Linux Mint 19.2 en bêta : la conquête du desktop continue

Pas de fièvre des objets connectés ici 44
Accès libre
image dediée
OS
Vincent Hermann

La bêta de Linux Mint 19.2 est disponible depuis peu, avec des améliorations bienvenues pour les tâches courantes. Le constat se vérifie surtout pour l'édition Cinnamon, qui revoit au passage sa consommation de ressources à la baisse.

Linux Mint est une distribution résolument orientée vers le bureau et les utilisateurs « ordinaires ». C’est ce qui explique son succès, car ce qui n’était au début qu’une énième dérivée d’Ubuntu est finalement venue marcher sur les platebandes de sa grande sœur. Pendant qu’Ubuntu enchaine les versions sans rien bousculer – Canonical semble désormais plus intéressé par les serveurs et les objets connectés – la petite Mint continue son bonhomme de chemin.

La distribution se distingue notamment par une ergonomie largement fondée sur GNOME 2.x et un soin appuyé aux détails de l’interface. Elle se reconnaît aisément à son thème gris/vert. La nouvelle bêta de Mint 19.2, nommée Tina, ne dépareille pas. Le fondateur de la distribution, Clément Lefebvre, voulait en avril que la nouvelle mouture soit « tout simplement la meilleure », en référence à Tina Turner (en plus du prénom).

Au vu des améliorations, le pari pourrait être tenu, en dépit des doutes actuels de l’équipe.

On garde Ubuntu 18.04 et on modernise un peu

Spécificité de Linux Mint, elle n’est fondée que sur des moutures LTS d’Ubuntu. Depuis l’année dernière, elles s’appuient toutes sur Ubuntu 18.04 et profitent donc de ses cinq années de support technique.

Dans moins d’un an, la distribution transitera vers son nouveau socle, Ubuntu 20.04. L’équipe précise cependant que pour le reste de l’année, elle reste concentrée sur la branche actuelle. La philosophie générale de Mint se situe quelque part entre Ubuntu et Debian. Le noyau Linux fourni est ainsi en version 4.15 (nous en sommes à la 5.2.1).

Concernant les applications, certaines sont récentes, d’autres moins. On a par exemple bien Firefox 68.0, mais LibreOffice n’est « qu’en » 6.0.7 (contre 6.2.5 pour la dernière), GIMP en 2.8 (contre 2.10), etc. Même situation dans le gestionnaire de logiciels avec VLC 3.0.4 (contre 3.0.7.1), VirtualBox 5.2.18 (contre 6.0.10) ou encore Audacity 2.2.1 (contre 2.3.2).

Mint a une préférence pour les révisions LTS des composants de base et les versions éprouvées dans les applications. Celles proposées ne sont donc jamais anciennes, mais elles ne sont pas pour autant de la dernière fraicheur.

Mint 19.2Mint 19.2Mint 19.2

Des apports techniques pour tous les utilisateurs

Avant de plonger dans les spécificités de chaque variante (Cinnamon, MATE et Xfce), examinons d’abord les nouveautés dont tous les utilisateurs profiteront.

Le gestionnaire de mises à jour se veut nettement plus fiable. Plus aucun risque par exemple de redémarrage pendant que des tâches automatiques sont en cours, les verrous APT ne l’empêchent plus de fonctionner (les opérations sont retentées plus tard) et le mécanisme de rafraichissement se base désormais sur des horodatages plutôt que des périodes.

L’interface évolue également. Rien de renversant, mais toute une série de petites améliorations qui devraient simplifier la vie au quotidien : la liste des mises à jour est rechargée dès qu’un changement intervient dans le cache APT, la boite de dialogue d’informations se met à jour en temps réel, un avertissement apparaît en cas de redémarrage nécessaire, un message spécifique et séparé est affiché pour signaler une nouvelle version du gestionnaire lui-même et diverses animations rendent compte des opérations en cours. Le même gestionnaire avertira également 90 jours avant que la version en cours de Mint ne soit plus supportée.

La gestion des noyaux est également plus fine et pratique. Les versions sont réparties en branches et accompagnées chacune de leur date de fin de support. On peut sélectionner plusieurs versions (via la fonction Préparer) et créer ainsi une chaine d’installation. Il n’y a donc plus besoin de les installer un par un. Une liste noire est également disponible pour noter les versions à ne jamais installer. Enfin, dans les préférences, il est possible de demander au gestionnaire une suppression automatique des versions n’ayant plus d’utilité.

Mint 19.2

Quelques autres améliorations techniques sont présentes. Par exemple, le gestionnaire de mises à jour et l’outil de sauvegarde partagent désormais le même cache, comprenant à la fois les applications installées via le gestionnaire et celles qui l'ont été manuellement (grâce à l’analyse des logs depuis Ubiquity).

En outre, les Rapports système reçoivent une nouvelle interface, plus lisible. Notez que Mint 19.2 revient sur ses polices par défaut, abandonnant Noto pour reprendre celles d’Ubuntu. La famille Noto avait été critiquée par une partie des utilisateurs pour son contraste moindre. Dans certaines applications, les menus et fonctions étaient ainsi moins lisibles.

Enfin, toutes les variantes incluent désormais dans leurs images ISO d’installation un nouvel outil baptisé Boot-Repair. Comme son nom l’indique, il vise à réparer les soucis de démarrage, par exemple quand l’une des entrées du menu ne fonctionne plus. Les deux fonctions principales sont pour l’exécution des scripts réglant les problèmes les plus courants et la génération d’un résumé BootInfo pour le publier sur un forum ou l’envoyer par email.

Des options avancées permettent de plonger davantage les mains dans le cambouis.

Mint 19.2

Cinnamon 4.2.2 réduit sa consommation de mémoire vive

C’est une habitude actuellement, particulièrement pour les distributions basées sur GNOME : depuis plusieurs mois, nombre d’améliorations ont été portées à la consommation des ressources, rendant les distributions qui l’utilisent plus légères, avec des animations plus fluides. Résultat, une sensation de réactivité qui n’a rien de feint.

Cinnamon suit le même chemin avec un travail de l’équipe sur les fondations. En plus d’une réduction de la consommation mémoire d’environ 30 % (tout de même), le gestionnaire de fenêtres (Muffin) a reçu des optimisations et se veut plus réactif. Un résultat visible en pratique ? Oui, sans pour autant que ce soit énorme (le ressenti n’est pas chiffrable).

Sur une machine équipée d’un Core i5-6500 et de 16 Go de mémoire vive, elle est perceptible : on a davantage l’impression que le système obéit au doigt et à l’œil. Dans une machine virtuelle limitée volontairement à un seul cœur et 2 Go de mémoire, l’écart se creuse, puisque ce type d’optimisation se remarque davantage quand la puissance est limitée. Sans que l’utilisation en soit révolutionnée, on apprécie donc l’effort.

Cinnamon sait par ailleurs – enfin ! – activer ou désactiver la synchronisation verticale de l’écran sans avoir besoin de redémarrer l’environnement. L’effet est appliqué dès que l’on coche ou décoche la case dans les paramètres d’affichage. Une liste déroulante permet également de choisir la méthode préférée.

Mint 19.2Mint 19.2

Le menu reconnaît maintenant les doublons

Place aux améliorations de l’interface, avec une première pour le menu général de Mint. Si vous installez plusieurs applications ayant la même fonction, les doublons sont maintenant identifiés clairement. Mint a en effet pour habitude de nommer souvent les logiciels installés par leur fonction.

Par exemple, elle installe par défaut Xed comme éditeur de texte. Si vous ouvrez le menu et tapez « xed » pour affiner la recherche, vous ne trouverez qu’une liste « Éditeur de texte ». Jusqu’à présent, installer un deuxième logiciel du même acabit posait un problème pénible : deux entrées « Éditeur de texte » apparaissaient, sans rien pour les distinguer. Ce problème est désormais résolu, puisque le nom de l’application sera mentionné entre parenthèses à chaque fois. Même chose pour toutes les catégories.

Nemo, le gestionnaire de fichiers, se dote pour sa part d’une fonction d’épinglage. Elle permet d’afficher des dossiers et fichiers en premières positions au sein d’un répertoire. Il suffit de faire un clic droit sur un élément et de sélectionner « Épingler ». Seule différence graphique, les noms apparaissent en gras. Une retouche suffisante puisque l’on cherchera de toute façon ces éléments en tête de liste.

On note çà et là de petites améliorations dans le reste de Cinnamon. Notamment, un applet Imprimantes qui apparaîtra automatiquement au branchement du périphérique. Les documents récents sont activés dès le départ (accessibles notamment depuis un clic sur l’icône d’un logiciel dans la barre des tâches, comme les Jump Lists Windows). On peut par ailleurs choisir son lecteur PDF par défaut et activer le défilement naturel (inversé) pour la souris, en plus des touchpads.

Enfin, Cinnamon 4.2 améliore son support de Samba, simplifiant les partages. Par exemple, les règles idoines sont ajoutées dans le pare-feu après son installation. En outre, quand un partage est déclaré, Mint ne se contente plus de vérifier les permissions pour le dossier, mais sur l’intégralité du chemin d’accès

Un mot sur les éditions MATE et Xfce

L’édition Cinnamon est celle par défaut, poussée par les développeurs de Linux Mint. Cependant, MATE a de nombreux partisans, tandis que Xfce est connu pour être très léger. On le retrouve d’ailleurs en variante d’un grand nombre de distributions (Manjaro ou Xubuntu par exemple). Ces deux éditions embarquent tout le tronc commun des nouveautés, dont les versions des paquets, les améliorations dans les gestionnaires, les polices, etc.

MATE 1.22 est essentiellement une version d’entretien, avec quelques apports au passage : le support des thèmes metacity-3, une meilleure prise en charge de systemd dans le gestionnaire de sessions, des délais personnalisés pour le lancement automatique des applications après le lancement du système ou encore de nouveaux formats de compression, avec possibilité de mettre en pause cette dernière.

Quant à Xfce, ses aficionados savent qu’il n’y a aucune nouveauté à évoquer. Et pour cause, la dernière version stable de l’environnement, la 4.12, date de février 2015. Un projet au point mort ? Non, car l’équipe travaille actuellement sur la mouture 4.14, prévue pour sortir plus tard dans l’été.

Linux Mint 19.2 n’a pour l’instant aucune date de sortie officielle. La bêta est complète et se révèle assez stable pour mener ses tests. On évitera, comme toujours, de l’utiliser comme système principal sur une machine de production.


chargement
Chargement des commentaires...