ProtonMail 4.0 bêta : code et interface modernisés, les mêmes carences ergonomiques

Des lignes désespérément fixes 53
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Securité
Vincent Hermann

ProtonMail vient de lancer une phase bêta pour sa quatrième révision majeure. Pour l’occasion, le service débute de gros travaux esthétiques et sous le capot, avec une importante migration technologique. Le test est ouvert à tous les utilisateurs, y compris les comptes gratuits.

ProtonMail est un service email chiffré, qui vise depuis sa création – au CERN, en 2014 – à faciliter l’usage de ce type de solution. Se pose en effet depuis longtemps la question du curseur, qui se déplace toujours entre sécurité et facilité d’utilisation, les deux étant difficilement conciliables. ProtonMail est pourtant parvenu à une forme d’équilibre et développe depuis un bouquet de services : contacts, calendrier, stockage distant ou encore VPN.

Lors de notre prise en main au printemps dernier, nous avions relevé que le service était clairement efficace. Il y avait cependant à redire en matière d’expérience utilisateur. D’une part parce que les comptes gratuits étaient très limités, d’autre part à cause d’une interface vieillotte et manquant singulièrement de souplesse.

C’est justement sur ce point que l’éditeur travaille actuellement, avec une vaste révision de son produit central, qui se voudra à terme plus accueillant. La bêta est ouverte à tous, depuis l’adresse beta.protonmail.com. Point important, y participer ne verrouille pas le compte sur la préversion.

Une modernisation du code

Comme l’explique Proton technologies dans son billet de blog, la préparation de la version 4.0 est surtout l’occasion de se débarrasser de vieilles technologies.

Les développeurs commencent ainsi à remplacer le vieux code en AngularJS (à ne pas confondre avec Angular, beaucoup plus récent et très différent) par un recours à la bibliothèque React. Cette dernière, open source et publiée initialement par Facebook en 2013, est selon Proton Technologies plus simple, en permettant de créer plus rapidement des pages correspondant aux besoins de l’équipe.

À l’inverse, la version actuelle, largement développée avec AngularJS, avait été facilitée par cet outil clé en main. La difficulté de modifier et améliorer l’existant avait cependant augmenté avec les années, poussant l’entreprise à chercher une autre solution.

La réécriture en React est donc la plus grosse partie du travail en cours. Elle est d’ailleurs progressive. Actuellement, seules la zone des paramètres et Contacts ont bénéficié du traitement. Au cours des prochains mois, la phase bêta continuera et un nombre croissant de panneaux seront réécrits, jusqu’à ce que la version 4.0 soit intégralement passée à React.

L’équipe cite deux avantages à cette migration. D’abord l’entretien du code, plus simple. Ensuite – et surtout – la simplification de l’ajout des nouvelles fonctions. Car ProtonMail 4.0 se voudra également une plateforme de lancement pour tous les services de l’entreprise.

À l’usage pour l’instant, en dehors de la révision graphique, on ne sent pas de différence notable sur la réactivité de l’ensemble.

Un sérieux coup de pinceau sur l’interface, mais…

Dire que l’interface de ProtonMail 4.0 a été modernisée est un euphémisme. L’utilisateur se rendra vite compte qu’elle est maintenant dans les « canons » actuels, l’inspiration semblant provenir d’un mélange entre les dernières versions de Gmail et Outlook.com (davantage même ce dernier).

L’ensemble fait à la fois plus « sérieux » et plus propre. La colonne de gauche est désormais gris anthracite et la présentation des dossiers est nettement plus aérée. La colonne centrale, avec la liste des emails, est elle aussi plus légère, avec des lignes de séparation moins marquée. On retrouve d’ailleurs, à la manière d’Outlook.com, les pastilles affichant les initiales du nom de l’expéditeur. Elles peuvent être cliquées pour créer une sélection multiple. Les labels changent eux de forme et sont désormais pleins, avec le nom en blanc.

ProtonMail 4.0ProtonMail 4.0
L'ancienne version à gauche, la nouvelle à droite

Quant au panneau de lecture, on retrouve là aussi des séparations plus discrètes, avec une section moins marquée en haut, le contenu du mail proprement dit puis, en dessous, les éventuelles pièces jointes. L’organisation globale ne change pas.

La zone des contacts change davantage, avec un style résolument plus moderne et surtout travaillé. Fini les écritures non alignées, comme si certaines informations avaient été « jetées » dans l’écran. Toutes les fonctions principales sont disponibles avec, à droite, une mise en avant des fonctions d’import/export des contacts (fichiers CSV, vCard, ou les deux pour l’import). À côté, un bouton permet de passer en abonnement payant pour débloquer des fonctions supplémentaires, dont le chiffrement de bout en bout des contacts (les emails, eux, gardent cette capacité centrale du service).

Les paramètres évoluent plus franchement. Le tableau de bord change complètement de présentation, là aussi pour le mieux. Toutes les rubriques sont affichées dans l’écran principal, dont l’espace n’est plus dévoré par les offres payantes. Elles sont toujours accessibles bien sûr, mais réunies dans un encart en haut à droite. Les informations principales sont réunies en haut à gauche et les fonctions Premium sont marquées d’une étoile pour les identifier facilement.

ProtonMail 4.0ProtonMail 4.0

La plupart des rubriques ont beaucoup changé dans leur présentation, mais les options sont finalement les mêmes. L’organisation est devenue surtout verticale, afin que les réglages puissent être parcourus à la molette. Dans Apparence par exemple, la section mise en page permet de choisir en haut la taille de la fenêtre de composition, le mode d’affichage de la boite de réception (panneau de lecture à droite ou supprimé), le regroupement par conversations, les labels automatiques, etc.

On trouve également quelques nouvelles rubriques, pour concentrer certaines fonctions auparavant éparpillées. Par exemple, Général permet de changer la langue de l’interface, gérer les notifications de bureau ou encore charger le contenu distant présent dans les mails (toujours désactivé par défaut, contrairement aux images intégrées). Applications donne accès au Bridge (fonction payante) et des liens vers les applications mobiles.

ProtonMail 4.0 sera également à terme un « launchpad » pour l’ensemble des services proposés par l’entreprise. Ils sont placés dans le coin supérieur gauche de l’interface et ne sont pour l’instant que deux : ProtonMail et ProtonContacts. Dans les mois qui viennent, on y trouvera ProtonVPN, ProtonCalendar, et ProtonDrive, dans l’objectif avoué de mieux les exposer et d’encourager à l’abonnement. Les petites pastilles sont cependant discrètes et l’utilisateur ne devrait pas se sentir oppressé par ces « suggestions ».

Plus agréable, mais toujours un manque de souplesse par rapport à la concurrence

Même si cette version 4.0 est partie pour être plus agréable, certains manques soulignés au printemps dernier restent valables. Ce ne sont jamais de grandes carences, mais des absences sur des capacités classiques de webmails que beaucoup possèdent depuis longtemps.

Par exemple, il est toujours impossible de modifier la taille des colonnes, qu’il s’agisse de celles des dossiers ou de celles des emails. Ce type de personnalisation basique aide pourtant à personnaliser une interface et à l’adapter à ses besoins.

De même, la fenêtre de composition ne peut toujours pas être séparée du reste de l’interface dans sa propre fenêtre. Elle garde les deux mêmes modes que précédemment :  en bas à droite ou en plein écran. Dommage, car la fenêtre dédiée permet de l’utiliser plus facilement quand on a besoin de rédiger en fonction de contenus répartis dans d’autres applications.

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Proton technologies se dit conscient que les utilisateurs aimeraient diversifier l’apparence de leur interface. On retrouve donc une section Thèmes mais, comme précédemment, il n’y a de choix qu’entre la version fournie et une personnalisation à base de code CSS qu’il faudra fournir soi-même. L’éditeur promet que cette partie sera améliorée dans les prochains mois, notamment avec un mode sombre, qu’il sait très demandé.

En outre, certaines décisions étranges sont toujours présentes dans la gestion générale du compte. L’une des plus pénibles est sans conteste la manière dont l’abonnement est géré quand il prend fin. Contrairement à l’immense majorité des services, un utilisateur ne finira pas la période en cours s’il déclare vouloir revenir à la formule gratuite. Il est remboursé au prorata du temps restant sous forme de crédits à dépenser uniquement dans les produits Proton. En outre, s’il avait par exemple 2,5 Go de données dans sa boite mail, il devra promptement nettoyer sa boite mail, car il ne pourra plus recevoir le moindre courrier tant qu’il ne sera pas repassé sous les 500 Mo, limite imposée par le compte gratuit.

Reste que le renouvellement technique et graphique semble prometteur. Il s’agit pour l’instant d’une simple base de départ, et nous examinerons de plus près le résultat quand l’équipe aura terminé ses travaux. À ce sujet, aucune date n’a encore été annoncée pour la version finale.


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