Droits voisins : le PDG de Die Zeit aux antipodes des éditeurs de presse français

Deux salles, deux ambiances 33
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Crédits : Terry J Alcorn/iStock
Loi
Marc Rees

Dans une interview à Der Standard, Rainer Esser, président-directeur général de Die Zeit, se démarque des éditeurs et agences de presse, tous remontés contre la décision prise par Google de gommer les extraits des articles des liens affichés sur ses pages Actualités. 

Le 24 octobre, Google changera l’interface de ses pages actualités, mais également de son moteur notamment. Les extraits issus des articles de presse n’y seront plus visibles. Une décision contraire l’aurait contraint à payer des droits voisins, suite à l’entrée en application de la loi française transposant la directive sur le droit d’auteur.

Les titres concernés ne seront pas dépourvus pour autant puisqu’ils pourront réactiver cet affichage, mais cette fois gratuitement. 

Outre-Rhin, le numéro un de Die Zeit vient tacler les arguments entendus jusqu’alors dans les grands médias français (voir le cas de Pierre Louette, PDG des Echos). : « Ce que nous constatons, c’est que Google et Facebook nous apportent beaucoup de trafic sur nos portails ». Selon les chiffres dévoilés par l’intéressé, Mountain View draine 30 % du trafic de ses médias, contre 6 à 7 % pour Facebook.

Une visibilité, du trafic, donc pas de demande d'argent 

De ce constat, une conclusion : « Si quelqu'un reprend des extraits pour nous aider à être trouvés sur Internet, je ne peux leur demander de l'argent ».

Sur la question du partage de la valeur et du marché de la publicité, autre remarque aux antipodes. L’intéressé vante leur modèle commercial qu’il regarde avec « admiration ». « Je ne peux pas rester jaloux sur la touche et affirmer qu’ils me prennent mes affaires. Quelles affaires prennent-ils ? Nous sommes dans une concurrence libre. Si Google et Facebook font de bonnes affaires, alors : chapeau bas ! La coopération et l'innovation plutôt que l'envie sont notre marque de fabrique ».

Alors que l’Autorité de la concurrence s’est saisie du dossier en France, Esser ne voit aucun abus de marché : « Il y aurait abus si Google nous chassait de sa plateforme parce que nous sommes concurrents ».

En France, toujours, Franck Riester a jugé « inacceptable » la décision de Google, alors que la directive arrachée en Europe vise à « permettre un juste partage de la valeur produite, au bénéfice des plateformes, par les contenus de presse ». 

Pour Cédric O, secrétaire d’État au numérique, cette décision « n’est pas que regrettable. Elle est irrespectueuse de l’esprit de la directive européenne et du droit français ». Et selon Édouard Philippe, « imposer ainsi les règles du jeu de façon unilatérale et ne laisser aucune place à la négociation est contraire à l’esprit et à la lettre de la directive. »  


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