En difficulté, Kosc attise les convoitises mais affirme que son activité « se poursuit normalement »

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Crédits : Brian Stanback/iStock
FAI
Sébastien Gavois

Kosc semble au bout de la route. En grandes difficultés depuis des mois, la société serait sur le point de déposer le bilan. Contactée, elle refuse de confirmer ou démentir pour l'instant, précisant que son activité « se poursuit normalement ». Plusieurs opérateurs sont intéressés par une reprise, notamment des membres de l'AOTA.

Kosc est dans une situation difficile depuis plusieurs mois. Il s'agit pour rappel d'un opérateur sur le marché de gros pour les entreprises cofondé par OVHcloud avec la participation de Bpifrance. Son but : remettre de la concurrence (ou du moins essayer...) sur le marché de la fibre pour entreprises, largement dominé par le duo Orange-SFR.

Mais Kosc serait aujourd'hui sur le point d'être en cessation, comme le rapportent Le Figaro et les Échos. Des repreneurs potentiels se sont déjà fait connaitre depuis plusieurs semaines et, selon nos informations, plusieurs petits opérateurs membres de l'AOTA (Association des Opérateurs Télécoms Alternatifs) seraient également sur les rangs pour reprendre Kosc. 

« L’activité de Kosc se poursuit normalement  »

De son côté, la société nous confirme que « différentes informations anxiogènes circulent en effet », mais que pour l'instant son activité « se poursuit normalement contrairement à ce qui a été écrit ou sous-entendu. Le processus initié par Rothschild en septembre dernier suit son cours et c’est pourquoi nous prévoyons de communiquer utilement dans le courant de la semaine prochaine ». 

Mais alors, cessation de paiement ou pas ? Réponse (très) vague de Kosc : « Nous n’avons aucune information à communiquer à ce sujet ».

Six offres de principes déjà déposées en octobre

Depuis début septembre, la banque d'affaires Rothschild a un mandat pour « trouver des investisseurs ou tout partenaire qui pourraient contribuer à sauver ou reprendre l'entreprise ». Début octobre, Yann de Prince affirmait devant le Sénat que, « en dépit d'une situation des plus défavorables et malgré l'urgence dans laquelle il est demandé à ces possibles partenaires de se positionner, seize se sont d'ores et déjà manifestés par le biais d'un espace numérique dédié. Il s'agit majoritairement de partenaires industriels. Six d'entre eux, parmi les opérateurs les plus connus à l'exception d'Orange et de SFR, ont avancé des offres de principe, dont certains en valorisant l'entreprise de manière significative. Ces offres ouvrent à des discussions plus avancées ».

La question de savoir qui va récupérer le réseau de Kosc n'est donc pas nouvelle et se pose depuis plusieurs mois.  Bouygues Telecom et Iliad sont deux opérateurs qui se sont lancés ou renforcés sur le marché professionnel au cours des derniers mois, mais d'autres repreneurs sont également sur les rangs. Selon nos informations en effet, plusieurs petits opérateurs membres de l'AOTA pourraient déposer une offre dans les jours à venir. Le but étant de récupérer le réseau d'environ 10 millions de prises, mais aussi d'éviter qu'il ne tombe entre les mains d'un opérateur intégré.

Pour 10 millions d'euros en moins

Pour bien comprendre la situation de l'opérateur, il faut remonter plusieurs mois en arrière. Yann de Prince (président de Kosc et Antoine Fournier (directeur général de la société) avaient été auditionnés sur ce sujet par la Délégation aux entreprises du Sénat début octobre : 

« Le 23 juillet 2019, avec tous les actionnaires de Kosc, nous avions prévu d'apporter des capitaux supplémentaires à l'entreprise, pour un montant de 10 millions d'euros. Sans permettre d'atteindre l'équilibre d'exploitation, ces capitaux devaient nous donner le temps de trouver des acteurs financiers pour nous accompagner. La direction générale de la Banque des Territoires s'est pour sa part ravisée. Elle nous a appris que le mécanisme imaginé avec ses services pour l'augmentation de capital ne lui convenait pas dans sa répartition. En conséquence, les autres actionnaires ont suspendu leur propre contribution

[...] En définitive, la situation de Kosc est aujourd'hui simple : soit dans les prochaines semaines, les actionnaires seront suffisamment convaincus et décideront d'apporter les fonds suffisants permettant à l'entreprise de retrouver une certaine marge de manoeuvre, nécessaire à la mise en place d'une solution pérenne, soit l'entreprise sera liquidée ou cédée. »

Ce changement de cap fait notamment suite à une décision de l'Autorité de la concurrence sur le respect des engagements pris par Altice France lors du rachat de SFR et de la vente du réseau DSL de Completel à Kosc. Début septembre, l'ADLC concluait qu'« aucun élément ne permet[ait] de caractériser le non-respect par Altice France de ses engagements », ce qui avait conduit à un « déchaînement » de SFR selon Yann de Prince. 

Aucun commentaire du côté de l'AOTA

L'AOTA ne fait, pour sa part, « aucun commentaire sur la stratégie de ses opérateurs régionaux adhérents ». Les membres ne sont en outre pas tous concernés. L'un d'entre eux nous explique ne pas être au courant de cette opération, avant d'ajouter qu'il n'est pas très actif au sein de l'association.

À la lecture de la réponse de l'AOTA à une consultation de l'Arcep sur l'accès fixe à haut et très haut débit en septembre dernier, on se rend compte de l'intérêt de certains membres de l'association pour Kosc. On y apprenait que l'opérateur avait négocié et surtout « obtenu, auprès d’Orange une offre sur mesure d’accès local à son réseau FttH qui lui permet de commercialiser une offre de gros activée de type « FttH pro » à destination des opérateurs de détail purs entreprises ». Dans ce document, l'Arcep rappelle que Kosc a proposé en 2018 la première offre de gros activée FttH à dimension nationale.

« De leur côté, d’autres opérateurs membres de l’AOTA ont tenté d’obtenir au niveau local une telle offre et ont initié en ce sens des négociations depuis près de deux ans pour certains. En vain à ce jour, les contraignant à envisager l’engagement de procédures sur le fondement de l’article L.36-8 du code des postes et communications électroniques ». 

Le rachat de Kosc s'inscrit donc probablement dans cette logique pour les petits opérateurs, dont la liste reste à connaitre. 


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