La division Windows de Microsoft, entre ruche et protectionnisme

La vie n'est pas rose tous les jours 29
Vincent Hermann

Steven Sinofsky est l’une des figures emblématiques de Microsoft. Ce responsable de la division Office avait fini par rejoindre le groupe Windows peu de temps avant la sortie de Vista. Il est surtout connu pour le succès de Windows 7. Mais alors que Windows 8 est sur le point de débarquer, des sources mettent en lumière une gestion particulière des évènements.

Reprendre en main une division éparpillée

Steven Sinofsky gérait auparavant la division Office, jusqu’à ce que son employeur lui demande de reprendre les rênes. La sortie de Vista avait marqué un carrefour important et un échec marketing. Pour Windows 7, Sinofsky avait tout simplement fermé les vannes, la division ne communiquant plus avec personne. Un culte du secret s’était abattu comme une chape de plomb, les développeurs ne fournissant qu’à intervalles réguliers des éléments d’informations soigneusement contrôlés.

 

Pourtant, l’arrivée de Sinofsky est globalement perçue comme salvatrice. Windows 7 est considéré comme un vrai succès, les avis et critiques étant très largement différents d’un Vista qui s’attirait les foudres de nombreux utilisateurs. Aujourd’hui, Windows 8 est sur le point d’être commercialisé et il représente un challenge nettement plus important que Windows 7. Parallèlement, des échos intéressants de responsables Microsoft jettent un éclairage différent sur les conséquences de l’arrivée de Sinofsky.

Un cas symptomatique : Live Mesh contre SkyDrive

CNet a obtenu les témoignages d’une quinzaine de responsables, ayant tenu à rester anonymes pour la plupart. On en apprend plus sur cet évènement qui, selon nos confrères, est symptomatique du fonctionnement de Microsoft. Il faut retourner plusieurs années en arrière quand Ray Ozzie, alors architecte logiciel en chef, travaillait sur un service de synchronisation entre plusieurs machines. Parallèlement, Sinofsky planchait sur un projet équivalent mais basé sur une autre vision. Et c’est ainsi que les utilisateurs ont pu voir une redondance qui ne leurs a pas échappé : Live Mesh d’un côté, SkyDrive de l’autre.

 

Sinofsky, pour en finir avec l’affrontement, avait finalement exposé la situation à Steve Ballmer. Le PDG avait alors tranché en faveur de SkyDrive, sensible à un argument en particulier : la technologie de synchronisation serait un jour intégrée à Windows, et le responsable n’était pas à l’aise avec un composant développé en dehors de sa division. Peu de temps après, Ray Ozzie donnait sa démission.

Le côté obscur de la force

Sinofsky est un homme au profil discret. Il est peu présent sous les feux des projecteurs et pilote ses projets dans « l’ombre ». Par exemple, lors de la BUILD de l’automne 2011, il avait surtout été présent pour la première démonstration de Windows 8. Un tableau confirmé par les témoignages, bien que le responsable soit en partie accusé d’avoir parfois établi une ambiance délétère pour les employés de la firme.

 

Ainsi, Sinofsky est décrit comme particulièrement intelligent et entièrement focalisé sur le respect des dates de commercialisation. Plusieurs responsables ont, d’après CNet, parlé « d’environnement de travail toxique » qui, sans être une constante, pouvait chasser de la division des développeurs talentueux quand Microsoft pouvait justement avoir besoin d’une vision innovante. Mais les plus gros reproches formulés contre le responsable concernent la segmentation de Microsoft.

 

Plusieurs témoignages indiquent que Sinofsky a clairement contribué à isoler la division Windows des autres. La communication aurait été rendue difficile, même dans le cas de projets connexes tels que Windows Phone 7. Sinofsky serait totalement focalisé sur des méthodes de travail permettant à chacun de se concentrer en tenant impérativement les délais. Ce qui fonctionne, puisque le développement de Windows est infiniment mieux structuré qu’à l’époque de Vista, mais qui peut donner, selon un ancien responsable de la division Windows, « un produit sans âme ».

Un possible successeur à Steve Ballmer ?

Selon d’autres témoignages encore, Sinofsky serait même aujourd’hui en conflit avec Ballmer lui-même. Le PDG travaillerait en effet à restaurer une communication entre la division Windows et les autres, créant ainsi des tensions avec son responsable. Une organisation très particulière qui avait fait dessiner à Manu Cornet, ingénieur chez Google, un organigramme humoristique de Microsoft :

 

microsoft manu cornet

 

Mais selon un ancien responsable, Microsoft a tout simplement besoin de Sinofsky car il serait considéré aujourd’hui comme l’un des rares dans l’industrie à pouvoir piloter une équipe de 4 000 personnes. Ce qui n’empêche pas de nombreux paris de s’éveiller sur la succession de Steve Ballmer, et les regards se dirigent naturellement vers Sinofsky, dont la côte a nettement progressé.

 

Il n’est pas certain cependant que ses talents de développeur et de manager soient les bons pour diriger un monstre de la taille de Microsoft. Selon l’un des responsables interrogés, la collaboration entre les produits, et donc les équipes, sera croissante, et la division Windows ne pourra pas rester isolée. On peut d’ailleurs déjà le voir avec le nouvel écosystème dont Windows 8 marque le début. Windows 8, nouveau « bébé » de Sinofsky, et dont le succès est encore à établir.


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