Foxconn : Envoyé Spécial épingle les conditions exécrables de travail

Des usines-villes dans lesquelles les employés vivent et travaillent 138
Vincent Hermann

L’image de la société Foxconn, déjà largement érodée après les différents scandales qui ont émaillé son parcours, n’est pas prête de s’arranger. Le nouveau numéro d’Envoyé Spécial, diffusé hier soir sur France 2, a dépeint les conditions de vie précaires des employés. Mais dans l’ombre de ce géant chinois de la production high-tech se tient l’américaine Apple et ses gigantesques commandes.

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Foxconn : un déficit d'image qui va se creuser

Conditions de travail exécrables, émeutes et fermetures d’usines, embauche de mineurs, vague de suicides : l’image de Foxconn est sérieusement écornée depuis environ deux ans. En dépit de communications rassurantes émanant tantôt du constructeur chinois, tantôt d’Apple, la production des iDevices de la pomme n’en finit plus d’attirer l’attention. Quand bien même Foxconn construit des appareils pour d’autres marques, dont HP et Amazon.

Hier soir, l’émission Envoyé Spécial consacrait un reportage à Foxconn. Le constat y est globalement affligeant. Principal sous-traitant d’Apple, la société a vu deux de ses usines infiltrées par des employés équipées de caméras cachées. Bien que les lignes d’assemblage, cœur de la production, n’aient pas été filmées, le reste des images est significatif.

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On peut y voir des dortoirs insalubres, pourtant nécessaires au logement des milliers de Chinois venus des campagnes pour aider leur famille. Vite construits, offrant peu de sécurité (un incendie a tué huit personnes à cause d’équipements électriques), les employés y apparaissent parqués comme du bétail. Ils ne se parlent pas, et vivent intégralement chez Foxconn. Beaucoup travaillent de nuit, en théorie huit heures, quand des heures supplémentaires ne sont pas ajoutées par l’employeur ou choisies par l’employé lui-même. D’après un témoignage, la seule pause est vers 23h00, puis ligne droite jusqu’à 5h du matin. De même, un seul congé annuel est accordé.

Un salaire largement amputé par les charges

Il est intéressant en outre de constater que le salaire promis n’est jamais intégralement versé en numéraire. L’équivalent de 220 euros par mois, qui reste élevé pour les Chinois de la campagne, se voit en effet amputé de 14 euros pour les charges et les dortoirs, de 50 euros pour la nourriture, et de sommes non précisées pour le badge et les assurances.

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Des étudiants envoyés comme stagiaires pas toujours consentants

Le constat est globalement accablant pour Foxconn, et les images choquent à plusieurs reprises. À la 15e minute du reportage (toujours accessible sur le site de France 2), on remarque que la firme a trouvé une solution assez cynique au problème des suicides : des filets de sécurité ont été installés aux fenêtres des dortoirs. Autre création de Foxconn : la « ligne de l’amour », qui permet aux employés de bénéficier d’une assistance téléphonique. Mais à partir de la 23e minute, le reportage aborde le cas d'étudiants à peine âgés de 16 ans, envoyés parfois de force comme stagiaires sur les lignes d'assemblage, dont certains de nuit. Car si le recours aux stagiaires est légal depuis 2010 en Chine, il semble que certains établissements obligent les élèves à se rendre chez Foxconn pour plusieurs mois, sous peine de ne pas délivrer le diplôme ou de supprimer la bourse d'études.

En outre, le problème se déplacerait. Ainsi, on se rappelle que Foxconn avait admis voilà peu que la fabrication des iPhone 5 posait problème de par sa complexité. Selon Anne Poiret, réalisatrice d’Envoyé Spécial et interviewée par le Nouvel Obs, Apple avait tapé sur les doigts de son sous-traitant. Conséquence : « La pression retombe sur tout le personnel ». En outre, Foxconn s’enfonce davantage dans la Chine profonde pour aller chercher à la source les masses paysannes attirées par des salaires beaucoup plus élevés.

Notez que si l’émission est révélatrice en détails, les informations sont dans la continuité des actualités sur Foxconn depuis deux ans. On reste ainsi dans un important décalage entre le produit acheté chez Apple et la manière dont il a été fabriqué, une dualité illustrée au début du reportage quand l’équipe de France 2 aborde les clients dans la rue. Toutefois, il faut garder en mémoire qu’Apple n’est pas le seul client de Foxconn, et que ce dernier n’est pas le seul sous-traitant de la pomme. Un constat qui fait dire ainsi à la réalisatrice Anne Poiret : « Il est difficile d'avoir une vision globale ».

Le reportage, d'une durée de 35 minutes, est accessible en Replay depuis le site de France 2.


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