Un journaliste s'infiltre chez Foxconn pour fabriquer l'iPhone 5 : son récit

Officiellement, ce n'est pas de l'esclavage 119
Nil Sanyas

Le journal Shanghai Evening Post a réussi à faire entrer l'un de ses journalistes dans les usines du géant Foxconn afin de fabriquer l'iPhone 5. Les fruits de son expérience de 10 jours au sein de l'usine ont été publiés fin août. Notre confrère MicGadget nous a livré un long résumé du reportage réalisé par le quotidien chinois, qui s'est particulièrement concentré sur les conditions de travail du sous-traitant n°1 au monde.

foxconn

Un dortoir paradisiaque

Première journée : le recrutement. Afin de travailler pour Foxconn, le journaliste infiltré a préalablement dû répondre à un formulaire composé d'une trentaine de questions, toutes tournées sur sa santé mentale. « Avez-vous été dans un état de transe mentale récemment ? » a notamment été l'une des questions auxquelles il a dû répondre. Le but ici est d'éviter tout problème au sein de l'entreprise, mais aussi tout suicide qui pourrait survenir dans l'usine ou en-dehors.

Première nuit : le dortoir. Pour le journaliste, cette première nuit fut un cauchemar. Sentant constamment les ordures et la sueur, le dortoir accueille qui plus est quelques visiteurs non désirés, comme des cafards. Qui plus est, les draps distribués aux travailleurs sont particulièrement sales et toutes les fenêtres sont accompagnées de barreaux.

Deuxième journée : le journaliste doit cette fois signer un contrat après le petit déjeuner. Ce contrat de travail mentionnait notamment quatre grands axes censés être confidentiels : tous les détails techniques des produits qu'il manipulera, les chiffres de ventes, les ressources humaines et les statistiques de production. Le contrat comprenait aussi une section sur les « possibles effets nocifs » qui pourraient toucher l'employé lors de son travail. Cocher la case « Non » à toutes les clauses a été demandé par la direction. Selon le journaliste, les effets nocifs incluent la pollution sonore et toxique.

Son travail n'a toujours pas commencé, et pour cause, il doit tout d'abord suivre une formation.

Tout cela est pour votre bien

Jours 3, 4, 5 et 6 : la formation. Quatre jours de formation ont donc été demandés à l'infiltré. Après une session sur l'histoire de l'entreprise Foxconn et les mesures de sécurité, une liste de contrôles a été livrée aux nouveaux employés. Le journaliste note que si 13 types de contrôles mènent à de possibles récompenses, 70 mènent à des sanctions. « La façon dont nous vous traitons pourrait vous faire sentir mal à l'aise, mais tout cela est pour votre propre bien » aurait affirmé l'instructeur. Sans être décrites précisément, les journées de formations sont intensives selon l'infiltré.


Jour 7 : repos. Le journaliste a particulièrement peu apprécié les jours précédents au point d'avoir de la fièvre et des maux de tête. Et un seul médecin était disponible sur place à l'hôpital. Notez qu'en sus de l'hôpital, il existe aussi une salle de gym, une aire de jeux, un bureau de poste et même une bibliothèque et une salle de théâtre.


Vous devez être honorés d'avoir la chance de produire l'iPhone 5

Jours 8, 9 et 10 : travail sur l'iPhone 5. Les choses sérieuses commencent. Un détecteur de métal empêche très rapidement tous les employés d'entrer dans l'usine (et d'en sortir) avec un appareil électronique ou tout objet métallique. Cela va ainsi d'une simple ceinture à un téléphone ou un baladeur. Selon l'un des compagnons de chambre du journaliste, un employé a été viré parce qu'il portait sur lui un câble de recharge USB.


« Une fois que vous vous asseyez, vous ne faites que ce que l'on vous dit. » Le ton est donné. Le dos de l'iPhone 5 lui est présenté ainsi qu'à tous les employés aux alentours. « Ceci est la nouvelle coque arrière de l'iPhone 5, vous devez être honorés d'avoir la chance de la produire » a affirmé le superviseur.


Les employés doivent ici protéger la coque avec des rubans et des bouchons en plastique afin d'éviter que la connectique ne soit touchée par la peinture qui sera projetée sur la coque plus tard. Plus précisément, le journaliste a une tâche précise : marquer la coque par des points à l'aide d'un stylo comprenant de la peinture à l'huile, points qui serviront ensuite aux employés suivant pour apposer les rubans. Le journaliste a rapidement été réprimandé (plusieurs fois) pour mettre trop d'huile. Quant aux autres employés, ils ont été sermonnés pour leur lenteur.


Remarque amusante : le superviseur a précisé que ce travail était normalement dédié aux femmes, aux doigts plus fins, mais que faute de main-d'œuvre féminine disponible suite à de nombreuses démissions, des hommes ont été appelés à la rescousse.


Le journaliste précise qu'il devait gérer une coque d'iPhone 5 parfois toutes les trois secondes, c'est-à-dire prendre la coque, apposer quatre points bien précis et reposer la coque durant ce laps de temps. Ceci durant des heures, et en pleine nuit (entre minuit et 6h du matin non-stop). L'infiltré, peu habitué à un tel rythme de travail, a rapidement eu des douleurs au cou et aux muscles des bras. Et il n'était pas le seul dans ce cas selon son récit. Mais il lui était interdit d'arrêter jusqu'à la fin du travail.


En moyenne, selon ses calculs, il doit marquer environ 3000 coques d'iPhone 5 en 10h. Avec les autres employés, cela signifie que chaque ligne réalisait 36 000 coques. Finalement, le journaliste n'a pas arrêté son travail à 6h comme prévu, mais à 7h, son superviseur lui demandant de continuer. « Je suis tellement affamé et totalement épuisé ».

Conclusion : bien entendu, certains noteront que de nombreuses usines à travers le monde (et en Europe) ont des conditions de travail difficiles et que la pression sur les salariés n'est pas propre à Foxconn ni même aux usines chinoises. Ce récit, s'il est véridique, n'en reste pas moins intéressant et instructif. Depuis plusieurs années, le sujet des conditions de travail chez Foxconn fait régulièrement la Une des journaux. De multiples augmentations salariales ont eu lieu afin de calmer les esprits et endiguer les départs, notamment suite aux nombreux suicides ayant touché la société. Mais le sujet n'est pas clos pour autant, d'autant plus après le scandale touchant Samsung cet été.


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