Sur les pas de Netflix, TF1 fustige la réglementation de la SVOD

Trop de freins, trop de risques 47
Nil Sanyas

Alors que les géants américains (Amazon, Netflix) n'ont toujours pas foulé le sol du marché français de la vidéo à la demande illimitée (SVOD), TF1 songe toujours à s'y engouffrer. La règlementation française pose toutefois des soucis à la chaîne.

Canalplay infinity

Canalplay Infinity, sans véritable concurrence, connait un certain succès.

Un service qui se développe lentement

La SVOD, TF1 y pense depuis près de deux ans désormais. En avril 2011, notre confrère La Tribune nous annonçait que la première chaîne de France songeait à lancer un service à la Netflix. Deux ans plus tard, où en est-on ? Canal+ a lancé son Canalplay Infinity pour 9,99 € par mois. M6 a lancé son Pass M6 permettant pour 7,99 € par mois d'accéder en illimité à des séries TV, dont certaines le lendemain de leur diffusion aux USA. Plus récemment, Dailymotion a lancé Kids+, un service de SVOD pour enfants pour 4,49 € par mois. Et d'autres services pourraient voir le jour d'ici peu, que ce soit du côté d'AB Groupe ou même de Dailymotion (pour adultes).

Concernant TF1, le projet n'a pas été enterré. « La SVOD fait partie des chantiers que l'on regarde dans le cadre de nos démarches prospectives à court et moyen terme en permanence » a ainsi affirmé Nonce Paolini, le patron de TF1, interrogé par Les Échos. Mais un problème de poids semble empêcher la chaîne de passer le pas. Et alors que nous pouvions penser que Paolini ferait référence à la chronologie des médias, qui empêche la VoD de proposer des films récents, mais pas du tout. Pour le PDG, le problème, c'est le décret Smad (Services médias audiovisuels à la demande).

Les grands groupes étrangers encore avantagés ?

Initié il y a plus de deux ans, ce décret implique que les services de vidéo en ligne disposent des mêmes obligations que les chaînes de télévision. Cela intègre donc le financement du cinéma. Un soutien financier qu'il faut réaliser immédiatement, dès que le service est lancé. « C'est cela le système français. Il n'y a pas de chiffre d'affaires et on invente déjà des obligations qui doivent faire que, si un jour il y a des revenus, cela finance quelque chose. On ne se pose même pas la question de savoir si cela va être rentable. Au premier euro de chiffre d'affaires, vous allez payer plein pot, comme si vous vous en mettiez plein les poches ! »


Pour Paolini, non seulement les entreprises françaises sont bloquées par cette obligation, mais pire encore, un géant américain qui s'installerait au Luxembourg pourrait y échapper. Une différence de traitement qui ne pousse pas à l'investissement, ceci sans même prendre en compte les différences d'imposition. « Je ne peux pas lancer une activité qui va être percluse d'obligations par rapport à des compétiteurs qui eux vont caracoler à la fois avec des modèles économiques très supérieurs aux nôtres et sans aucune des obligations que la régulation impose aux acteurs français. A un moment donné, il faut se dire que la mondialisation existe. »

200 000 abonnés pour Canalplay Infinity

Au regard de ces propos, l'arrivée de TF1 dans la SVOD semble bien hypothétique. Des changements réglementaires, ou tout du moins un assouplissement, sera peut-être une condition sine qua non pour que le marché se développe réellement. En attendant, Canalplay Infinity compterait environ 200 000 abonnés. Un beau résultat dû à un manque de concurrence. Néanmoins, selon les dirigeants de Canal+, Netflix et surtout Amazon (via Lovefilm) pourraient bien arriver en France cette année.


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