macOS Catalina, l'iPad et les développeurs : vers la fin de l'iPhone souverain

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Vincent Hermann

La WWDC avait cette année une saveur particulière. Loin des évolutions douces des éditions précédentes, Apple a enchainé une série dense d’annonces. Surprise, beaucoup n’avaient pas de rapport avec l’iPhone. L’entreprise se prépare en effet à une importante bascule.

macOS revêt cette année un caractère singulier. La stratégie d’Apple est devenue beaucoup plus claire, et Catalina en devient l’expression : le Mac doit se tenir au centre d’un écosystème dont les liens viennent subitement de se resserrer.

Depuis plusieurs années, les utilisateurs de Mac pouvaient en effet se sentir un peu délaissés par l’entreprise. Les évolutions matérielles étaient clairement moins importantes, et macOS ne recevait que de douces évolutions, qui ne risquaient pas de casser les habitudes. Pendant ce temps, iOS et watchOS progressaient à grands pas, pris dans un échange effréné d’influences avec l’environnement Android. Au point que les tablettes frappées d'une pomme ont même leur propre système désormais : iPadOS.

Tim Cook, à la fin de la conférence d’ouverture, a souhaité remercier les équipes d’Apple pour la réalisation de projets qui, pour certains, étaient en préparation depuis plusieurs années et qui vont désormais avoir une influence importante sur l’univers Mac.

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iTunes meurt enfin

Pour un utilisateur qui n’aurait qu’un Mac avec éventuellement un iPhone, les évolutions visibles de Catalina peuvent se résumer sur une liste assez courte.

La plus importante est sans conteste l’éclatement d’iTunes. Le logiciel, accusé depuis de nombreuses années d’être devenu une usine à gaz, n’existe actuellement plus dans la première bêta du nouveau macOS. Il a été remplacé par un trio d’applications, qui se répartissent simplement ses fonctions : Musique, Apple TV et Podcasts.

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Les trois applications ont exactement le même type d’interface : une barre latérale à gauche pour les catégories, une grande zone à droite pour afficher les contenus et éventuellement des contrôles de tri ou des fonctions dans la barre de titre. C’est tout.

Les trois applications ont en commun une approche minimaliste qui fait du bien après des années passées dans un iTunes qui cherchait à tout faire. À tel point d’ailleurs qu’Apple s’en est amusée dans sa conférence, évoquant l’idée d’intégrer Calendrier, Mail et Safari dans son vieux logiciel. Entièrement rebâties sur des bases modernes, elles se distinguent également par des performances évidentes : tout est plus réactif, du lancement aux manipulations d’éléments.

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Elles ont aussi un visage familier, sans pour autant reprendre les versions iPad comme on aurait pu s’y attendre : il s’agit bien d’applications macOS. Leur utilisation est évidente et ne devrait donc effrayer personne. D’autant que les contenus achetés sur iTunes se trouvent bien sûr déjà là à leur ouverture. Il y a un confort inhérent à lancer uniquement l’application qui nous intéresse quand on souhaite par exemple n’écouter qu’un album ou un podcast. Notez que l’application Apple TV apporte au passage le support de la 4K et du Dolby Atmos pour la première fois sur Mac.

Mais si iTunes disparait, comment faire pour gérer les appareils iOS branchés au Mac ? Facile, ils apparaissent dans le Finder. Il suffit alors de cliquer sur l’iPhone, l’iPad ou autre dans la barre latérale, la zone de droite affichant le même panneau qu’anciennement dans iTunes. On y trouvera donc notamment les fonctions de sauvegardes, de recherche de mise à jour et de restauration.

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Sous Windows, la situation sera différente, en tout cas pour l’instant. iTunes continuera d’être notamment disponible dans le Store. On imagine qu’Apple finira par proposer des équivalents des trois nouvelles applications sur la plateforme de Microsoft, mais il est clair que ce n’est pas une priorité. Les utilisateurs y gagneraient pourtant, tant l’installation est lourde actuellement, avec plusieurs demandes UAC pour confirmer. Au moins, l’installation depuis le Store simplifie nettement le processus.

Applications : le classique alignement sur iOS

C’est devenu depuis quelques années une tradition : quand vient la présentation du nouveau macOS, les nouveautés signalées dans les applications internes sont pratiquement toutes celles déjà annoncées pour leurs équivalents dans iOS.

On ne s’étonnera donc pas de retrouver notamment la nouvelle présentation des galeries dans Photos. La vue complète est toujours disponible, mais Apple met clairement en avant les nouveaux affichages Jours, Mois et Années. Pour rappel, ces vues trient les clichés pour gommer automatiquement tout ce qui est redondant et n’afficher que ce qui lui parait être les meilleurs (via des algorithmes s’exécutant localement).

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Ces vues peuvent également être alimentées par des évènements. Photos essaye de faire le lien entre les personnes repérées dans les clichés et des évènements particuliers comme des jours fériés, des fêtes, des anniversaires ou des voyages. Les galeries qui en résultent se veulent ainsi des albums plus personnels, que l’on aurait davantage plaisir à consulter. Chacun se fera son idée de la pertinence des sélections, mais il semble que l’application se montre pour l’instant à la hauteur de ses prétentions (qui ne sont d’ailleurs pas si élevées).

Ne soyez pas surpris cependant si le ventilateur de votre MacBook se met à tournoyer d'un air affolé pendant un certain temps. C'est le prix à payer des algorithmes exécutés localement : le taux d'occupation du processeur grimpe en flèche. Selon le nombre de photos que vous avez fait ingérer à l'application et la puissance de votre ordinateur, l'analyse peut durer un bon moment. Le Mac restera utilisable, mais il aura un peu de fièvre. Pour vérifier ce traitement, il suffira de se rendre dans le Moniteur d'activité, de classer les processus par « % processeur » et de voir dans le peloton de tête « photoanalysisd ». Il n'apparait que si l'ordinateur est branché sur secteur (évidemment).

Les améliorations dans Notes et Rappels sont elles aussi les mêmes. Dans la première, on retrouve ainsi la nouvelle vue par galeries, le partage de dossiers pour collaborer sur des notes, une fonction liste permettant de basculer les éléments cochés vers le bas (comme le ferait un gestionnaire de tâches) ou encore la réorganisation des éléments par glisser/déposer.

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La seconde reprend bien sûr son ravalement complet de façade. L’application se veut beaucoup plus simple à intégrer, avec des fonctions nouvelles comme l’attachement de pièces jointes, une barre d’outils, des suggestions par Siri d’éléments trouvés dans Messages, la possibilité dans ce dernier d’être notifié si un contact a été mentionné dans un rappel, ou encore l’organisation automatique des éléments selon les priorités définies.

Quant à Safari, il faudra se contenter de peu : une nouvelle page d’accueil. Elle se veut beaucoup plus utile avec une présentation rapide des favoris, sites les plus souvent consultés et les suggestions par Siri. C’est surtout ce dernier point qui pourrait rendre quelques services, puisqu’elles intègrent la liste de lecture, les onglets synchronisés dans iCloud ou encore les liens reçus dans Messages.

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Catalina rapatrie également Temps d’écran depuis iOS

Temps d’écran est apparu avec iOS 12 l’année dernière. Elle tape en plein dans un domaine qui a le vent en poupe ces derniers temps : l’hygiène numérique.

La fonction propose de mesurer le temps passé dans les diverses activités, et bien sûr celui passé devant votre appareil mobile. Il offre ensuite une vue de synthèse permettant de prendre soi-même certaines décisions, si on se rend compte par exemple que l’on passe de longues heures sur les réseaux sociaux (ce qui n’est jamais une bonne idée).

Temps d’écran va plus loin en autorisant certaines actions comme choisir une limite sur des applications ou catégories d’applications. Par exemple, « 30 minutes sur les réseaux sociaux ». Auquel cas, une fois le temps écoulé, les icônes des applications (Twitter, Facebook…) se grisent et un message averti l’utilisateur. Il est cependant possible d’obtenir une rallonge, voire de désactiver la fonction, le contrôle restant entier. Il s’agit donc surtout d’un « guide » plutôt que d’un réel blocage.

L’arrivée sur Mac s’accompagne cependant de fonctions plus complètes. D’abord, le suivi et le blocage pourront se faire pour chaque application et site séparé. L’utilisateur pourra définir un groupe personnalisé et y affecter une limite personnalisée.

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Ensuite, et surtout, Apple intègre le partage familial au sein de la fonction. Entre iOS 13, iPadOS et Catalina, un parent pourra ainsi définir des limites à de nombreux cas d’utilisation sur les appareils du foyer (pour peu que l’on puisse payer des produits Apple à tous les enfants).

À la différence du Temps d’écran classique, les limites imposées par les parents ne peuvent cette fois plus être outrepassées. Les enfants peuvent demander une rallonge, mais elle devra être approuvée. En outre, il devient possible pour les parents de choisir les contacts avec qui les enfants discutent.

Cette fonction vient en croiser une autre, Downtime, qui définit la période d’inactivité pendant laquelle de nombreuses capacités deviennent bloquées. Une mère pourra par exemple s’assurer qu’elle restera joignable durant ce temps.

Notez que Temps d'écran se trouve dans les Réglages de macOS et non sous forme d'une application spécifique (comme sur iOS donc). On signalera à propos des Réglages qu'Apple a enfin fait quelques efforts de présentation. L'ensemble des icônes a été réparti en trois zones. En haut, s'inspirant de ce que l'on trouve dans les Paramètres d'iOS, une zone avec le nom de l'utilisateur en grand, accompagné d'accès au compte Apple et au partage familial. En dessous, les paramètres logiciels et liés aux activités de l'utilisateur. Enfin, en bas, tout ce qui touche au matériel et à l'administration.

Bien sûr macOS permettait déjà depuis longtemps de trouver rapidement un réglage via le champ de recherche. Encore fallait-il le savoir : on n'a parfois qu'une vague idée du type de réglage à opérer. Le nouveau classement apporte donc un peu de clarté.

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Sécurité : du neuf, mais pas pour tout le monde

Catalina va faire faire un petit bond à macOS en matière de sécurité. Les observateurs de ce domaine rétorqueront certainement qu’il s’agit surtout de s’aligner sur ce que l’on trouve depuis longtemps sur d’autres plateformes, mais les avantages pour les utilisateurs devraient tout de même être perceptibles. Et cette fois, ce n’est pas à travers une fonctionnalité de type GateKeeper, bien que ce dernier soit amélioré pour l’occasion.

Le gardien de la porte surveille l’exécution des programmes quand ils sont lancés pour la première fois. Outre le certificat numérique, il vérifie notamment les processus exécutés pour y détecter un comportement de type malware. Il ne remplace pas un véritable antivirus, loin de là, et sa mission s’arrête au-delà de la première exécution. Ce comportement change dans Catalina, puisque GateKeeper fera des analyses surprises régulièrement.

Avec Catalina, un processus optionnel va également devenir obligatoire : la notarisation. Poussée par Apple pour les applications du Store, elle permet de certifier une application après l’avoir scannée à la recherche de code malveillant, d’éventuels soucis de signature électronique et autres. Si tout va bien, l’application obtient un ticket servant plus tard à GateKeeper pour afficher des informations dans la fenêtre lors du premier lancement. Fortement recommandée, la notarisation deviendra obligatoire sous Catalina. Les utilisateurs pourront cependant toujours installer des applications depuis n’importe quel site, même si cela impliquera parfois de l’indiquer à GateKeeper.

Le système lui-même se protège également mieux. Catalina sera ainsi le dernier macOS à autoriser les extensions noyau telles qu’on les connait aujourd’hui, sans compromis. Les développeurs sont petit à petit réorientés vers les extensions système, avec moins de privilèges. Les anciennes extensions seront encore acceptées, mais ne fonctionneront pas forcément. Plus tard, elles finiront par être interdites dès que le même résultat pourra être atteint via une extension système. Apple n’a pas précisé quand la bascule aura lieu.

Le changement aura un impact sur une partie des constructeurs puisque les extensions noyau sont utilisées pour certains pilotes. Une adaptation sera donc nécessaire, mais les entreprises ont encore une bonne année devant elles au moins. Elles sont prévenues.

On reste dans la protection du système avec le passage des fichiers système dans une zone de stockage dont les droits sont bloqués sur « lecture uniquement ». Deux avantages principaux. D’une part, la modification permet d’envisager un durcissement contre tout programme qui tenterait de modifier un fichier important de macOS. D’autre part, Apple pourra proposer une fonction de restauration du Mac équivalente à celle d’iOS. Elle supprime applications, données et réglages, sans passer par une phase de téléchargement et installation.

Il est probable cependant que cette mesure fasse émerger des problèmes de compatibilité, car il arrive que des applications aient besoin de stocker parfois des données dans les dossiers ainsi protégés. Ces soucis devraient être mieux cernés pendant la phase bêta du système.

Si vous trouvez pénible l’actuel macOS Mojave avec ses quelques demandes d’accès aux contacts et photos, préparez-vous, car Catalina durcit également le ton dans ce domaine. Les applications n’auront ainsi plus le droit d’accéder par défaut à différentes zones ou fonctions. À commencer par la caméra et le clavier. L’utilisateur sera ainsi averti quand un programme essayer d’en prendre le contrôle, avec autorisation manuelle au cas par cas. Là encore, un comportement inspiré d’iOS.

Les demandes d’autorisations seront en outre généralisées à l’ensemble des dossiers usuels, ceux dans lesquels l’utilisateur a placé à ses propres données : Documents, Téléchargements, Images, Bureau, disques externes, disques réseaux et même les dossiers des services de synchronisation comme Dropbox, Google Drive ou OneDrive. Tout premier accès provoquera donc l’apparition d’une fenêtre réclamant une confirmation.

Il est clair qu’Apple bâtit un environnement dans lequel les applications devront montrer patte blanche. Version après version, leurs droits reculent, tandis qu’une proportion croissante passe sous contrôle de l’utilisateur. Certains apprécieront donc, tandis que d’autres pesteront contre des fenêtres forcément plus nombreuses.

Pour les Mac récents disposant d’une puce T2, il devient possible de « briquer » la machine de la même manière qu’avec un iPhone ou un iPad perdu ou volé. Seul le possesseur de la machine pourra alors la débloquer. Le processus interdit normalement toute intervention de type réinstallation du système d’exploitation. La fonction doit décourager le vol, mais ne changera rien dans un objectif de revente des pièces détachées.

Notez que la fonction se basera sur la nouvelle application Localiser, qui fusionne Trouver mon téléphone et Trouver mes amis. Le mécanisme se base sur un processus original : même si la machine est éteinte, elle émet de temps en temps des signaux Bluetooth reconnus par l’ensemble des appareils Apple à proximité, faisant alors remonter l’information aux serveurs Apple. La société indique sur son site que la fonction est totalement anonyme et chiffrée de bout en bout, mais il faudra attendre des analyses plus poussées pour en vérifier l’efficacité.

Enfin, Catalina permet aux détenteurs de Watch de pousser plus loin l’intégration. Une fois la montre appairée aux Mac, il devient possible d’appuyer deux fois sur le bouton latéral pour valider une demande d’autorisation ou quand le mot de passe local est demandé, par exemple en cas d’installation d’application ou pour valider un changement dans le système.

Catalyst : désenclaver l'iPad et alimenter le Mac App Store

Si le nom vous parait étrange, rappelez-vous les longues rumeurs sur le projet Marzipan puis l’année dernière, de sa confirmation. Il s’agissait alors de la technologie dont Apple s’était servi pour porter vers macOS Mojave quatre applications auparavant disponibles sur iPad : Bourse, Dictaphone, Maison et News, même si cette dernière n’est toujours pas disponible en France.

Catalyst est le nom officiel de cette technologie, et Apple dit avoir beaucoup appris en un an. Le processus se veut tellement simple qu’il est directement intégré dans Xcode. En d’autres termes, les développeurs n’auront qu’à cocher en plus la case « macOS » en plus des actuels iPhone et iPad.

L’objectif est le suivant : prendre le code d’une application iPad et le convertir automatiquement en version macOS. L’énoncé est important, car Apple ne parle de convertir des applications iOS, mais bien iPad. Ce qui suppose que les développeurs auront déjà une telle mouture sous la main, ce que l’éditeur encourage d’autant plus maintenant que la tablette a son propre système. Il n’est donc pas question de se retrouver sous macOS avec des interfaces flottantes d’iPhone.

Catalina Catalyst

Les éléments et contrôles de l’interface sont automatiquement convertis et Xcode génère une application native basée sur UIKit. C’est un avantage majeur de la solution, car les développeurs réfractaires à macOS pourront y déverser leurs créations. Réfractaires ? Oui, si l’on tient compte du nombre de technologies à prendre en compte, car en dépit des briques communes entre macOS et iOS, de très nombreuses différences exigeaient des développeurs qu’ils réapprennent comment faire pour un Mac ce qu’ils savaient déjà coder pour un iPhone.

Autre avantage, la maintenance d’un seul code source pour le projet, même s’il doit cibler iOS, iPadOS et macOS.

Lors de la conversion du projet, le compilateur s’occupe de la grande majorité du travail à faire. Les fonctions principales liées à un cadre d’utilisation « desktop » (notamment tout ce qui touche au fenêtrage) sont ainsi ajoutées, les contrôles tactiles transitent vers le clavier et la souris, les éléments Custom UI sont censés être repris tels quels, etc.

En prenant à sa charge une grande partie du travail de conversion, Apple ouvre grandes les portes d’un Mac App Store qui ne risque clairement pas de s’en plaindre. Les performances de la boutique ont toujours été bien loin de celle d’iOS. De la même manière que les applications web apportent un petit vent de fraicheur à la boutique de Windows 10, les conversions depuis iPadOS devraient fournir un oxygène bienvenu à Catalina. D’autant que plusieurs éditeurs étaient sur scène pour montrer que le travail était en cours (DC Universe, Twitter, TripIt, Fender, Gameloft et Atlassian).

Catalina Catalyst

Ajoutons que les actions rapides, déclenchées sur une icône iOS/iPadOS par un appui fort (3D Touch) ou prolongé (Haptic Touch), seront reprises sur Catalina. Les fonctions disponibles seront automatiquement ajoutées dans le menu contextuel que l’on obtient via un clic droit sur l’icône. Ce qui permet en général d’accéder aux capacités principales ou aux derniers documents, à la manière de ce que Microsoft avait introduit dans Windows 7 avec les Jump Lists.

Précisons que Catalyst n’est pas une émulation ni un bytecode façon Java ou .NET. Il s’agit bien d’une conversion et de code natif, produisant des binaires. Catalyst n’est pas non plus considéré comme la voie royale de développement sur macOS, mais uniquement comme un moyen pour les développeurs de rentabiliser un travail déjà fait sur iPad. Si un éditeur veut créer une application pour Mac, il est toujours conseillé de travailler sur la base d'AppKit.

Sidecar : l’iPad devient accompagnateur du Mac

Cette nouvelle fonction de Catalina vient répondre à une demande formulée et rêvée par une partie des utilisateurs depuis un moment : que l’iPad devienne un écran secondaire du Mac. C’est désormais chose faite. La fonction s’active depuis les Réglages de macOS et réclame une connexion Bluetooth ou le raccordement d’un câble USB.

Sidecar peut être utilisée de plusieurs manières. D’abord comme un écran secondaire classique. Un bureau s’y affiche alors, sur lequel le pointeur de la souris et les applications peuvent être disposés, exactement comme avec un écran classique. Pour qui a un MacBook et une tablette, ce peut être un moyen pratique d’étendre son écran sans requérir d’installation fixe.

Ensuite, l’iPad peut être utilisé en mode miroir. Il affiche alors exactement ce qui se trouve sur le Mac, un mode utile pour une éventuelle présentation.

Enfin, et c’est probablement le cas le plus notable, l’iPad pourra servir de tablette graphique depuis une application compatible. Plusieurs exemples sont déjà cités : Adobe Illustrator, Affinity Photo, Cinema 4D, Maya et ZBrush. Dès lors que l’utilisateur aura la dernière version de l’application et un Pencil, il pourra dessiner sur l’iPad, avec modification en direct du document bien sûr. Apple vient encore davantage jouer sur les platebandes de constructeurs comme Wacom, dont le matériel accompagne souvent les Mac des graphistes et dessinateurs.


La prise en main de SideCar par AppleInsider

Bien que cette capacité ait été largement illustrée par les partenariats avec les éditeurs tiers, l’utilisation du Pencil est également possible dans les applications internes de macOS. Par exemple, pour annoter un PDF ou insérer dans un document un brouillon réalisé sur la tablette. Difficile de ne pas penser à Microsoft et ses Surface, dont c’est précisément l’orientation : la libre utilisation du stylet pour les tâches du quotidien.

En matière de compatibilité, il ne faudra cependant pas de Mac trop ancien. La fonction Sidecar réclame un iMac 27" d’au moins fin 2015, un MacBook Pro d’au moins 2016, un Mac mini de 2018, un MacBook Air de 2018 ou un MacBook d’au moins début 2016. Le futur Mac Pro sera naturellement pris en charge. Apple ne dit pas un mot sur les raisons d’une telle compatibilité restreinte. Il n’est pas impossible qu’elle augmente cependant avec les prochaines bêtas.

Avec iPadOS et Catalyst, Sidecar est donc la troisième nouveauté qui repositionne nettement l’iPad au sein des gammes d’Apple. Mais la tablette n’est pas la seule à jouir d’un mouvement, car on retrouve presque systématiquement le Mac connecté d’une manière ou d’une autre aux annonces faites pendant la WWDC.

SwiftUI veut ouvrir en grand les portes de l'écosystème complet

Nous dirons un mot enfin au sujet d’une nouveauté qui ne concerne que les développeurs, mais qui montre encore une fois la direction prise par Apple. SwiftUI est un nouveau framework conçu pour accélérer de manière drastique le développement des interfaces.

Il utilise une syntaxe déclarative, est accompagné d’outils de conception et supporte l’édition « live ». La démonstration faite par Apple était significative : un développeur peut placer les éléments d’interface dans une application, Xcode créant au fur et à mesure le code. Les modifications sont prises en charge de la même manière. Bien entendu, le concept n’est pas nouveau (Google s’en sert dans Android Studio) et l’intégralité du code ne pourra pas s’écrire automatiquement.

L’idée est cependant de réduire au maximum les frictions afin que les développeurs se concentrent davantage sur les interfaces. Le travail sur l’ergonomie (et donc l’expérience utilisateur) est souvent le parent pauvre du développement. Là, il devient par exemple possible, pour créer une liste, d’insérer l’élément puis de travailler directement avec ses propriétés : police, alignement, nombre d’entrées, images d’illustration, couleurs et ainsi de suite.

Il existe donc une correspondance immédiate entre le code et le concepteur d’interface. Toute modification dans l’un a des répercussions dans l’autre. Au point que l’interface ouverte à droite correspond aussi au résultat affiché sur l’appareil relié au Mac. Xcode recompile à la volée les changements et les répercute directement sur un iPhone ou autre appareil pour tester les contrôles et autres éléments.

Catalina

La plupart des éléments du code peuvent générer des prévisualisations qui serviront à en examiner le comportement. Ces éléments seront accompagnés de données aléatoires si nécessaires, pour simuler leur fonctionnement. Le développeur pourra alors modifier les propriétés de l’objet selon le résultat qu’il souhaite obtenir.

Plus important, SwiftUI est un framework natif tirant parti des spécificités des plateformes auxquelles les applications se destinent. L’ensemble se manipule de la même manière, mais les contrôles, objets et autres utilisés créent un code spécifique au système visé.

Ce que fait SwiftUI, c’est justement simplifier le développement en gommant les différences parfois très importantes d’API entre un macOS et un iOS, pour ne citer qu’eux. Avec Catalyst, c’est également un moyen de faire tomber les barrières du développement pour Mac chez des développeurs qui ne s’étaient penchés jusque-là que sur iOS, pour suivre le succès de l’iPhone. Le framework peut cependant viser tous les produits, y compris les Apple Watch, l’Apple TV, les iPad et même les iPod Touch.

Il ne change malheureusement rien au fait qu’un Mac sera toujours nécessaire pour développer avec les technologies Apple. Dans le cas spécifique de SwiftUI, il est nécessaire d’installer la bêta de Xcode 11.

Catalina SwiftUI

Il existe bien entendu des solutions de développement multiplateforme, mais Apple propose justement désormais sa propre approche dans ce domaine. Un langage unique – le Swift, dont les ABI sont stabilisées depuis peu – et un framework pour créer plus facilement des interfaces conçues pour respecter les « canons » dans ce domaine, Apple oblige.

L’entreprise veut ainsi changer de paradigme, car le danger de la dépendance à l’iPhone est clairement présent. De fait, on transite d’un modèle « iPhone d’abord, le reste éventuellement » à un modèle capable d’arroser tous les appareils d’un coup, ou presque. L’iPhone n’est plus la portée d’entrée : il est remplacé par l’écosystème, avec l’avantage de pouvoir tabler sur une croissance de plusieurs catégories de produits.

C’est en tout cas l’objectif très clair d’Apple. Ne reste finalement plus qu’à attendre que l’ensemble sorte en version finale cet automne, puis à mesurer la réponse des développeurs. Apple axant sa communication sur les gains de temps que représente SwiftUI, il est probable que beaucoup suivront le nouveau framework de près.

Apple dessine un avenir moins centré sur l’iPhone

Le smartphone représente toujours à l’heure actuelle 60 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. Une dépendance qu’il faut absolument gommer dans un marché qui parvient désormais à saturation. Les ventes se ralentissent, et Apple n’est pas épargnée. En témoignent une situation beaucoup plus complexe en Chine et la décision soudaine de ne plus donner de chiffres précis de ventes pour les smartphones dans les bilans financiers.

La WWDC vient de changer la donne. L’iPhone n’était essentiellement là que sous forme des nouveautés pour iOS 13, qui ont presque été présentées comme les fondations d’iPadOS qui, lui, induisait un vrai changement pour la tablette. Le simple fait que cette dernière ait maintenant son propre système envoie un signal très clair : l’iPad ne doit plus être considéré comme un « iPhone en plus grand ».

Mais ceux qui s’inquiétaient de la place du Mac dans tout cet écosystème ont pu se rendre compte d’une évolution très nette des lignes. Dans la plupart des nouveautés présentées, les machines à la pomme se retrouvaient d’une manière ou d’une autre liées. Vous avez une Apple Watch ? Vous pouvez valider les demandes d’autorisation avec un double appui sur le bouton latéral. Vous avez un iPad ? Connectez-le au Mac pour en faire un écran secondaire ou une tablette graphique.

La tablette devrait donc prendre son envol en tant que produit à part entière, mais le Mac vient d’être subitement replacé au centre des améliorations présentées. Même si Catalina en lui-même n’a rien d’une révolution, il fait en quelque sorte la synthèse de tout le reste. Catalyst devrait apporter un nouveau souffle au Mac App Store, tout en augmentant la cohérence de l’écosystème et – surtout – une attractivité supplémentaire. Apple a bien sûr veillé à présenter des partenaires suffisamment significatifs pour montrer que le mouvement était lancé.

« L’explosion » d’iTunes joue également un rôle dans la nouvelle perception du Mac, puisque les capacités de synchronisation, gestion, mises à jour et restauration des appareils mobiles sont disponibles directement dans le Finder. Il y a même à parier que des utilisateurs les découvriront à cette occasion, iTunes ayant perdu de son intérêt depuis iOS 5, quand iCloud a pris à sa charge la plupart des opérations de sauvegarde (malgré des débuts difficiles). Le Mac gagne donc un côté « hub », et ce de manière plus native et va perdre cette impression qu’il pouvait donner depuis plusieurs années d’être un reliquat perdu dans un océan d’appareils iOS.

Catalina SwiftUI

Après environ une semaine passée sur la première bêta, on peut également toucher un mot des performances. Il semble qu’iOS 13 ne soit pas la seule plateforme à avoir bénéficié de certains soins dans ce domaine. S’agissant d’une première préversion pour les développeurs, nécessairement peu optimisée et souvent pleine de bugs, nous nous attendions en effet à quelques « galères ». Il n’en a rien été dans la pratique quotidienne.

Les performances ressenties sont même supérieures à l’actuel Mojave. La réactivité se sent d’autant mieux que la machine utilisée était bien loin d’être extraordinaire : un MacBook Air de 2012, soit le minimum réclamé par Catalina. On espère donc que cette réactivité sera préservée dans les préversions suivantes, voire (pourquoi pas ?) qu’elle augmentera. Notez qu’à ce stade, des benchmarks n’auraient pas grand intérêt, le système étant en pleins travaux.

Rappelons enfin que les bêtas actuellement disponibles pour tous les produits Apple sont réservées aux développeurs. L’entreprise a promis les préversions publiques dans le courant du mois prochain. Deux ou trois bêtas pour développeurs seront passées entre temps, ce qui devrait permettre d’éliminer les soucis les plus gênants. Sur Mac, Catalina ne nous a pas spécialement réservé de mauvaises surprises, mais on ne pouvait pas en dire autant d’iOS 13 (bugs de clavier, applications incompatibles…).

Le conseil reste donc le même : les bêtas sont par définition des produits non finalisés. Elles peuvent contenir de nombreux bugs et leur installation n’est recommandée que sur des appareils secondaires. Car une fois en place, le retour à une version stable ne peut se faire qu’après une restauration complète, donc en supprimant le système. Si vous décidez de tenter l’aventure, la moindre des précautions sera de faire une sauvegarde intégrale de vos données.


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