[Màj] Qwant : en finir avec l'omerta

Des balles dans le pied 350
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Crédits : cc Matt Brown
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Mise à jour : Article actualisé sur le contexte de la « moustiquaire » et des « suspects corses ».

Le président de Qwant a eu des mots très durs suite à notre enquête sur les problèmes rencontrés par son moteur de recherche. Nous avons longtemps hésité à rendre publiques les « pressions » dont nous avons fait l'objet. Les témoignages concordants de plusieurs de ses ex-salariés nous ont convaincu qu'il nous fallait le faire.

Après avoir longtemps bénéficié d'une bienveillance « a priori » de la part des médias, séduits par ses promesses en termes de protection de la vie privée vis-à-vis des GAFAM, et de « souveraineté », Qwant fait l'objet de ce que Konbini a pu qualifier de désenchantement médiatique suite à une série d'articles de La Lettre A, du Figaro, de Next INpact, du Canard Enchaîné puis de Mediapart, pointant différents problèmes. 
 
La semaine passée, Qwant a annoncé, dans une série d'articles de presse, la nomination de Tristan Nitot en tant que directeur général, en remplacement de François Messager. Ex-fondateur de Mozilla Europe, ex-membre du Conseil national du numérique, membre du comité de prospective de la CNIL, blogueur, fervent défenseur des logiciels libres et de la vie privée, Nitot est une figure bien plus connue que Messager, ex-DSI de Celio, Monoprix ou Vivarte (anciennement Groupe André).
 
D'après le Monde, le départ de Messager ne serait « pas complètement étranger à cette mauvaise passe » médiatique, et il paierait « au moins pour partie le courroux des salariés révélé par Le Canard enchaîné » (cf Le cahier de doléances des salariés de Qwant). « Le problème de RH a malheureusement fait du mal à François », a expliqué au Monde Éric Léandri, le patron de Qwant. Sauf qu'en l'espèce, le courroux des salariés n'était aucunement motivé par l'attitude de François Messager. Au contraire, il pointait explicitement du doigt le comportement et les choix de Léandri.
 
« C'est odieux », « il fallait une tête et c'est celle de Messager qui a roulé, mais ce n'est pas la bonne », dixit plusieurs personnes suffisamment au fait des arcanes de Qwant pour requérir l'anonymat : « en interne, personne n'est dupe ». Pour eux, la nomination de Tristan Nitot servira d'abord à redorer le blason de Qwant dans la presse et les médias, mais également à éliminer de la direction de l'entreprise la seule personne susceptible d'essayer de pouvoir tenir tête à Léandri.
 
« Nitot est tout sauf un administratif ou un opérationnel : c'est un speaker, hors sol et totalement sous la coupe de Léandri. Son rôle : danser devant les journalistes, nu s'il le faut. Nitot est fait pour être DG comme moi je suis fait pour être pape », ironisent-ils. « Charger Messager sur les RH c'est lui planter un coup de couteau : il a tenté de mettre en place des managers et mis en place un comité de direction... ce que Léandri n'a pas supporté, et ça lui coûte son poste : on ne forme pas d'équipe à côté de Léandri, on est tous sous la haute autorité de ce dernier. Il veut être l'unique donneur d'ordres. Une vraie dictature se met en place, avec tous les ingrédients, y compris la propagande ».

Une « erreur de débutant » ?

On ne peut pas comprendre ce jeu de bonneteau, non plus que la dureté des propos tenus par ces « insiders » à l'encontre de Léandri, sans se pencher sur la personnalité de ce dernier. En l'espèce, nous n'avions pas prévu, initialement, de rendre publiques les coulisses de nos enquêtes sur Qwant, non plus que les « pressions » dont nous avons fait l'objet cet été de sa part, comme il l'avait expliqué sur Twitter, en s'excusant : c'était « une erreur de débutant et d'amoureux de Next Impact à qui je voulais éviter d'écrire n'importe quoi...».
 
Mais le pilonnage de SMS et d'appels téléphoniques auquel il a soumis l'actionnaire de Next INpact, le volume d'accusations infondées et de propos biaisés proférés sur Twitter par le président cofondateur de Qwant et son « ami » Laurent Bourrelly, les insinuations complotistes qu'il égraine deci-delà dans les médias, ainsi que les témoignages (d'autant plus préoccupants qu'ils sont tous concordants) que nous avons recueillis auprès de plusieurs ex-salariés, nous ont finalement décidé à le faire.
 
A fortiori parce qu'en réponse à un tweet de notre rédacteur en chef, Marc Rees, déplorant « les messages (multiples appels et sms) incendiaires reçus par l’actionnaire principal » de Next INpact, Éric Léandri a répondu qu'il était « très déçu du manque de courage de l'actionnaire pour reporter réellement la conversation que nous avons eue ». Non content de nous « troller » en public et de harceler l'actionnaire en privé, Léandri laissait entendre que nous aurions menti, et que l'actionnaire aurait pêché par veulerie. Nous avons donc décidé de « reporter réellement la conversation » qu'ils ont eue.  
 
Les éléments que nous avons recueillis et compilés, dénués de toute animosité personnelle, longuement vérifiés et recoupés, entendent contribuer à un débat d'intérêt général visant à permettre à nos lecteurs de se forger leur propre opinion sur cette « conversation » en particulier, et le comportement du président de Qwant en général. Histoire de faire le tri entre ce qui relèverait d'une « erreur de débutant », ou des pratiques ordinaires d'un « incendiaire ». Une « conversation » qui expliquerait par ailleurs, et en partie, bon nombre des problèmes rencontrés par le moteur de recherche. Problèmes qui affectent par ailleurs, et au premier chef, les propres salariés de Qwant.

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Dernière mise à jour le 25/09/2019 10:41:14

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