Continuité pédagogique : des créneaux horaires pour « sauver » les ENT des collèges et lycées

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Crédits : AntonioGuillem/iStock
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Sébastien Gavois

Après un début de semaine chaotique suite à la fermeture des écoles, la situation s’améliore doucement pour les élèves et les enseignants, bien que l’accès aux espaces numériques de travail reste parfois compliqué. Pour tenter de juguler l’hémorragie,  les serveurs se renforcent. Des établissements demandent aux élèves et parents de respecter des plages horaires.

Depuis lundi 16 mars, l’ensemble des établissements scolaires sont fermés pour cause d’épidémie de Covid-19 en France. Afin d’assurer une continuité pédagogique, il est demandé aux enseignants et élèves de passer sur des outils numériques. C’est également le cas des employés qui doivent passer autant que possible au télétravail.

Contrairement à ce qu’annonçait fin février Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, tout n’était pas « prêt ». Sans parler de l’impossibilité matérielle pour certains élèves et enseignants de sauter le pas du numérique, les serveurs n’ont tout simplement pas pu absorber l’explosion du nombre de connexions aux ENT (Espace Numérique de Travail). 

Face à cette onde de choc, nombreux sont ceux à être tombés dès les premières heures et à mettre plusieurs jours à se relever. Au fil de la semaine, la situation s’est doucement améliorée, des ordinateurs portables ont été prêtés à des élèves, les professeurs ont donné et récupéré du travail, mais tout n’est pas parfait, loin de là.

Les dernières directives incitent désormais l’ensemble de la communauté – enseignants, parents et élèves – à se connecter à des heures différentes pour éviter de surcharger les serveurs. 

Les « bonnes pratiques » en matière d’ENT

Dans une lettre envoyée vendredi par le ministère de l’Éducation aux professeurs du secondaire (collèges et lycées) que nous avons consultée, on apprend que « les collectivités territoriales renforcent les serveurs des ENT »… ce qui ne peut être que bénéfique.

Mais tout ne sera pas réglé d’un coup de cuillère à pot : « Durant les semaines qui arrivent, les collectivités territoriales et le ministère vont porter une attention toute particulière aux serveurs informatiques afin de vous permettre de travailler dans les meilleures conditions », affirme le ministère.

Dans ce courrier, il rappelle aussi « les bonnes pratiques en matière d’ENT » en citant en exemple la cité scolaire Alfred Kastler de Stenay. Il est demandé aux parents de privilégier les connexions avant 8h30 et après 17h, tandis que les élèves doivent si possible se connecter pendant cette période. Quid des enseignants principaux destinataires de cette lettre ? Ce n’est pas précisé…

Dans tous les cas, les utilisateurs se doivent de limiter l’envoi de messages et l’utilisation de pièces jointes, mais aussi de bien penser à se déconnecter dès qu’ils n’ont plus besoin de l’ENT pour laisser place au suivant.

Académie de Paris : 6e et 5e le matin, 4e et 3e l’après-midi 

Dans l’académie de Paris, Paris Classe Numérique s’occupe de centraliser l’ensemble des établissements de la capitale. Depuis 2017, c’est même devenu PCN-NG (Paris Classe Numérique - Nouvelle Génération) présenté comme une « nouvelle génération d’ENT » avec « de nombreux atouts », il est notamment « adaptatif et modulaire ». Malgré son jeune âge et les promesses, il n’a pas plus tenu le choc.

Jeudi de la semaine dernière, Philippe Taillard, conseiller du recteur délégué académique à l'action culturelle, est monté au créneau sur Twitter : « Nous vous demandons de respecter ces plages horaires. Classes de 6e & 5e : 8H à 12H. Classes de 4e & 3e : 13H à 17H ». Aucune restriction n’est précisée pour les autres niveaux. 

Sur son site, Paris Classe Numérique indique que ces mesures ont été mises en place suite aux « événements exceptionnels que nous vivons […] Il s’agit d’éviter la saturation du fait d’un afflux simultané trop important d’utilisateurs ». D’autres conseils sont également donnés : « Nous invitons également les parents qui se connectent pour d’autres raisons que le suivi du travail scolaire de le faire plutôt après 17H ».

En Nouvelle Aquitaine, quatre plages horaires pour les lycéens

La région Nouvelle-Aquitaine y va elle aussi de sa proposition de temps partagé pour la plateforme Lycée Connectée : « Pour le suivi pédagogique, en accord avec les académies de Bordeaux, Poitiers, Limoges et l'enseignement agricole, nous vous proposons de privilégier les périodes » :

  • de 8h à 11h : élèves de CAP et de seconde
  • de 11h à 14h : élèves de première
  • de 14h à 17h : élèves de terminale et bac pro
  • de 17h à 20h : élèves de BTS, prépa CPGE et CFA
  • À partir de 20h : accès libre

Et les parents ? À situation exceptionnelle, mesures radicales : « nous avons momentanément suspendu vos accès afin de privilégier les usages pédagogiques des élèves et un meilleur suivi par les enseignants ». Depuis ce billet sur l’embouteillage numérique daté du jeudi 19 mars, aucune nouvelle directive n’a été donnée.

Dans l’académie des Hauts-de-France, les dernières recommandations se contentent de reprendre celles du ministère : les élèves entre 8h30 et 17h, les parents en dehors de cette période. Même chose dans la région Grand Est et dans certains établissements en Occitanie

Kosmos parle d’un « pic d’activité constant, que personne ne pouvait anticiper »

Kosmos, une société « spécialiste de la transformation digitale (sic) du monde de l'éducation » qui s’occupe de plus de 3 600 établissements pour 5 millions d’utilisateurs (dans 70 pays) a publié en fin de semaine un bilan sur la fréquentation de ses ENT. L’occasion d’avoir un point de vue de l’autre côté du tableau, côté coulisse.

« Le lundi 16 mars, c'est près de 400 millions de requêtes en une journée qui ont déferlé sur nos infrastructures ENT avec des durées de session moyennes qui ont triplé », explique Kosmos. La société parle d’un « pic d’activité constant, que personne ne pouvait anticiper »… n’en déplaise à Jean-Michel Blanquer.

Des actions ont évidemment été mises en place : « nous avons doublé les capacités de nos ponts réseaux afin de réduire certaines lenteurs ressenties les deux premiers jours et absorber le flux réseau qui a triplé en deux jours », une nouvelle version a été déployée afin de permettre aux enseignants et élèves d’être prioritaires, etc.

La fermeture précoce dans le Grand Est avait alerté

La situation n’avait rien d’exceptionnel puisque les établissements dans le Haut-Rhin avaient fermé dès le lundi 9 mars permettant d’avoir une idée de l’apocalypse qui arrivait. Kosmos affirmait ainsi lundi 16 mars disposer d’un « premier retour d'expérience de l’impact pour un ENT de la fermeture des établissements sur un territoire donné et ainsi d’anticiper ce qui pourrait advenir au plan national ». 

Le résultat était sans appel : « Le nombre moyen de visites journalières constaté pour les établissements fermés a été multiplié par 5 avec des pics qui ont atteint 10 fois le niveau de connexion avant la fermeture. En complément, la durée de session par utilisateur sur l'ENT a augmenté de manière significative, les utilisateurs passant plus de temps sur l'ENT une fois connectés ». 

La société estimait alors qu’elle devrait faire face à « des trafics prévisionnels qui pourraient atteindre 200 millions de visites par mois très rapidement » suite à la fermeture de l’ensemble des établissements scolaires (contre 40 millions « seulement » en novembre 2019).

C’était dans tous les cas très largement en dessous de la réalité comme le confirme ce tweet de vendredi du conseil départemental du Puy-de-Dôme : « L'ENT des collèges a reçu 400 millions de demandes de connexions lundi 16/03 dans la région Auvergne Rhône Alpes ». 

Un retour à la normale progressif, mais « les usages progressent »

Quoi qu’il en soit, dans un nouveau billet publié vendredi, Kosmos assure que, « dès mercredi 18 mars, la grande majorité des ENT Kosmos était pleinement fonctionnelle ». Sur Twitter, la société était par contre relativement discrète le 18 mars, les premiers messages encourageants sont plutôt arrivés jeudi et vendredi.

La première manche est peut être en train d’être gagnée, mais la guerre n’est pas encore terminée comme le rappelle le président de Kosmos (Jean Planet) : « beaucoup fait, mais encore beaucoup de travail à faire ! surtout que les usages progressent »… Il faudra donc trouver des solutions pérennes, d’autant que, selon Jean-Michel Blanquer interviewé par le Parisien, « le scénario privilégié est celui d’un retour en classe après les dernières vacances de printemps, le 4 mai, mais nous sommes évidemment tributaires de l’évolution de l’épidémie ».

Une date lointaine, mais qui doit aussi tenir compte des vacances d’avril en approche. La zone C ouvrira le bal dès le 4 avril (dans deux semaines), tandis que la zone A fermera la marche le dimanche 3 mai. Une reprise le lundi 4 permettrait en effet de laisser les deux semaines de vacances à l’ensemble des établissements en France pour repartir avec une « égalité » quant au nombre de jours de fermeture : cinq semaines.

Un label Nation apprenante pour les programmes éducatifs

En parallèle, le gouvernement a lancé en milieu de semaine dernière le label « Nation apprenante » afin de « distinguer les programmes à forte dimension éducative de l’audiovisuel et de la presse écrite ». Les initiatives se multiplient depuis une semaine et il n’est pas toujours facile de trier le bon grain de l’ivraie.

Nous pouvons notamment citer Lumni, Radio France, Arte, Le Petit Quotidien et L’Actu dans les émissions et publications ayant obtenu le label. De plus amples informations sont disponibles sur cette page Eduscol


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