Les services de musique en ligne pestent contre la concurrence de YouTube

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Marc Rees

Lors de son audition devant la mission Lescure, le 7 novembre dernier, l’ESML (Association des éditeurs de services de musique en ligne) s’en est pris plusieurs fois à la concurrence de YouTube sur le marché du streaming audio.

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Le syndicat de l’Association des éditeurs de services de musique en ligne compte parmi ses membres les principaux acteurs de la filière comme Deezer, Startzik ou Allo Music. Au fil de cette audition, Axel Dauchez, le président de l’ESML et de Deezer a mis sur la table une liste de propositions afin d’assurer « un terreau » favorable au secteur de la musique en ligne et à l’exception culturelle. 

Piratage pirate et piratage légal

À cette occasion, il s’en est justement pris à la concurrence de YouTube sur le marché de la musique streamée. Outre la fragilité du secteur, notamment physique, il met en cause les effets du piratage. « On ne peut pas ne pas voir l’explosion du piratage (…) je parle à la fois du piratage pirate, mais aussi du piratage légal. Ce qu’on peut trouver sur YouTube peut à pas mal de points de vue être considéré comme du piratage, c’est-à-dire fondamentalement un usage extrêmement libre et non monétisé de la musique, ou monétisé au profit non pas des ayants droit et des plateformes, mais de tiers. »

Pour Dauchez, il faut y prendre garde, car avec la désintermédiation croissante, on risque de perdre de plus en plus d’acteurs locaux, comme l'a montré voilà peu la fermeture de Fnac Music. Au fil de la discussion où le syndicat a présenté 13 nouveaux engagements pour la musique, l’ESML souhaite redéfinir « avec la DGCCRF et les autorités de la concurrence les zones de concurrence de notre marché » qui soient opérantes. «YouTube, droit vidéo. Le streaming, droit audio. On est absolument concurrent ! Le plus grand streamer français (…) c’est YouTube. Conversion vers un volume payant quasi inexistante, volume gigantesque, satisfaction utilisateur faible, engagement extrêmement bas, indépendance culturelle quasi nulle, on est dans le pire des cas. Il faut absolument que YouTube soit considéré comme un concurrent normal des streamers et donc il faut un travail de fond sur la redéfinition des zones de concurrence. »

Même traitement dans la mise à disposition de la musique

Zone de concurrence ? Lors de la séance des questions réponses, Axel Dauchez a précisé sa proposition. « S’il était certain pour tout le monde, en tout cas pour la DGCCRF, que YouTube est en concurrence avec les acteurs du streaming audio, la Sacem devrait leur donner les mêmes conditions que nous, idem pour les sites de téléchargement. »

Philippe Abitbol, directeur général d’Allo Music citera un autre exemple : sur YouTube, « on peut avoir le texte de la chanson de manière piratée, gratuite, alors que nous ne le pouvons pas. C’est pourtant un service qui serait intéressant » Plus globalement, complète Jérôme Giachino, vice-président de l’ESML et PDG de Starzik, il faudrait que toutes les plateformes, dont YouTube « ait tous accès aux mêmes conditions de mise à disposition de la musique et des produits culturels que les autres, quelle que soit la taille, ou le siège où ils sont basés ». 

En clair, il faudrait que YouTube ait à négocier avec les sociétés de gestion comme doit le faire Deezer, et au surplus ne soit pas concurrencé par un taux de TVA cassé, alors que les acteurs français sont à 19,6 %. YouTube et d’autres plateformes vidéo avaient signé un accord rétroactif avec la SACEM en novembre 2010, dont les détails financiers n’avaient pas été donnés. 

   

À ce jour, souligne Axel Dauchez, les autorités de la concurrence ne se sont pas formellement prononcées pour dire que YouTube est sur le même marché que les éditeurs de musique en ligne. Mais peu importe, le sujet est «porteur de discrimination » estime le numéro un de Deezer.


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