Ubuntu et fin du 32 bits : Valve calme le jeu à son tour

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Vincent Hermann

Après certains aménagements annoncés par Canonical suite à sa décision radicale sur le 64 bits, Valve réagit à son tour. L’éditeur explique pourquoi, même en l’état, la transition sera délicate.

Rappel des faits. Canonical a annoncé il y a une dizaine de jours qu’à compter de la prochaine Ubuntu (19.10 en octobre), plus aucune version 32 bits du système ne serait proposée. La décision rejaillit sur les variantes officielles et les distributions Linux basées sur Ubuntu, notamment Mint. Le changement est donc important.

Plus précisément, l’éditeur annonçait ne plus vouloir faire aucun travail sur le moindre paquet 32 bits. Pour que le support puisse néanmoins se poursuivre, Canonical avait décidé qu’Ubuntu 19.10 et les versions suivantes intégreraient les moutures 18.04 des paquets 32 bits, afin qu’ils bénéficient du support de cinq ans de cette version LTS.

Très insuffisant selon de nombreux développeurs, dont ceux de Steam et de Wine. Dans notre premier article, nous évoquions la possibilité d’un rétropédalage tant les réactions étaient vives. Ce qui se produisait finalement quelques heures plus tard : l’éditeur annonçait qu’une « sélection de bibliothèques 32 bits », basée sur un « processus communautaire » de choix, continuerait finalement d’être mise à jour, au moins pour Ubuntu 19.10 et 20.04. En outre, des discussions actives étaient lancées avec les développeurs, notamment de jeux.

C’est dans ce contexte qu’intervient l’explication de Valve, qui exprime toute la difficulté du virage pris par Ubuntu.

Le problème de Steam n’est pas Steam

Pour Valve, Canonical a fait les choses correctement : ils ont averti de leur choix et l’ont expliqué en détail aux développeurs. Le père de Steam comprend que la décision du tout 64 bits est dans l’intérêt du projet Ubuntu. Mais l’intérêt du projet n’est pas forcément celui de tous les utilisateurs, particulièrement ceux friands de jeux.

Proposer un client Steam en 64 bits n’aurait en soi rien de vraiment compliqué. Il est en grande partie basé sur du contenu web, embarque un moteur de rendu tiré de Chromium ainsi qu’une bonne partie des dépendances nécessaires. Mais proposer un tel client n’aurait aucun intérêt si les jeux proposés par la plateforme ne suivent pas le mouvement.

Valve évoque des « milliers de jeux » ne pouvant fonctionner qu’en 32 bits, soit la « vaste majorité » du catalogue accessible depuis Linux.

Face à la décision de Canonical, Valve n’avait que deux choix : suivre le mouvement et communiquer autour d’une inévitable cassure dans la ludothèque des utilisateurs, ou les avertir de ne pas passer à Ubuntu 19.10.

Dans les deux cas, une communication lourde de sens puisqu’elle revient à choisir entre renoncer à des jeux ou changer de système d’exploitation. Les versions courantes d’Ubuntu ne sont en effet supportées que 9 mois et sont mises automatiquement à jour quand la suivante sort. On connait néanmoins la décision initiale de Valve – l’arrêt du support d’Ubuntu – puisqu’elle est responsable en grande partie des discussions actuelles.

Le ciel se dégage pour Valve

Les aménagements proposés par Canonical et la volonté de restaurer le dialogue avec les développeurs semblent suffisants pour Valve, en tout cas pour l’instant.

« Nous ne sommes toujours pas particulièrement emballés par le retrait de la moindre fonction existante, mais un tel changement dans le plan est extrêmement bienvenu et nous permettra de continuer à travailler sur des améliorations au modèle de distribution de Steam, sans causer de nouveaux maux de tête aux utilisateurs. Au vu des informations que nous avons jusqu’ici sur cette nouvelle approche, il semble probable que nous pourrons continuer de supporter officiellement Steam sur Ubuntu. »

Valve précise dans son billet travailler depuis un moment déjà à une autre manière de distribuer Steam et ses jeux sur Linux. Il évoque un paysage des distributions largement transformé avec les années et les besoins de s’adapter. Les options proposées initialement par Canonical, largement centrées sur les conteneurs logiciels, sont en fait déjà examinées depuis un moment par Valve.

Problème, l’éditeur n’aurait eu que quatre mois pour transformer intégralement son architecture de distribution. Un délai irréaliste, que nous avions souligné dans notre premier article. Valve résume : « […] nous aurions dû laisser tomber tout ce qui nous faisions et nous précipiter pour supporter le nouveau modèle à temps pour [Ubuntu] 19.10. Nous ne pensions pas pouvoir le faire sans transférer une partie du problème à nos utilisateurs ».

Et maintenant ?

Les utilisateurs de Steam peuvent s’estimer « sauvés », puisque la continuité des fonctions semble assurée à court et moyen termes. Les plans de Canonical courent jusqu’à Ubuntu 20.04 qui aura l’avantage d’être LTS. Tous ses composants seront donc garantis cinq ans.

Mais qu’il s’agisse de Canonical ou de Valve, une vision commune émerge : la distribution logicielle s’apprête à changer. Ce mouvement n’est d’ailleurs pas isolé au seul cas Ubuntu/Steam, loin de là. Dans le monde des serveurs, les conteneurs prennent le pas, comme en témoigne le succès de solutions comme Kubernetes. Chez Microsoft, il se murmure depuis longtemps que les conteneurs pourraient régler le souci de la compatibilité nécessaire avec Win32, que l’éditeur traine comme un boulet.

Pendant que Valve réfléchit à son modèle futur, il annonce dans la foulée avoir repéré d’autres distributions Linux qui pourraient s’avérer de très bonnes plateformes de jeu. Et de citer notamment Arch Linux, Manjaro, Pop!_OS et Fedora, comme autant de moyens de prévenir Canonical qu’Ubuntu n’est pas le seul système d’exploitation. Parmi les Linux, il trône néanmoins. On ne renonce pas si facilement à une telle plateforme.

Mais le constat est valable dans les deux sens. Les efforts de Canonical dans le monde des serveurs et des objets connectés sont manifestes, tandis que le rythme des nouveautés se ralentit depuis un moment dans le « desktop ». Il ne serait donc pas étonnant que l’entreprise cherche à y réduire ses coûts. Par exemple en ne gardant qu’une édition 64 bits. Mais on ne s’impose pas comme la distribution Linux la plus populaire sans y gagner certaines « responsabilités » au passage.

En attendant, Valve précise qu’il devrait en dire plus prochainement sur les améliorations en préparation. L’éditeur espère « qu’elles aideront à améliorer les expériences de jeu et desktop à travers toutes les distributions ». Autant viser large, car il suffit de lire les pages de commentaires sous l’annonce pour s’apercevoir que chacun a une idée précise de ce que serait la solution idéale.


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