Office 365 devient Microsoft 365 : l'assaut des services, Teams pour le grand public

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Vincent Hermann

Microsoft a publié hier soir une série d'annonces qui, initialement, auraient dû être faites durant un évènement presse. L'éditeur y dévoile une série d'évolutions pour son abonnement bureautique, pour en élargir le périmètre. Il veut même étendre celui de Teams, qui sera proposé gratuitement au grand public après s'être focalisé sur les professionnels.

Pandémie de Covid-19 oblige, de nombreux évènements ont dû être annulés ou remaniés en conférences virtuelles. On attendait ainsi une présentation chez Microsoft de plusieurs nouveautés pour ses services cloud. L’éditeur était effectivement au rendez-vous hier soir.

La plupart des annonces sont en lien avec Office 365 qui devient Microsoft 365, un mouvement pressenti de longue date, mais pas nécessairement comme beaucoup l’imaginaient. Car il n’est pas question d’une formule tout-en-un intégrant une licence Windows 10 et commercialisée plus cher, mais d’un renforcement de l’abonnement actuel.

Il recevra donc bientôt plusieurs nouvelles fonctions et applications mobiles. La permutation aura lieu le 21 avril, date à laquelle les mises à jour et nouveautés débarqueront.

D’abord un renforcement de l’offre bureautique

Le simple fait de s’éloigner du nom d’Office dans la nouvelle formule n’est pas anodin. La suite bureautique reste au cœur de l’abonnement, mais Microsoft vise plus large, en réunissant sous une même bannière tout ce qui se rapporte au quotidien et à la famille. Une formule jusqu’ici matérialisée par l'abonnement à 9,99 euros par mois ou 99 euros par an.

Pour ce prix, un utilisateur et cinq autres personnes dans le foyer recevaient tous les avantages d’Office 365, dont la suite complète et les services liés. D’autres bonus étaient présents, comme le passage des espaces de stockage OneDrive à 1 To chacun, 50 Go dans Outlook.com au lieu de 15 Go et l’activation de mesures de sécurité supplémentaires.

Pour un seul utilisateur, l’offre est disponible à 6,99 euros par mois ou 69 euros par an. Tout ce petit monde reste en place, mais Microsoft 365 adjoint d’autres services. Et ils sont nombreux.

On commence avec l’Editor dans Word, déjà existant, mais largement renforcé, en plus d’une disponibilité Outlook. Le service, qui carbure au cloud maison, analysera le texte et suggèrera des modifications en tout genre, de la fluidité des phrases (grammaire, ponctuation, etc.) à leur caractère plus inclusif.

Pour ce dernier point, on ne parle pas du fameux « point », mais de conseils sur certains mots et formulations qui pourraient être perçus comme trop « masculins ». La fonction s’activera volontairement par une sélection de texte et un clic droit, quand on cherche à reformuler une phrase.

Mais à la manière d’un Antidote – application dédiée à la correction – une colonne sera affichée à droite avec l’ensemble des éventuels soucis repérés automatiquement. Cliquer sur un élément amènera directement à la zone dans le texte.

Le service proposera également une recherche par comparaison de texte afin d’éviter tout risque de plagiat, pour celles et ceux qui seraient concernés. À noter qu’une extension Chrome/Edge sera proposée dans la foulée pour analyser les textes directement rédigés dans les navigateurs. Elle sera donc également disponible pour Brave, Opera et Vivaldi depuis le Web Store de Google. Les fonctions les plus « avancées » seront cependant réservées aux abonnés Microsoft 365.

Le Presenter Coach n’est pas inconnu, étant en développement depuis un moment. Prévu pour PowerPoint, il sera également alimenté par le cloud et ambitionne d’aider l’utilisateur à travailler oralement son discours face à ses diapositives. Une fenêtre en bas d’écran permettra de savoir si le rythme de présentation est correct et pourra proposer des reformulations s’il y a détection d’une lecture trop systématique du texte, une erreur courante lorsqu'on débute.

PowerPoint sera également enrichi d’un Designer qui doit aider à mettre en valeur des informations pour les rendre moins rébarbatives. Microsoft cite plusieurs exemples, comme la proposition de divers styles visuels lors de l’ajout d’un élément, ou la conversion d’un texte en frise chronologique. Getty est associé à l’offre via 8 000 images et 175 vidéos, auxquelles seront ajoutés 2 800 icônes et 300 styles de polices. L’ensemble doit aider à produire des visuels plus vivants sans tomber dans l’excès (on demande à voir). Le Designer sera également accessible depuis Word et Excel.

Ce dernier recevra de son côté une multitude d’apports, notamment des modèles et fonctionnalités de gestion pour une centaine de typologies de sujets divers, comme les régimes alimentaires, les hobbies ou destinations de vacances (même si la période actuelle n’est guère adaptée). Les données associées seront proposées par un clic droit sur un mot, avec bien sûr des sources fournies par le cloud.

Excel

Le tableur s’enrichira également d’un complément nommé Money in Excel. Disponible d’abord aux États-Unis – mais « rapidement » en France promet Microsoft – il aura pour mission d’aider à la gestion, au suivi, à l’analyse et à la planification des finances. Le nom rappelle l’ancien logiciel Money, ce qui n’est pas un hasard.

Le service pourra en effet se connecter directement au compte pour en importer les données. Après quoi, Excel pourra fournir des statistiques sur les dépenses, la répartition par catégories, etc. Plusieurs banques proposent déjà ce type de service, mais s’agissant d’Excel, les données seront manipulables à volonté.

L'outil pourra même émettre des alertes pour certains évènements, par exemple un changement dans un prélèvement dont la somme est habituellement fixe ou s’éloignant trop de la précédente. Money in Excel est presque un « logiciel dans le logiciel », mais sera bien exclusif à l’abonnement Microsoft 365. Il fera partie du bouquet de services ajoutés le 21 avril.

Teams déborde des entreprises pour gagner le grand public

Voilà une annonce que l’on n’attendait pas : Teams, concurrent de Slack sur le créneau des messageries d’entreprise, arrivera plus tard dans l’année chez les utilisateurs du grand public.

De nouvelles fonctions dédiées seront ajoutées d’ici quelques mois en préversions dans les applications Android et iOS, dans l’idée de permettre aux utilisateurs actuels de garder contact avec des amis ou des membres de leur famille. Une idée probablement née dans le sillage de la pandémie de Covid-19, Microsoft fournissant gratuitement son service à tous ceux qui le souhaitent – l’application est habituellement réservée aux offres Office 365.

La partie personnelle ambitionne d’aider les familles et groupes divers à s’organiser autour d’évènements, de lieux, de conversations ou encore de fichiers partagés. En plus des habituels canaux de conversation, un tableau de bord sera proposé pour afficher une vue de synthèse des activités en cours ou à venir.

teamsteams

L’application gèrera, comme l’actuelle, les appels audio et vidéo de groupe. L’idée de productivité reste collée à Teams, puisque l’on est toujours sur un outil d’organisation et de communication. Teams est « simplement » repositionné pour lui donner une dimension plus universelle, d’autant qu’elle est disponible aussi sous Linux, macOS et Windows.

Le mouvement placera cependant Teams face à… Skype. Pour l’instant, le service n’a pas vocation à disparaître. Non seulement le nouveau Teams n’est pas encore là, mais il faudra de toute façon qu’il se fasse connaître chez les nouveaux concernés. En outre, Teams est un outil beaucoup plus complet qui pourrait rebuter par son côté « trop riche » des personnes cherchant de simples messageries.

On ne s’attend ainsi pas à ce que le produit détrône WhatsApp, ce qui n’est d’ailleurs pas sa vocation.

Nouveautés en approche pour Edge, dont la surveillance des fuites de mots de passe

Plusieurs fonctions sont prévues pour le navigateur à partir du mois prochain, mais pas toutes en même temps. On parle bien sûr du nouvel Edge bâti sur Chromium, non de l’ancien amené à disparaître progressivement au cours des prochains mois, remplacé par son successeur via Windows Update.

Le plus gros ajout est clairement le Password Monitor, qui est exactement ce qu’il semble être : un service de surveillance des fuites de mots de passe. Comme les fonctions équivalentes dans Chrome et Firefox, l’utilisateur sera prévenu si l’un de ses mots se retrouve impliqué dans une brèche de sécurité. Il lui sera alors proposé d’en changer rapidement, avec des conseils de création de mots forts. Si le mot de passe est utilisé sur plusieurs sites, il sera conseillé de tous les changer.

Comme chez les concurrents toutefois, la fonction suppose que les mots de passe soient enregistrés dans le navigateur. Si vous utilisez un gestionnaire à l'instar de BitWarden, DashLane ou LastPass et avez désactivé la fonction interne d’Edge, le Password Monitor ne fonctionnera pas. Cependant, la grande majorité des gestionnaires possèdent ce type de fonction.

Edge proposera également une vue verticale des onglets. Clairement destinée aux utilisateurs avec un très grand nombre d’onglets ouverts, elle a l’avantage de préserver le nom de chaque site dans une colonne à gauche de l’écran. On ne sait d’ailleurs pas si on pourra la déplacer à droite. On pourra faire défiler la liste d’onglets d’un coup de molette de la souris.

Les Collections, abordées dans notre article sur le nouvel Edge, seront officiellement disponibles dans la prochaine révision stable, qui devrait être diffusée dans les jours à venir. Elles seront enrichies pour l’occasion d’une capacité qui manquait cruellement dans la forme actuelle : la possibilité d’envoyer plusieurs onglets d’une traite dans une collection.

Il faut en effet pour l’instant se rendre dans l’onglet pour l’ajouter, depuis la zone de droite, à la collection en cours. En cas d’onglets multiples, la procédure pouvait donc être fastidieuse. Sur Android et iOS, elles sont prévues pour ce printemps.

Enfin, une fonction de Smart Copy sera ajoutée pour préserver la mise en forme du texte. Il ne s’agira pas du comportement par défaut des raccourcis clavier, mais bien d’une ligne spécifique dans le menu contextuel. Une fois sélectionnée, la fonction laissera dessiner un cadre pour choisir le texte à copier.

Comme le montre l’animation de Microsoft, des données d’un tableau seront préservées en l’état. Coller affichera donc directement le tableau dans la destination. Idem avec d’autres types de formatage, par exemple les en-têtes. Pas de visibilité particulière en revanche sur l’arrivée de la fonction dans le navigateur.

Les outils de contrôle parental étendus à Android et iOS

Microsoft vient combler ici l’une des carences les plus importantes dans son socle fonctionnel. L’éditeur a beau proposer une kyrielle d’applications pour Android et iOS, les fonctions de contrôle parental n’en font pas partie. C’est d’autant plus regrettable qu’elles s’enrichissent régulièrement via les mises à jour semestrielles de Windows 10, dont la part de marché grandit. Microsoft n’ayant plus de plateforme mobile, il manquait de quoi faire le lien avec les ordinateurs.

Le contrôle parental de Windows 10 et de la Xbox One va donc s’étendre à Android et iOS, avec des applications dédiées d’ici quelques mois. Les capacités ne seront cependant pas les mêmes, comme on pouvait s’en douter.

Sur Android, tous les services pourront être activés, en particulier la surveillance du temps d’écran et la mesure du temps passé dans chaque application. Les parents pourront bloquer l’accès à certains sites et contenus et savoir en temps réel où se situe l’appareil ainsi contrôlé.

Sur iOS en revanche, c’est une autre paire de manches. La plateforme étant verrouillée par Apple, aucune API ne permet actuellement aux solutions de contrôle parental de s’exécuter pleinement. On ne sait pas si l’entreprise compte remédier un jour à ce problème. L’application de Microsoft sera donc réduite à la portion congrue, et sera davantage un outil pour contrôler les autres appareils.

Quelques évolutions aussi dans les offres pour entreprises

Plusieurs formules du monde professionnel vont également changer pour s’adapter au nouveau nom. Il s’agit donc de renommer ces offres pour plus de clarté. Mais, comme on l’a déjà vu, les bonnes intentions de Microsoft dans ce domaine tombent souvent à plat.

Voici donc les changements qui surviendront le 21 avril :

  • Office 365 Business Essentials : Microsoft 365 Business Basic
  • Office 365 Business Premium : Microsoft 365 Business Standard
  • Microsoft 365 Business : Microsoft 365 Business Premium
  • Office 365 Business et Office 365 ProPlus : Microsoft 365 Apps

Pas d’autres apports à noter : s’agissant de formules Office 365, les nouveautés annoncées précédemment seront toutes répercutées automatiquement. A contrario, toutes les formules impliquant une lettre et un chiffre resteront sur l’appellation actuelle. L’offre Office 365 E1 continuera de s’appeler telle quelle.

Selon Microsoft, les changements sont surtout à destination des petites et moyennes entreprises.

Bon et ce Windows en abonnement alors ?

C’est un vieux débat. Beaucoup estiment que Microsoft finira de toute façon par proposer son système d’exploitation en abonnement, pour éviter à ceux qui doivent en changer d’être facturés le prix d’une licence complète.

Mais le système d’exploitation est justement un élément dont la perception a largement changé avec le temps, sous l’impulsion des smartphones. Ni Android ni iOS ne sont payants, les utilisateurs étant habitués aux mises à jour gratuites, année après année. Chez Apple, même macOS a fini par devenir gratuit.

Pour le grand public, Windows 10 est le dernier système payant. Plus de 90 % des licences s’écoulant à travers les ventes d’ordinateurs (OEM), la plupart des clients ne se rendent pas compte du prix de Windows dans la facture globale.

En outre, le système est maintenant là depuis 2015. Microsoft avait précisé que le modèle changerait, avec la fin des versions majeures, pour rester sur un socle amélioré dans le temps. L’éditeur tient cette promesse depuis. De fait, obtenir Windows 10 sur un ordinateur vierge est payant (la mise à jour depuis Windows 7 ou 8.1 reste gratuite), mais il n’y a plus rien à débourser ensuite.

Dans ce contexte, on imagine finalement assez mal la firme de Redmond proposer un abonnement pour un produit considéré comme basique et qui ne s’achète pas vraiment (ou alors via des licences à petit prix issus du marché gris). La guerre s’est déplacée sur le terrain des applications et services et, sous l’impulsion de Satya Nadella, la stratégie de l’éditeur est clairement transversale : des produits présents sur toutes les plateformes principales.


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