Google ou l'« OCR-isation » du monde

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Crédits : Google
Loi
Marc Rees

« Incroyable la vitesse à laquelle Google référence les plaques d’immatriculation. Ici une des voitures retournées à la place d'Italie ». Ce tweet posté par le compte @MCCob relève, en quelques mots, les capacités d’extractions d’images par Google. Le moteur a bien voulu réagir dans nos colonnes.  

Cette fonctionnalité, également pointée par BFMTV, Caradisiac et bien avant Autoplus, montre que Google peut donc « lire » la plaque d’un véhicule, peu importe son orientation, pour ensuite l’indexer dans son moteur de recherche.  Conclusion : en tapant la suite de chiffres et de lettres, on peut retrouver des photos comprenant cette référence administrative, indexées par le moteur.  Magique. 

Ont ainsi été « gloutonnés » par Google un véhicule mis en vente sur un site d’annonce, la plaque d’une 4L sur une photo utilisée par Wikipédia, un camion de pompier, une ambulance, l’une des voitures officielles du gouvernement (utilisée notamment par Manuel Valls, alors premier ministre) ou  encore la plaque d'une Google Car utilisée pour Street View.

Plaque floutée sur Maps, en clair sur Search

Google offre ici une fonctionnalité que Google Maps s’interdit. Ou plutôt se voit interdire. En 2008, la CNIL indiquait dans son rapport que son service Street View, « qui permet de visualiser des images des villes et offre un système de navigation à 360°, n’a été lancé en France qu’après modification du système déjà utilisé aux États-Unis pour prendre en compte les préconisations de la CNIL ».

En conséquence, « des aménagements ont ainsi été effectués pour respecter les règles européennes de protection de la vie privée, notamment le "floutage" des visages et des plaques d’immatriculation ».

Voilà pourquoi depuis, ces éléments d’identification n’apparaissent pas en clair lors d’une exploration des rues en 3D. L’autorité avait par ailleurs mis en ligne un formulaire dédié pour réclamer ce traitement d’images, en cas de raté. 

Plus de 10 ans plus tard, avec l’entrée en application du règlement général sur la protection des données personnelles, le sujet reste d’actualité. L’article 4 du RGPD apporte une définition suffisamment vaste de la « donnée personnelle » pour y maintenir les plaques d’immatriculation.

Ce sont en effet toutes les informations « se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable ». Le texte européen répute être une personne physique identifiable, « une personne physique qui peut être identifiée, directement ou indirectement, notamment par référence à un identifiant, tel qu'un nom, un numéro d'identification, des données de localisation, un identifiant en ligne, ou à un ou plusieurs éléments spécifiques propres à son identité physique, physiologique, génétique, psychique, économique, culturelle ou sociale » (notre dossier).

D’autres dispositions plus généralistes peuvent être en cause comme le droit à la vie privée, puisqu’avec la plaque, on sait qu’une personne s’est garée dans telle rue. En exploitant les métadonnées attachées à l’image, on peut parfois découvrir l’heure et le jour de la prise de vue, avant de réclamer des comptes au titulaire de la carte grise... 

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