deux millions attendues

Dans une réponse parlementaire, on apprend qu’au 15 octobre 2012, ce sont désormais 70 736 cartes qui ont été vendues soit un peu plus d’une centaine en quinze jours... Elles ont généré 90 866 codes d’achat chez les 16 services de musique en ligne partenaires. Et comme nous le disions, au 25 octobre, date d’arrêt du dispositif, « toutes les cartes physiques qui n'avaient pas été activées et les sommes correspondantes ont été reversées au budget de l'État. » Le chiffre de ces cartes invendues n'a pas été donné.

« L'opération « Carte musique » n'a incontestablement pas rencontré le succès escompté, les chiffres de vente étant très loin des ambitions initiales (1 million de cartes) » dit la Rue de Valois dans une réponse parlementaire. De fait, la ministre omet de dire que ces ambitions initiales étaient en réalité… dédoublées. Dans le texte notifié à Bruxelles, la France anticipait bien 1 million de cartes vendues sauf que le chiffre correspondait à une année ! Paris anticipait donc deux millions de cartes vendues, à comparer aux 70 736 écoulées.

La musique gratuite

Pourquoi ce méga bide ? « Cela témoigne notamment de la difficulté à faire évoluer les habitudes de consommation gratuite de la musique solidement ancrées au fil des ans dans la population, en particulier parmi les plus jeunes ». Pour Aurélie Filippetti, la faute tient donc en partie à la consommation gratuite de musique, ce qui embrasse aussi bien le piratage que le streaming gratuit et légal.

La ministre assure que « cet enseignement pourra être pris en considération dans le cadre de la concertation qui a été engagée sur la mission « Acte II de l'exception culturelle » confiée à Monsieur Pierre Lescure, et qui doit remettre ses conclusions et ses préconisations au printemps prochain. »

La ministre pointe aussi un œil du côté de l’offre légale, mais avec plus de pincettes : « le développement de l'offre légale suppose, entre autres actions, de donner les moyens à une pluralité d'acteurs, notamment nationaux, d'exister, pour permettre au secteur de la musique de trouver de nouveaux modèles économiques rentables reposant sur une offre suffisamment large, de qualité, diversifiée et accessible économiquement ». La ministre rappelle aussi son souhait de lancer une « mission musique » « visant à élaborer des propositions de structuration de l'écosystème de la musique tant à court terme qu'à moyen terme, dans la perspective du rendu des travaux de la mission « Colin-Collin » sur la fiscalité du numérique et de la mission Lescure. »

Un bide sauf pour les ayants droit et le Luxembourg

La Carte musique jeune était une carte d’achat payée à 50% par le consommateur et 50% par le contribuable. Du moins dans sa forme définitive, car initialement, les professionnels dont les ayants droit devaient mettre la main à la poche à hauteur de 5 euros. Selon une note interne du ministère, les ayants droit ont refusé de mettre la main à la poche. Ce retrait avait été accepté sans rechigner par le ministère, qui craignait « de longues négociations sans garantie de bonne fin », tout en préférant « rechercher un accord avec les ayants droit sur la gestion collective volontaire et sur la libération des droits », qui sont toujours attendus. Dans le même temps, la convention signée par les plateformes de la Carte Musique imposait une labellisation PUR délivrée par la Hadopi ce qui a permis au fameux logo de décoller sur les écrans...  

Fait notable, la Commission des finances du Sénat avait critiqué l’économie de cette carte musique jeune. Pourquoi ? Car il aboutit à enrichir les plateformes situées au Luxembourg, celles-là mêmes qui sont critiquées par les ayants droit. « La plupart des opérateurs de musique se sont installés au Luxembourg, où ils bénéficient d'un taux de TVA à hauteur de 15 %. En conséquence, la « Carte Musique » manque son objectif en aboutissant finalement - paradoxalement - à faire encaisser de la TVA supplémentaire au Luxembourg. »


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