Framasoft nous parle de ses plans pour « le monde d'après »

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Sébastien Gavois

Avec la crise sanitaire et le confinement, Framasoft a fait face à un afflux massif de demandes, obligeant l’association à réagir rapidement. Après avoir « plus travaillé que jamais », elle fait le point et revoit ses plans pour 2020. Peertube v3 change de mode de financement, Mobilizon prend un peu de retard et Framacloud est repoussé à 2021.

En novembre 2019, Framasoft publiait son carnet de route de l'année à venir. Il était notamment question de « l’éducation populaire au numérique, Peertube, Mobilizon [et] un service "tout-en-un" » : Framacloud, basé sur Nextcloud. C’était il y a cinq mois seulement, mais date surtout du « monde d’avant », avant la crise sanitaire causée par le virus SARS-Cov-2.

Confinement : « le monde n’était pas prêt »

« Nous vivons actuellement une pandémie mondiale. Qui a fait que #LesGens ont été confinés chez eux. Sauf que comme le monde n’était pas prêt (et l’Éducation nationale encore moins), les services en ligne de visioconférence, de tchat de groupe, et d’écriture collaborative se sont trouvés submergés », explique l'association qui a vécu cette situation.

Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’expliquer, de nombreux services se sont trouvés incapables de tenir la charge et l’afflux massif d’utilisateurs, qu'il s'agisse d'acteurs publics, de plus ou moins grandes plateformes, etc. Si les craintes s'exprimaient sur le risque pour les tuyaux, ce n'est pas vraiment eux qui ont lâché, étant en général bien dimensionnés.

Nombreux sont ceux qui se sont alors tournés vers les solutions clé en main de l'association d'éducation populaire, qui n'était pas vraiment taillée pour ça. « Nous avons vu l’utilisation de certains services se multiplier par huit (lorsque l’Italie s’est confinée) puis par beaucoup-tellement-qu’on-compte-plus (quand la France a finalement suivi) » explique-t-elle.

Cette crise sanitaire mondiale a non seulement obligé Framasoft à s’adapter (matériellement et humainement) à cette situation, mais aussi à revoir ses plans pour les mois à venir. 

Framasoft revoit ses priorités suite au « raz-de-marée »

L'équipe a rapidement « abandonné tous les projets en cours pour accueillir cette montée en charge, accompagner les usages et éviter que Skype, Zoom ou Google Meet ne profitent d’une pandémie pour se goinfrer des données des utilisateurs »… sans parler des nombreuses failles de sécurité sur Zoom, en majorité corrigées aujourd’hui avec la version 5.0

Début avril, le collectif CHATONS a mis en place une page « Entraide » regroupant des services libres et respectueux de la vie privée. On peut ainsi accéder à des instances Etherpad (écriture collaborative), Jitsi (visioconférence), Framadate (prise de rendez-vous), Lufi (partage de fichiers), Ethercalc (tableur)… L'aboutissement d'un projet de longue date visant à ce que Framasoft ne soit pas le point centralisateur de ses propres initiatives, mais « essaime » à travers d'autres acteurs.

chatons entraide

« On a plus travaillé que jamais »

Pouhiou nous explique que certains changements d’anciens serveurs étaient déjà prévus pour cette année : « les gens ont été généreux, on avait les sous ». Cela n’a pas empêché certains couacs en plein confinement, comme un serveur de virtualisation qui est tombé en panne au mauvais moment. Mais le plus gros du travail était du côté des développeurs/administrateurs système avec les migrations et les optimisations de code, notamment sur Framapad.

Pouhiou nous confie d’ailleurs qu’il a fallu poser des barrières pour permettre à chacun de souffler et retrouver un rythme « normal » en cette période compliquée : « pendant les deux premières semaines [du confinement] on a plus travaillé que jamais ». Il ne s’en cache pas : après le rush intense, il était temps de « travailler moins pour travailler mieux ».

Aujourd’hui, pour continuer d’avancer sereinement, l'association dit vouloir « revoir les plans du monde d’avant ». Des fermetures de services avaient déjà été annoncées en septembre dernier, avec Framanews et Framastory pour commencer mi-2020, puis d’autres en 2021 : « Nous allons poursuivre sur cette lancée, car nous avons plus que jamais besoin de tourner la page de certains services trop gourmands, trop anciens, etc. pour concentrer nos énergies sur l’essentiel ».

Pouhiou nous confirme que le calendrier dévoilé l’année dernière reste le même pour le moment. Framasoft se félicite au passage de ses choix : « nous avons eu le nez creux, car les services les plus utilisés durant le confinement font partie de la liste des services que nous maintenons, et dont nous avons grandement renforcé les installations » comme Framapad et Framatalk.

Une collecte de dons perlée pour Peertube v3

Ce mois-ci, l’association avait prévu de lancer une campagne de financement participatif pour la version 3.0 de Peertube (la 2.0 est sortie en novembre 2019), une alternative libre et surtout décentralisée à YouTube.

Finalement, dans ce contexte particulier et « alors que l’avenir est incertain pour bon nombre de personnes », elle ne sera pas lancée. Le projet n’est pas abandonné pour autant. À la place, une feuille de route sera mise en ligne, elle détaillera les nouveautés jusqu’à la sortie de la v3 prévue pour novembre prochain.

« Chaque étape, qui est en fait un cycle de développement, sera d’une durée d’un à deux mois, présentera son propre lot de fonctionnalités » comme la diffusion de vidéos en direct et en pair-à-pair. Pour le financement, une collecte de dons « perlée » sera mise en place : « Face à chacune des étapes, nous afficherons un coût, et ferons un appel aux dons, sans insister, et (comme toujours) sans culpabiliser. En effet, que les dons couvrent le coût de l’étape ou non, nous poursuivrons ce développement… quitte à ce que ce soit sur nos fonds propres (comme nous l’avons fait pour développer la v2) ». 

Au total, le développement de cette v3 de Peertube nécessiterait environ 60 000 euros nous précise Pouhiou. Ce projet sera découpé en quatre étapes : deux d’un mois et deux autres de deux mois. Les détails de la première partie seront mis en ligne d’ici deux ou trois semaines normalement. Six mois qui nous amènent en novembre, le compte est bon.

PeerTube 2.0

Du retard pour Mobilizon,

L’association revient ensuite sur Mobilizon, une alternative libre aux événements Facebook financée avec succès par une campagne participative en 2019. Des bêtas ont été publiés en octobre et décembre, mais les outils de gestion des groupes et de pages prévus pour le printemps sont en retard.

Le calendrier table désormais sur le mois de juin pour la mise en place de toutes les fonctionnalités annoncées avec la campagne de financement. Il faudra encore attendre quelques mois pour la version finale : « Nous voulons prendre trois à quatre mois pour tester Mobilizon avec des hébergeurs volontaires, améliorer sa compatibilité et sa façon de fédérer les informations pour sortir une première version stable à l’automne ». 

Ce délai important vient du fait que Mobilizon est un projet un peu particulier : il « explore des pans entiers du protocole ActivityPub », notamment sur la gestion des groupes. Mobilizon est ainsi « un des logiciels pionnier » exploitant ce protocole et Framasoft souhaite donc prendre le temps de « le construire avec les personnes intéressées ».

L'idée est ainsi de poser des bases solides et saines pour la suite.

Le « cloud Framasoft » pour 2021

Quant à la solution de « cloud Framasoft » basée sur NextCloud, ce ne sera pas pour cette année : « on ne le sent pas. Avec toute la fatigue que nous avons accumulée […], avec tout ce que nous avons en cours et tout ce qui nous attend… On préfère ne s’engager à rien sur ce projet… pour 2020 ».

Pour le moment, l’idée derrière le cloud Framasoft – alias Framacloud – est de proposer une solution « très large, très ouverte, mais suffisamment limitée » – peut-être avec une certaine quantité de stockage – pour pousser les utilisateurs à passer par une autre entité que Framasoft une fois la machine amorcée. L’association se présente ainsi « comme un marche pied » et cherche au passage des manières de faciliter les migrations entre des instances NextCloud.

Pouhiou nous explique que de nombreuses pistes de réflexion étaient déjà en cours, mais cela restait « purement sur la conception ». Cette solution permettrait de monter un projet « assez complet » nécessitant donc de s’y investir longuement et ce n’est pas la meilleure période. De plus, l’association préfère se prévoir un emploi du temps 2020 avec un peu de liberté afin de pouvoir s’adapter si besoin.  Dans tous les cas, la volonté de proposer cet outil est toujours là.

Bref, Framasoft veut pour le moment se « concentrer sur des outils dont nous croyons qu’ils pourront servir à ce qu’une société de contribution prenne toute sa place dans le "monde d’après" ».


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