Le revenge porn visant Benjamin Griveaux déjà dédoublé sur Internet Archive

La mémoire du Web 311
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Crédits : Mehmet Cay/iStock/Thinkstock
Justice
Marc Rees

Le revenge porn dont a été victime Benjamin Griveaux, provoquant son retrait des municipales pour Paris, suscite un tollé dans la classe politique. Des actions judiciaires sont déjà annoncées selon son avocat. Le site a déjà été copié sur Internet Archive, mémoire du Web.

Après ce séisme, Olga Givernet assure que « les réseaux sociaux sont un danger pour la démocratie. Ils sont un tribunal sans justice. La violence qui y règne menace notre société ». La députée LREM de l’Ain apporte son soutien « à sa famille et à toutes celles et ceux qui ont déjà été jetés en pâture sur cette place publique virtuelle ». 

Problème, que ne nuance pas l’élue, les vidéos ont été diffusées sur un site, non sur une plateforme. L'article est daté du 1er février 2020 mais le nom de domaine du site à l’origine du « leaks » ou plus pénalement, de ce revenge porn, a été déposé deux mois plus tôt, le 29 novembre 2019 via domains.google.com.

griveaux

Twitter et les autres réseaux sociaux ont « seulement » servi de caisse de résonnance. Un compte Twitter @p-politique en a par exemple fait la promotion dès le 13 février à 11h10 en faisant d’ailleurs une faute sur le nom de domaine. Le député Joachim Son-Forget (@sonjoachim) l’a relayé également le même jour, à 18h15, en espérant « que ces vidéos sexuelles affligeantes incriminant Benjamin Griveaux et une jeune femme seront démenties par l’intéressé et son équipe, car une telle diffamation serait extrêmement grave dans la campagne pour Paris ». Message suivi donc du lien vers le site en question.

2 ans de prison et 60 000 euros d'amende en cas de transmission

Le député a été vertement critiqué pour cette diffusion sachant qu’on trouvait déjà trace de ce domaine par exemple le 12 février dans un message public. Et selon le rédacteur en chef « numérique » de France Inter, « la vidéo s’échangeait massivement hier après-midi par [messages privés] bien avant que @sonjoachim ne la tweete... »

Comme le remarque l’avocat Alexandre Archambault, l’article 226-2-1 du Code pénal ne fait pas dans la dentelle : « il vise aussi bien le partage public que privé ». En clair, celui ou celle qui transmet ou porte à la connaissance du public ou utilise de quelque manière que ce soit de telles « images présentant un caractère sexuel » risque une peine de deux ans d'emprisonnement et 60 000 € d'amende, maximum.

Et les actions ne devraient pas tarder. Me Richard Malka, avocat de Benjamin Griveaux, envisage déjà des poursuites judiciaires. « À la suite du retrait de sa candidature à la Mairie de Paris, Monsieur Benjamin Griveaux invite chacun au respect de sa vie privée », prévient-il dans un communiqué, relayé par BFMTV. « Il s'agit là, pour toute personne, d'un droit essentiel dont la violation est sanctionnée par le code civil et par la loi pénale ».

Le site en question, édité par Piotr Pavlenski, artiste russe originaire de Saint-Pétersbourg qui avait obtenu en mai 2017 l'asile politique en France, pourra également faire l’objet d’une action en blocage devant les mêmes autorités judiciaires. « Devant le premier tribunal de France, celui de Paris, on n’a pas une décision de blocage en moins de 45 jours » relève toutefois Me Alexandre Archambault, avant d’espérer que ces faits permettront « de faire prendre conscience aux politiques Français de l’état d’indigence structurelle dans lequel ils placent la Justice ». 

Un site déjà dédoublé sur la Wayback Machine

Un blocage efficace ? Le site à l'origine de ce « leak », visiblement hébergé sur Wix (https://social-blog.wix.com/post/benjamin-griveaux-fr.... suivi du nom de l’instance, service qui abrite également les vidéos en cause comme https://video.wixstatic.com/video/073*****...) a déjà été archivé sur la Wayback Machine d'Archive.org.

wayback machine internet archive benjamin griveaux

Pour mémoire, ce service en ligne américain conserve, au besoin sur demande, la copie de n’importe quelles pages Web, en capturant également leurs évolutions dans le temps. Les premiers enregistrements datent d'hier, 18h55. Il est possible de demander le retrait d’une page (d'ailleurs certaines semblent faire l'objet d'un nettoyage), mais Internet Archive est hors de portée d'une éventuelle décision de blocage de la source : proportionnellement, la copie du site n'est en effet qu'un grain de poussière dans un océan d'autres duplications parfaitement licites.  

Cette atteinte à la vie privée d’un personnage politique va nécessairement nourrir les différents textes en cours de discussion au Parlement. La proposition de loi Avia veut obliger les plateformes à retirer en moins de 24 heures les contenus pornographiques lorsqu’ils sont susceptibles d’être vu par un mineur. La proposition de loi contre les violences conjugales entend-elle rendre applicable cette même infraction même si les contenus sont précédés d’un disclaimer « interdit aux moins de 18 ans ».

D'autres leaks à venir ?

L’avocat Juan Branco affirme en tout cas dans le Point avoir été consulté par Piotr Pavlenski avant la mise en ligne de ces contenus. « Il m'a consulté comme avocat. J'ai compris que, pour lui, c'était un acte politique. De la même façon qu'il s'était opposé au régime de Poutine, il était prêt à tout pour s'opposer au régime de Macron, qu'il considère comme tout aussi répressif ». Selon l’avocat, « c'est la première vidéo d'une série », selon les informations transmises par l’éditeur du site.


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