RSF tance Bruxelles sur les exportations de technologies de surveillance

Le fil rouge sur le bouton rouge 18

Près de deux ans après les « printemps arabes », le rôle de plusieurs sociétés européennes dans la surveillance et la censure de certains peuples ne fait pas de doute selon Reporters Sans Frontières. L’association vient de lancer un appel à la Commission européenne afin que les 27 contrôlent mieux les exportations de technologies de surveillance et de censure.

Les systèmes de surveillance GLINT (à gauche) et SMINT (à droite) d’Amesys.


Le septième forum annuel sur la gouvernance d’Internet se tenait cette semaine à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan. Parmi les participants, se trouvait Reporters Sans Frontières. L’association a ainsi eu l’occasion de faire valoir ses positions, par la voix Christian Mihr, directeur exécutif de la section allemande de l’organisation. Ce dernier a lancé un appel à la Commission européenne, afin que les États membres exercent un meilleur contrôle des exportations de nouvelles technologies de surveillance et de censure.

 

Selon RSF, le constat est là : des pays peu (ou pas) respectueux des droits de l’Homme (Syrie, Égypte, Bahreïn, etc.) réussissent à acheter du matériel de surveillance ou de censure à des industriels occidentaux, et notamment européens. « Des logiciels espions (spyware) sont utilisés pour espionner le contenu d’autres disques durs, récupérer des mots de passe, accéder au contenu de messageries électroniques ou espionner des communications de VOIP, explique l’association. Ils peuvent être installés directement sur les ordinateurs ou via le réseau Internet par l’intermédiaire de fausses mises-à-jour ou de pièces jointes dans un e-mail sans que l’utilisateur ne s’en aperçoive ».

 

L’organisation s’alarme en outre que ce type de programme soit fréquemment fourni directement à des acteurs étatiques tels que les services secrets ou des services de sécurité. D’après RSF, certains industriels n’hésitent d’ailleurs pas à faire la publicité de leurs capacités à surveiller et traquer les opposants politiques.

Pour un contrôle similaire à celui exercé pour les armes de guerre

« On sait depuis des années que d’importants fabricants de technologies de surveillance - y compris des fabricants européens - exportent leurs produits vers des États totalitaires, et contribuent ainsi à éradiquer la liberté d'expression et la liberté de la presse sur Internet », a expliqué Christian Mihr. Ce dernier a d'ailleurs donné des exemples, dont celui d’Amesys, filiale française de Bull, toujours suspecté en France de complicité d’actes de tortures en Libye.

 

Ce que demande l’association ? RSF dit exiger des législateurs européens, de la Commission européenne et des États membres de l’Union, « qu’ils reconnaissent leur responsabilité à protéger les Droits de l’homme dans le monde, et agissent en conséquence ». Concrètement, l’organisation réclame notamment que ces technologies subissent en cas d’exportation un contrôle et une régulation similaires à celui des armes de guerre traditionnelles.

 

Neelie Kroes, commissaire européenne en charge de l’agenda numérique des vingt-sept, s’est vu adresser ces réclamations lors du forum de Bakou. 


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